Point de presse du synode, 23 octobre 2023 Point de presse du synode, 23 octobre 2023  (Vatican Media)

Synode: la "Lettre au Peuple de Dieu" sera publiée le 25 octobre

La lecture de la première version de la lettre, lundi 23 octobre, en fin de matinée a été accueillie par des applaudissements, a déclaré le président de la commission pour l’information du synode, Paolo Ruffini, mais quelques ajustements sont encore possibles. Quant au document de synthèse de l’assemblée synodale, il sera connu samedi soir, au terme des travaux.

Vatican News

La lecture du projet de Lettre au Peuple de Dieu a été saluée par les applaudissements de l'assemblée lundi matin. À l'invitation du cardinal secrétaire général Mario Grech, «de petites suggestions de changements et d'ajouts au texte ont été proposées et acceptées, surtout en ce qui concerne les traductions dans les différentes langues». La Lettre sera approuvée et publiée mercredi, a annoncé Paolo Ruffini, préfet du dicastère pour la Communication et président de la commission pour l'information.

Messe et travaux de la matinée

La journée s'est ouverte à 8h45 par une célébration eucharistique en la basilique vaticane présidée par le cardinal Charles Maung Bo, archevêque de Rangoon. Ensuite, pour la 16e Congrégation générale, coordonnée par le président délégué, père Giuseppe Bonfrate, en présence du Pape François et de 350 participants, le père dominicain Timothy Radcliffe, la religieuse bénédictine Maria Ignazia Angelini, et le théologien australien, père Ormond Rush, ont pris la parole, avant que ne soit présentée et discutée La Lettre au Peuple de Dieu.

Cardinal Schönborn: foi, espérance et charité en communion

Le cardinal dominicain Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, membre du Conseil ordinaire du secrétariat du synode, fort de son expérience acquise au cours des précédents synodes, a confié un souvenir de 1965, à la fin du Concile Vatican II, alors qu'il avait 20 ans et qu'il était étudiant en théologie. Le cardinal avait écouté une conférence de Karl Rahner et la dernière phrase du conférencier est restée dans son cœur: «Si ce Concile ne débouche pas sur une croissance de la foi, de l'espérance et de la charité, tout sera vain». C'est pourquoi, a ajouté le cardinal, «je dirais la même chose de ce Synode». En tant que théologien, Christoph Schönborn a également participé en 1985 au Synode extraordinaire convoqué par Jean-Paul II vingt ans après la conclusion de Vatican II.

En ce qui concerne le concept fondamental de communio, il a déclaré avoir l'impression que «ce que nous faisons maintenant, après le 50e anniversaire de l'institution du Synode», c'est précisément, nous demander: «comment vivre la communion dans l'Église. La communion de foi, la communion avec le Dieu unique et trine, la communion entre les fidèles et la communion ouverte à tous les hommes». Comment la vivre? «La synodalité est le meilleur moyen», a répondu le cardinal Schönborn. Il s'agit de repenser la vision de Lumen gentium, où il est question du grand mystère de l'Église. L'Église est un mystère, elle est le peuple de Dieu, et ce n'est qu'ensuite que l’on peut aborder la question de la constitution hiérarchique de ses membres.

Le cardinal a également émis une critique en direction de l'Europe «qui n'est plus le centre principal de l'Église». L'Amérique latine, l'Asie, l'Afrique et leurs conférences continentales ouvrent la voie, tandis que l'épiscopat européen n’est pas parvenu à exploiter le potentiel développé, par exemple, par la FABC (Afrique) et le CELAM (Amérique latine). Sur le vieux continent, a-t-il admis, «nous avons pris un peu de retard dans la synodalité vécue. Une impulsion est nécessaire». Il a pris pour exemple le fait que les Conférences épiscopales européennes n'ont jamais adopté une position commune sur le drame des migrants. L’archevêque autrichien termine par une référence aux Églises orientales qui ont toujours expérimenté une synodalité indissociable de la liturgie. D'où l'invitation à chérir une foi qui se célèbre avant de se discuter.

Cardinal Aguiar Retes: la continuité synodale

Le cardinal Carlos Aguiar Retes, archevêque de Mexico, l'un des présidents délégués de l'assemblée et membre par nomination pontificale, a rappelé le synode de 2012 voulu par Benoît XVI sur la nouvelle évangélisation, qui concluait que la transmission de la foi était «fracturée»: «Les familles n'étaient plus capables de s'adresser aux nouvelles générations. C'est pourquoi le premier synode de François a été consacré aux familles, qui sont fondamentales à cet égard. Et il est important de travailler avec elles pour atteindre les jeunes, auxquels le synode successif, en 2018, a été consacré». Parlant de sa propre expérience avec les nouvelles générations dans l'archidiocèse de Tlalnepantla, où il était pasteur avant de s'installer dans la capitale du Mexique, il a rapporté avoir eu des rencontres avec des jeunes de différentes classes sociales, en vue d'un dialogue visant à promouvoir l'amitié au-delà des frontières sociales. Ces rencontres l’ont amené à penser que «l'aspiration à la foi doit être transmise par des jeunes qui vivent la foi». C'est pourquoi, a poursuivi le cardinal mexicain, le Pape François l'a appelé pour participer au synode sur l'Amazonie. En réfléchissant à l'importance du changement climatique et de la protection de la création, il a réalisé qu'il était important de pouvoir compter sur la sensibilité écologique des plus jeunes: «Il faut donc les aider à comprendre la Parole de Dieu sur ces questions». Enfin, le cardinal a parlé du processus synodal dans son archidiocèse de Mexico, en octobre 2021. Une expérience de visite des réalités locales, avec une méthode basée sur le consensus, le dialogue et l'écoute mutuelle, dont les fruits ont été mis en commun pour répondre aux besoins de la société. Car, a-t-il conclu, «le chemin de l'Église, c'est la synodalité».

