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Le Père Pedro, apôtre des déshérités de Madagascar

Akamasoa, la Cité de l’amitié, est synonyme d’une personne: le Père Pedro Opeka, son initiateur. Nous l’avons rencontré, nous avons passé plus de trois heures avec lui. Son œuvre est toute l'expression de l'Évangile.

Jean-Pierre Bodjoko, SJ – Envoyé spécial à Antananarivo

Tandis que le Pape séjourne à Madagascar, nous sommes allés à la découverte d’une œuvre commencée voici maintenant 30 ans: Akamasoa. Difficile de comprendre l’impact de ce que fait le Père Pedro (plus connu par son prénom que par son nom de famille) par les récits ou les reportages. Il faut se rendre concrètement sur le terrain pour percevoir pleinement que l’amour du prochain peut s’accomplir dans les actes, avec, comme le répète régulièrement le Père Opeka, l’aide de la Divine providence !

«L’œuvre Akamasoa tire son inspiration de l’Evangile», ne cesse-t-il de rappeler. Evoquant un passé lointain où les souvenirs s’entremêlent. Il s’explique : «Cette idée a germé en moi depuis ma jeunesse. J’ai vu des familles entières vivre dans la pauvreté, des sans-abris abandonnés à leur triste sort, des pauvres oubliés par la société, etc. Je me suis donc demandé pourquoi toutes ces personnes souffrent-elles ? Pourquoi sont-elles exclues ?». La relecture de ces interrogations, en vue d’une réponse, le situe à ses 41 ans, alors malade, ignorant alors que la Divine providence l’aurait envoyé dans une décharge d’où cette aventure humaine et spirituelle a commencé. A ses propres yeux, rien ne laissait envisager que d’une décharge naitrait une cité de l’espérance pour lutter contre la pauvreté extrême.

Une œuvre inscrite dans le temps

Le Père Opeka soutient que son œuvre a évolué pas à pas, jour après jour. Tout ce temps lui a permis de prendre plus de force, de confiance et d’assurance. Un chemin de joie et de peines dont la seule conviction est de «nous savoir capables d’aider les nécessiteux, les pauvres dans les domaines de  l’éducation, de l’emploi, de la santé, du logement social ; capables d’assainir et d’embellir notre milieu de vie». L’initiateur d’Akamasoa reconnait que la réussite de l’œuvre est le fruit de «la Divine Providence» qui l’a choisi «comme instrument». Il remercie ainsi plus de 500 jeunes femmes et hommes malgaches qui œuvrent dans cette structure, une participation locale dont il est fier.

«Il y a des jeunes pleins de talents qui attendent que quelqu’un les appelle pour porter secours et pour animer leurs propres frères, qui les connaissent bien parce qu’ils connaissent la langue, ils connaissent leur mentalité, ils connaissent les traditions et les mœurs, mais il faut bouger», soutient-il.

La fraternité, d’abord

«Au début personne n’y croyait, même pas ma communauté religieuse, la famille de Saint Vincent de Paul», indique d’abord le Père Pedro, tout en la remerciant de l’avoir épaulé. Et de préciser: «Désormais cette œuvre est devenue une branche de ma communauté. Ici, nous ne mettons pas en avant la foi ou la religion, mais plutôt la justice, la fraternité, le partage, les expressions les plus naturelles de notre foi».

Ainsi, pour le religieux argentin, la foi n’est pas une question de «remplir les églises, mais de la vivre au quotidien». C’est dans ce sens qu’il souligne: «Ici, nous avons voulu vivre cela. Et ce lieu, autrefois un stade de basket-ball, est devenu notre église. Il ne sert plus de terrain de basket mais c’est une salle polyvalente, c’est notre église. On a commencé à prier avec cinquante frères et sœurs. Aujourd’hui nous sommes 10.000».

Pour le Père Opeka, ce qui autrefois, était un lieu d’exclusion, de souffrance, de violence, est devenu aujourd’hui un lieu «de rassemblement des frères et sœurs, de rencontre de tous les pays».

Dieu ne permet pas que des enfants meurent à petit feu

Face aux défis de la réalisation de l’œuvre, le Père Opeka observe que le respect de la parole donnée est, entre autres, l’une de clés ayant permis la mise en marche d’Akamasoa. Son initiative a démarré sans argent, mais uniquement avec la foi et la passion, tendant la main aux plus pauvres et surtout aux enfants. Il explique, en outre, que «Dieu ne permet pas que des enfants meurent à petit feu». S’agissant de la recherche de financements, le Père Pedro se rappelle s’être lui-même rendu auprès des communautés paroissiales, dans les villes pour témoigner de l’œuvre afin d’obtenir un soutien.

L’engagement a porté des fruits

Alors qu’au fil des années le travail de l’association Akamasoa apportait un vrai changement, des personnes de bonne volonté ont compris l’intérêt et le sérieux de l’initiative. Elles ont commencé à accorder leur participation financière à l’œuvre et, l’initiateur d’Akamasoa ne cesse de remercier tous les donateurs, avec amour et conviction car, estime-il, «c’est seulement en partageant que nous allons sauver notre terre».

Akamasoa, un village organisé

Évoquant les bonnes relations avec l’État malgache, le Père Opeka fait remarquer que Akamasoa est un «village» bien organisé: «Il y a des comités, des gens qui se chargent de la sécurité, de l’école, de la santé, etc.». Cette organisation participe à lutter contre la pauvreté qui, toutefois, reconnait le Père Opeka, est un continuel défi à relever.

La visite du Pape, un encouragement pour Akamasoa

Le Père Pedro voit dans la visite du Pape François un signe de grande reconnaissance, un encouragement pour la croissance de l’œuvre. Il estime qu’à l’occasion de cette visite, le monde entier peut voir le climat de joie qui règne dans le village d’Akamasoa.  

Le Père Opeka remercie le Pape pour cette visite qu’il qualifie de «grâce venant du ciel et qui sera source de grand réconfort pour tous les habitants».

Le Père Pedro Opeka au micro de Jean-Pierre Bodjoko, SJ
07 septembre 2019, 22:14