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Mgr Gaspard BEBY GNEBA, évêque de Man, en Côte d’Ivoire (Photo: JP BODJOKO/Vaticannews) Mgr Gaspard BEBY GNEBA, évêque de Man, en Côte d’Ivoire (Photo: JP BODJOKO/Vaticannews) 

Synode : Beaucoup de jeunes sont qualifiés en Côte d’Ivoire, malheureusement au plan social, il n'y a pas du travail pour tous, affirme Mgr Gaspard Béby Gnéba

Mgr Gaspard Béby Gnéba, évêque de Man, en Côte d’Ivoire, en plus d’être satisfait du déroulement des travaux de la XVe Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Évêques, décrit la réalité de la jeunesse chrétienne de son pays.

Entretien réalisé par Jean-Pierre Bodjoko, SJ – Cité du Vatican

Comment se déroulent les travaux du Synode ?

Les travaux se déroulent très bien, dans un climat fraternel et vraiment ecclésial. Et je note deux aspects : d’abord la communion autour du Saint-Père, de tous les évêques, de tous les délégués, de tous les participants. Je note aussi la qualité des interventions, la vie fraternelle que nous passons dans la prière et dans les échanges au cours des pauses. Cela aussi est à saluer. Je dirais donc que les travaux se déroulent dans climat fraternel, de charité, de ferveur spirituelle, de réflexion de qualité.

Les jeunes demandent à être écouter

Tout à fait. C’est depuis le concile Vatican II que l’Eglise a redécouvert vraiment la place des laïcs, en général. Et les jeunes font partie du laïcat. Et en tant que membre de l’Eglise-Famille de Dieu qui est en Côte d’Ivoire, je dirai que les jeunes ont leur place. Ils doivent occuper cette place pour redynamiser, renouveler, l’Eglise aujourd’hui, comme le souhaite le Pape. Que l’on ne pense pas que l’on assiste les jeunes quand on leur donne leur place dans l’Eglise. Les jeunes doivent devenir acteurs de la construction de l’Eglise. Ce n’est pas seulement l’Eglise comme hiérarchie qui assiste accompagne, aide les jeunes. Cela est bon, mais je le trouve un peu passif. Les jeunes en tant que membres à part entière dans l’Eglise et de l’Eglise, ils doivent devenir acteurs dans la réflexion, dans les décisions. Il faut les aider à passer du stade passif à un stade vraiment actif. Donc, moi je suis pleinement d’accord qu’on leur donne leur place et qu’ils l’assument pleinement dans notre Eglise.

Certains jeunes ne sentent pas dans la maison dans l’Eglise

Heureusement que ce n’est pas tous les jeunes. En Côte d’Ivoire par exemple il y a beaucoup de jeunes qui sont engagés dans des mouvements ecclésiaux, dans des associations. Les jeunes sont très dynamiques. C’est vrai qu’il y a quelques-uns qui ne sont pas visibles dans les communautés. Les jeunes qui sont visibles, qui s’engagent, en tout cas en Côte d’Ivoire, ils ont une responsabilité. Mais je dis cela ne suffit pas. Il faut aller un peu plus loin, il faut toujours améliorer l’engagement. Il faut que les jeunes soient justement associés au niveau de prise des décisions, dans la procédure au moins. Il faudrait qu’ils donnent leurs avis. Cela se fait peut-être déjà, mais on peut mieux faire. Et je pense que ce Synode nous donne l’occasion de réfléchir à la place et à l’action des jeunes dans notre église.       

