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Burundi : Face aux élections prochaines, les évêques se soucient de la paix

Garder l’espérance et la volonté que ces élections se déroulent dans la sécurité et la paix, tel est le vœu des évêques Burundais pour leur pays en cette période délicate de choix des futures dirigeants.

Jean-Pierre Bodjoko, SJ* – Cité du Vatican

Par-dessus tout, la charité et la paix (cf. Col. 3,14-15), c’est le titre que les prélats du Burundi ont donné à leur déclaration, empruntant les paroles à l’épitre de Saint Paul aux Colossiens. Une déclaration qui ne sort pas de la ligne de l’Eglise qui prône toujours, en toute circonstance, la paix. Tour à tour, dans leur récent message, les prélats Burundais, après avoir reconnu que d’une manière générale, la campagne électorale en cours se déroulait dans la sécurité et dans la paix, déplorent l’intolérance, les provocations la chance à l’homme, les persécutions, les propos et les chansons qui blessent, etc. Ils sont en outre peinés par l’intolérance qui mène aux affrontements et aux morts inutiles.

Exhortation aux différents protagonistes

Face au danger et à la dérive, les Pères de la Famille de Dieu qui est au Burundi n’ont d’autre choix que de prodiguer des conseils aux différents acteurs de la vie politique de leur pays. Ainsi, ils appellent au respect de la vie et de la dignité de toute personne, au respect de toutes les dispositions de la Loi électorale et les engagements stipulés dans le Code de conduite.

Aux hommes et femmes des médias, les évêques du Burundi invitent à traiter tout le monde de manière équitable. Par ailleurs, sachant le scénario qui est devenu commun dans presque tous les pays africains, la Conférence des évêques catholiques du Burundi exhortent, avec insistance, tous les candidats, à accepter le verdict des urnes.

Comme cette campagne électorale se déroule pendant que presque tous les pays du monde sont menacés par le COVID-19, peut-on lire dans la déclaration des évêques du Burundi, « nous ne pourrions pas conclure sans exhorter vous tous nos compatriotes à rester engagés dans la lutte contre cette pandémie en respectant les mesures de protection de soi-même et des autres ».

Préoccupation permanente pour la paix

Il sied de rappeler que les évêques Burundais avaient déjà, le 13 septembre 2019, publié une autre déclaration, toujours en rapport avec ces élections de 2020, déclaration intitulée « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9). Les évêques du Burundi avaient rappelé qu’à telle occasion, ils avaient l’habitude d’adresser un message, pour qu’en leur qualité de Pasteurs et en vertu de notre mission, ils puissent inviter « à porter le souci de donner sa juste valeur à cette période en évitant de rester indifférents car il s’agit d’un moment lourd de conséquences pour la vie du pays et de ses citoyens ». Pour nous chrétiens, écrivaient-ils, la période électorale doit se préparer dans la prière et l’accueil des catéchèses ad hoc habituellement prévues dans l’Eglise Catholique, dans le but d’encourager les communautés et d’interpeller la conscience de chaque chrétien, et même d’éclairer quiconque les accueille avec un cœur disposé à faire le bien ».

*Twitter : @JPBodjoko   Email : jeanpierre.bodjoko@spc.va

Intégralité de la Déclaration de la Conférence des évêques catholiques du Burundi

CONFERENCE DES EVEQUES CATHOLIQUES DU BURUNDI

DECLARATION DE LA CONFERENCE DES EVEQUES CATHOLIQUES DU BURUNDI EN RAPPORT AVEC LA PRESENTE CAMPAGNE ELECTORALE

Par-dessus tout, la charité et la paix (cf. Col. 3,14-15).

1. Nous, Evêques Catholiques du Burundi, en vertu de notre mission d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, Roi d’amour et de paix, nous vous adressons nos salutations et vous souhaitons une paix véritable qui vient de Dieu Lui-même.

2. Nous publions la présente déclaration pour prodiguer des conseils à ceux qui sont en train de faire campagne et à tous les citoyens burundais, pour que, pendant cette période électorale, ils mettent en avant l’amour et la paix, source du souci de prioriser l’amour du pays et de tous ses habitants.