Cardinal Aveline : écoute, silence, prière et liberté

Le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, présent au Synode en tant que membre par nomination pontificale, élu à la Commission pour le rapport de synthèse, a commencé par exprimer les sentiments qui l'ont accompagné dans sa première expérience synodale au Vatican: «La joie d'une nouvelle aventure, la curiosité de rencontrer des personnes du monde entier, avec lesquelles il y a eu un échange d'expériences; mais aussi la préoccupation pour les informations sur la guerre parvenues dès le début des travaux». Face à ces événements dramatiques, a souligné le cardinal Aveline, «l'Église doit prendre la responsabilité de diffuser avec encore plus de force le message d'amour de Dieu dans le monde». L’archevêque de la cité phocéenne avoue être arrivé à Rome avec un peu d'appréhension due au fait qu’en France, «tout le monde n'est pas entré dans le processus synodal et qu'il y a donc une marge de progression» pour faire participer davantage de personnes à ce cheminement commun. Le cardinal a rappelé que cela «suscite beaucoup d'attentes quant aux décisions finales qui refléteront notre responsabilité commune». Cette semaine, a-t-il conclu, sera «une semaine décisive, au cours de laquelle nous vivrons des étapes importantes, en essayant de nous mettre d'accord sur diverses questions et d'aplanir les divergences. Les mois à venir seront ceux où nous récolterons les fruits que nous avons semés».


Sœur Rigon: agir pour rendre le monde meilleur

Sœur Samuela Maria Rigon, supérieure générale des Sœurs de la Mère des Douleurs, professeur à l'Université pontificale grégorienne, qui participe au synode en tant que membre nommé par le Pape, a ensuite raconté sa surprise d’avoir été convoquée pour le synode: «Dans la prière, j'ai accepté comme un appel de Dieu d'être appelée au Synode, en tant que femme baptisée, chrétienne et consacrée», a-t-elle déclaré. Et le Synode s'avère être «une expérience très enrichissante, dans laquelle je touche à l'universalité de l'Église». Une expérience, a-t-elle poursuivi, vécue comme «une invitation à l'humilité; et mon point de vue n'est qu'une fenêtre sur l'horizon qui peut aider à construire une belle mosaïque». «Depuis hier, j'emporte avec moi trois mots de la liturgie eucharistique où l'apôtre Paul nous parle de foi laborieuse, de travail acharné dans la charité, de fermeté dans l'espérance en Jésus-Christ. Si cela devait sortir de ce Synode, nous aurions déjà fait une véritable révolution positive», a déclaré la religieuse; car, a-t-elle ajouté, «nous avons reçu une semence importante que Dieu fera croître malgré nous ou avec nous». Sur ce principe, Sœur Samuela s'est référée à la pensée de saint François d’Assise: «Aujourd'hui, je recommence à être un chrétien différent». Si tout le monde pouvait se lever chaque jour avec cette pensée, a-t-elle relancé, «nous aurions une transformation».

Le Document de synthèse sera publié samedi soir 

En réponse à la question d’un journaliste, Paolo Ruffini a indiqué que le vote, dont les modalités restent encore à définir, et la diffusion du document de synthèse sont prévus pour samedi 28 octobre. En ce qui concerne une deuxième question - à savoir si, dans un futur Conclave, le Synode actuel devrait être pris en compte en termes de contenu et de forme - le cardinal Aguilar Retes a expliqué que «si ce qui a été discuté et expérimenté est mis en pratique, il y aura un chemin à parcourir». Tout dépend, a-t-il ajouté, «de ce qui sera réalisé lorsque les gens retourneront dans leurs diocèses».

Une autre question concernait la méthode de travail adoptée au cours de l’Assemblée et la possibilité de l'appliquer aux différents niveaux de l'Église, en élargissant la participation aux laïcs et aux femmes. Le cardinal Schönborn a rappelé son discours de 2015 sur le thème de la synodalité, où, à partir du Concile de Jérusalem, il avait expliqué que, avant tout, la méthode est l'écoute, c'est-à-dire l'écoute de ce que Dieu montre à travers l'expérience du cheminement. La conclusion du Synode vient de cette écoute et du discernement commun. Le cardinal a ajouté qu'il était déjà habitué à une méthode similaire, pratiquée dans l'archidiocèse de Vienne et, a-t-il rappelé à cet égard, qu’entre 2015 et aujourd'hui il y a eu 5 assemblées diocésaines avec 1 400 participants, «une expression de l'ensemble du peuple de Dieu». Même s'il n'y a pas eu de vote, a-t-il dit, l'écoute et la communion ont été vécues. L'important, a-t-il souligné, «c'est qu'à la fin, des décisions doivent être prises». En effet, «le Concile de Jérusalem a pris une décision fondamentale pour l'histoire de l'Église, et le chemin pour y parvenir est celui que nous lisons dans les Actes des Apôtres. Cette méthode est caractérisée par les trois étapes: écoute, silence, discussion».