Les problèmes des jeunes ivoiriens et leur rapport avec l’Eglise

Le premier problème qui a été identifié par la Conférence des évêques ivoiriens, c’est faire des jeunes des acteurs de la fraternité universelle, des acteurs de la réconciliation de la paix. Le deuxième défi que nous avons identifié, c’est comment accompagner les jeunes pour s’engager au plan social, mais aussi se prendre en charge matériellement et financièrement. Parce qu’effectivement, il y a beaucoup de jeunes désœuvrés en Côte d’Ivoire. Il y a des jeunes qui sont très engagés dans l’Eglise. Mais quand ils vont à la maison, ils n’ont pas à manger, ils n’ont rien, ils ne peuvent même pas aider leurs familles, et encore moins aider l’Eglise. Il faut aider les jeunes, les accompagner, les écouter. Aujourd’hui beaucoup de jeunes sont qualifiés en Côte d’Ivoire, malheureusement au plan social, il n y a pas du travail pour tous.  Et donc c’est un problème. Souvent c’est le danger, parce que quand vous êtes au chômage, vous n’êtes pas occupé par le travail, la tentation est là. Celui qui vous propose 5.000 francs pour prendre une arme, pour faire quelque chose, que pouvez-vous faire ? Vous y aller. Effectivement, il faut aider les jeunes par le développement humain intégral, à se prendre en charge, à s’assumer au plan matériel, au plan financier, à avoir le minimum. C’est un défi pour la société, pour l’Eglise. C’est un défi aussi pour notre pays.

Le phénomène de l’immigration en Côte-d’Ivoire

Il ne faut pas se le cacher, le problème se pose en Côte d’Ivoire. Il y a plusieurs années quand la Côte d’Ivoire était en paix, et bien matériellement, économiquement, il y a peu de jeunes ivoiriens qui s’aventuraient à aller « en exil » sans avoir un parent, un ami ou une connaissance. Mais aujourd’hui, justement avec la crise, la pauvreté qui s’est aggravée, beaucoup de jeunes ivoiriens partent en exil. Certaines personnes et familles sont venues rendre témoignage, et sensibiliser sur ce phénomène pour dire qu’en fait, nous pouvons être bien en Afrique si nous nous engageons dans le travail, dans le sérieux. Nous pouvons construire une société viable et vivable en Afrique. L’Eglise n’a pas toutes solutions. Mais il faudrait passer par la sensibilisation, par la formation, et par le suivi des jeunes, afin qu’ils fassent le maximum pour rester dans leur pays. Ce problème dépasse la Côte d’Ivoire et même toute l’Afrique. Il faut le traiter avec d’autres pays, avec d’autres conférences.

Le Synode une grande opportunité ?

Pour le Synode, dans mon groupe de travail, il y a un évêque européen, qui nous a dit de vouloir rencontrer les évêques africains qui sont là, pour aborder ce problème pour que nous proposions des pistes de solutions. Pour que les évêques africains et les évêques européens puissent parler de la même voix et non pas de façon divergente. Nos frères européens ont la possibilité de rencontrer certains leaders politiques au niveau mondial, etc. Donc nous, évêques africains, nous pouvons donner à nos frères européens des idées, afin que lors des rencontres, ils puissent parler en notre nom. Je pense que de ce point de vue, c’est déjà positif. Faire prendre conscience aux autres évêques, aux autres conférences que l’Afrique souffre de l’immigration et qu’ensemble on peut trouver la solution, c’est déjà très fraternel et c’est à saluer.   

Le Saint-Père n’a pas peur d’affronter les problèmes tant au niveau de l’Eglise qu’au niveau de la société. Aujourd’hui il a pris la jeunesse. Mais la jeunesse effectivement, même chez nous ce n’est pas facile. Ce n’est pas tous les jeunes qui viennent à l’Eglise. Il y a d’autres qui vont ailleurs dans d’autres expériences religieuses. Donc aujourd’hui, le problème de la jeunesse est sérieux, c’est l’avenir de l’Eglise, c’est l’avenir de la société. Je salue cette décision du Saint Père et je voudrais que par des réflexions, on s’enrichisse pour aller aider nos jeunes, nos pays, aider notre Eglise à grandir dans la foi, dans l’espérance et dans la charité.

Entretien de Mgr Gaspard Béby Gnéba avec Jean-Pierre Bodjoko, SJ

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Mgr Gaspard Béby Gnéba avec une partie de l'équipe du Service Français-Afrique de Radio Vatican (Photo: JP Bodjoko, SJ)
10 octobre 2018, 07:04