3. Nous apprécions que, d’une manière générale, la campagne électorale en cours se déroule, jusqu’aujourd’hui, dans la sécurité et dans la paix. Toutefois, nous ne saurions ne pas déplorer certains travers constatés à l’un ou l’autre endroit et le langage non rassurant utilisé par certains parmi les protagonistes de cette campagne électorale.

4. Les travers que nous déplorons sont l’intolérance entre certains tenants de positions politiques divergentes. Nous éprouvons beaucoup de peine au constat que cette intolérance a porté certains parmi ceux-là à s’affronter, à se blesser, et même à s’entretuer sans qu’il y ait personne pour les en dissuader. Nous condamnons aussi les enlèvements des personnes avérés à certains endroits et dont une des victimes a été même retrouvée morte après quatre jours. Nous déplorons également les provocations, la chasse à l’homme et les persécutions enregistrées à certains endroits, pendant que ceux qui sont chargés d’arbitrer et de punir les coupables trouvaient difficile de jouer ce rôle d’une manière impartiale.

5. Un autre fait que nous déplorons et qui s’avère troublant, c’est que les propos et les chansons de certains parmi les protagonistes de la présente campagne électorale recèlent des paroles qui peuvent blesser ou discréditer les autres ; certaines d’entre elles peuvent même attiser dans l’auditoire un sentiment belliqueux.

6. En plus de ces agissements que nous déplorons, il y a un fait qui nous inquiète : le langage de certains partis politiques qui laisse entendre qu’ils ne sont pas prêts à accepter le verdict des urnes au cas où ils ne sortaient pas vainqueurs des élections en vue. Cela suscite en nous une interrogation : que se passera-t-il donc puisque nous savons que dans tout procès il n’y a qu’un seul qui gagne et ainsi de même dans toute compétition à plusieurs concurrents ?

7. Au regard de tout cela, voici ci-après les conseils que nous estimons devoir prodiguer aux candidats aujourd’hui en campagne, qu’ils soient membres des partis politiques ou indépendants, aux militants de leurs partis et à tous leurs sympathisants :

7.1. Notre premier conseil est que tous ceux qui sont en train de faire campagne et leurs sympathisants respectent et fassent respecter la vie et la dignité de toute personne, qui qu’elle soit (voir Gaudium et spes 27,3). Qu’ils se rappellent que cette vie est “sacrée”. La vie est un don de Dieu et c’est Dieu seul qui a le droit de la reprendre. Qu’ils s’inscrivent en faux contre la banalisation du meurtre qui s’est installée dans notre pays. Même celui d’entre eux qui serait incroyant, qu’il sache que Dieu son Créateur s’est exprimé ainsi : « Quant au sang, votre principe de vie, j’en demanderai compte à tout animal et j’en demanderai compte à tout homme ; à chacun, je demanderai compte de la vie de l’homme, son frère. Si quelqu’un verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé. Car Dieu a fait l’homme à son image » (Gn 9,5-6). Qu’aucune mort d’une personne ne nous laisse indifférents, fusse-t-elle d’une seule personne même de basse condition !

7.2. Le second conseil est que ceux qui font campagne électorale respectent toutes les dispositions de la Loi électorale et les engagements stipulés dans le Code de conduite qu’ils ont librement signé. Quant à l’Administration ainsi qu’aux Forces de l’ordre et de sécurité, qu’elles redressent ceux qui les violent ou les punissent au besoin, de manière équitable, sans user de deux poids et deux mesures. De plus, étant donné que les dirigeants de notre pays se sont engagés à miser sur Dieu en tout et nous demandent tous de faire de même, nous vous exhortons, comme Saint Paul l’a fait aux chrétiens de Colosses, à mettre par-dessus tout la charité et la paix, à vous supporter et à vous pardonner mutuellement (cf. Col. 3,13-14). Que les élections ne vous fassent pas trahir votre humanité ! D’ailleurs, vous savez que désormais elles n’auront lieu qu’une fois les sept ans, alors que, par contre, la cohabitation et la vie sont de tous les jours. Rappelez-vous souvent l’adage de nos ancêtres selon lequel au mauvais jour, tu te lèves en injuriant ton voisin et gardez-vous de cela.