Il a été rejoint par Sœur Rigon, qui a souligné qu’à travers la méthode appliquée au Synode, l'aspect essentiel est resté l'écoute. «Tout le monde, a-t-elle dit, doit redécouvrir cette dimension, sur le lieu de travail, dans les familles, dans les communautés religieuses. Chacun doit avoir la possibilité de partager et d'être écouté. Ce n'est pas un hasard si le premier commandement de la Bible est "écoute Israël"».

La nature du Synode n'a pas changé

En réponse aux critiques remettant en cause l'intégrité du Synode des évêques du fait de la présence de laïcs parmi ses délégués, le cardinal Schönborn a souligné qu'à son avis, «cela ne pose pas de problème, car le Synode reste un Synode épiscopal, même s'il comporte une participation réelle de non-évêques. Il s'agit d'un organe qui sert à exercer une responsabilité collégiale. Sa nature n'a pas changé, elle a seulement été élargie et l'expérience est résolument positive». D'autre part, a déclaré le cardinal, «il y a toujours eu des experts laïcs, avec des interventions très importantes, mais maintenant il y a une relation beaucoup plus étroite dans un synode des évêques avec une participation élargie».

Quant à la question de savoir si la perte de la synodalité a conduit l'Église à la division et dans quelle mesure toutes les Églises peuvent être invitées à suivre un cheminement commun, le même cardinal dominicain a souligné que la division des chrétiens est certainement un obstacle au témoignage; mais, a-t-il dit en se référant aux paroles d'un moine copte orthodoxe, «Dieu permet peut-être cette "honte" parce que l'on n'est pas encore capable de faire bon usage de l'unité pour le bien de l'humanité».

Le cardinal Aguiar Retes a ensuite évoqué l'expérience de la Conférence épiscopale mexicaine, dans un pays de 180 millions d'habitants, dont 80 % sont catholiques, unis autour d'une religiosité ancrée à Notre-Dame de Guadalupe. Les conditions sont cependant différentes entre le nord, le sud et le centre du Mexique. Lors de sa visite apostolique en 2016, le Pape a appelé à un processus sûr en réponse aux besoins du contexte socioculturel. Et en cela, la diversité ne doit pas être un obstacle: il y a différents modus operandi, mais tous concentrent leurs efforts sur le bien de l'Église.

Pour sa part, le cardinal Aveline a souligné qu'un grand moment d'unité du Synode a été la veillée de prière œcuménique "Together", le 30 septembre, où tous étaient présents autour du Christ crucifié, «parce que le désir d'unité grandit dans la contemplation du Crucifié, la faiblesse du Christ étant le seul chemin sûr vers l'unité».

Seul le Pape peut apporter des changements au Catéchisme

Répondant à une question sur le fait que certaines personnes Lgbtq+ puissent se sentir blessées par les mots du Catéchisme de l'Église catholique faisant référence au «désordre» moral, le cardinal Schönborn a rappelé qu'il avait lui-même été secrétaire de la rédaction du Catéchisme. «Il s'agit, a-t-il dit, de l'œuvre de l'Église, promulguée par le Pape. Et depuis, il n'y a eu qu'un seul changement, lorsque François est intervenu sur la peine de mort». Le fait qu'il y en ait d'autres dépend uniquement de la décision du Souverain pontife. Le cardinal a ensuite recommandé de toujours «lire les textes dans leur intégralité». Il s'agit de questions, a-t-il ajouté, qui relèvent de la théologie morale, mais le principe est qu'«il y a un ordre objectif et des personnes humaines. Celles-ci ont toujours droit au respect, même si elles pèchent - ce que nous faisons tous, même moi. Nous avons droit au respect. Nous avons le droit d'être acceptés», comme elles le sont par Dieu.

Enfin, en ce qui concerne la relation entre l'actualité du Magistère, la contribution des théologiens et le "sensum fidelium", c'est à nouveau le cardinal Schönborn qui a expliqué que nous devions relire ce que saint Jean XXIII a dit au début du Concile Vatican II à propos de l'immuabilité de la doctrine et de la manière dont elle est présentée. «Il y a, a-t-il ajouté, de grands développements au niveau de la compréhension, mais il y a aussi l'immuabilité de la foi: on ne peut pas changer la doctrine sur la Trinité, l'Incarnation ou l'institution de l'Eucharistie». C'est sur cela que repose un credo qui est valable partout dans le monde, et même si les cultures diffèrent, la substance de la foi ne peut être changée, même si elle a beaucoup évolué depuis le temps des apôtres.

Synode: point de presse du 23 octobre

Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici

23 octobre 2023, 19:43