7.3. Le troisième conseil, nous l’adressons aux journalistes chargés de couvrir les événements de la campagne électorale ou d’accorder à ses protagonistes les opportunités d’expression dans les media publics (Radio et Télévision nationales). Qu’ils nourrissent le souci de traiter tout le monde de manière équitable comme il se doit et comme il convient à l’honneur de qui s’y connaît dans le métier. Que ce souci les pousse même à signaler au public le candidat qui tel jour ou tel autre s’abstient de faire campagne.

7.4. Le quatrième conseil consiste à vous exhorter, vous qui faites campagne, à agir conformément à votre vœu d’élections paisibles, en veillant à ce qu’il n’y ait rien de ce qui dépend de vous qui les ternisse ou les perturbe. Gardez-vous d’user de ruse ou de mensonge pour qu’à tout prix la victoire vous appartienne. Que les membres de la CENI et les responsables de l’administration restent vigilants pour que soit garantie à tous la liberté [d’expression et d’action] et que les candidats en compétition soient traités de la même manière, avec équité. Nous l’avons demandé dans notre communiqué publié le jour de la solennité de Pâques et nous le réitérons aujourd’hui car cela est important.

7.5. Le dernier conseil que nous ne saurions omettre, c’est de vous exhorter avec insistance à vous préparer à accepter le verdict des urnes. Que personne ne nous expose aux troubles et à la guerre. Evitez d’exalter vos sympathisants en leur faisant croire que c’est vous qui devez remporter la victoire à tout prix et reprenez-les à temps, redressez-les, empêchez-les de se soulever. Celui qui ne sera pas satisfait des résultats des urnes, qu’il saisisse la justice et que celle-ci traite son cas conformément la loi. Que le dialogue et la concertation priment sur la force. Du reste, comme nous y avons déjà fait allusion : les élections passent mais la vie continue.

8. Comme cette campagne électorale se déroule pendant que presque tous les pays du monde sont menacés par le COVID-19, nous ne pourrions pas conclure sans exhorter vous tous nos compatriotes à rester engagés dans la lutte contre cette pandémie en respectant les mesures de protection de soi-même et des autres. L’occasion nous est propice pour vous demander de répondre à l’appel que Sa Sainteté le Pape François a lancé à tous les croyants de toutes les religions, de faire du 14 mai 2020, une journée de prière, de jeûne et d’œuvres de charité pour implorer l’intervention divine afin que l’humanité surmonte cette pandémie.

9. Nous concluons en vous demandant tous : candidats aux élections, sympathisants respectifs, membres de la CENI et de ses structures de relai, pouvoirs publics, chargés de la Justice, forces de l’ordre et de sécurité ainsi que tous les Burundaises et Burundais, de garder l’espérance et la volonté que ces élections se déroulent dans la sécurité et la paix. Même s’il ne reste qu’une seule semaine à cette campagne électorale, il est encore possible de redresser ce qui, jusqu’aujourd’hui, n’a pas été fait selon la loi et d’organiser, selon la même loi, ce qui reste encore à faire. Mais il faut pour cela que les membres de la CENI et tous ceux qui sont chargés de faire respecter le Code électoral, soient vigilants dans l’organisation de leur travail, car il s’agit là d’un service très important dans une période comme celle-ci. Quant aux candidats en compétition, nous leur souhaitons d’arriver chacun au degré de victoire qu’il mérite, et de les voir, avec joie, après les élections, en train de se saluer fraternellement et de se féliciter mutuellement, dans la reconnaissance que personne d’entre eux n’a subie d’injustice.

Fait à Gitega, le 08 mai 2020.

Signé les Evêques membres de la Conférence des Evêques Catholiques du Burundi

Traduction de l’original en kirundi

15 mai 2020, 20:34