Campagne électorale 2023 Harare (Zimbabwe) Campagne électorale 2023 Harare (Zimbabwe)  (ANSA)

Le Zimbabwe s’approche des élections dans un contexte de tensions et d'urgence sociale

Le Zimbabwe s'approche de l'élection présidentielle du 23 août dans un climat de peur et de crise socio-économique. Le pays d'Afrique australe, qui a perdu en 2017 son premier président Robert Mugabe, accusé d'avoir conduit la nation au bord de la pauvreté, se dirige vers les deuxièmes élections libres de son histoire dans un contexte de tensions et de graves problèmes sociaux.

Vatican News, avec Fides

Les deux principaux candidats sont les mêmes que lors des élections de 2018, à savoir le président sortant Emmerson Mnangagwa et Nelson Chamisa, un avocat et pasteur de 45 ans qui dirige le plus grand parti d'opposition du pays, la Coalition des citoyens pour le changement (CCC). De nombreux analystes s'attendent à ce que le scrutin se déroule dans un climat agité, tant en raison des craintes de répression et de fraude que des niveaux de plus en plus élevés d'hyperinflation, de pauvreté et de chômage.

Appel des candidats à voter pacifiquement

Selon le père Tryvis Moyo, secrétaire général de la Conférence épiscopale du Zimbabwe, «les élections semblent différentes des précédentes, dans le sens où les dirigeants parlent le langage de la paix et encouragent les gens à aller voter pacifiquement, sans incitation à la haine». Il a affirmé que «jusqu'à présent, nous n'avons pas entendu parler de beaucoup d'incidents ou de violence». Cependant, il a souligné que «cela ne veut pas dire que les incidents violents ont été complètement éliminés». Prenant l’exemple d’un homme qui a été récemment lynché à mort dans l'un des districts de Harare, le père Moyo constate que «plus nous approchons de la date du vote, plus l'atmosphère devient tendue».


Une situation politique délicate

«La situation est très délicate et nous craignons que le climat relativement paisible de cette période ne débouche sur quelque chose de plus violent», a poursuivi le secrétaire général de la Conférence épiscopale.  Selon lui, dans un contexte de fortes tensions sociales, de pauvreté et de nombreux problèmes, «il suffit de peu de choses pour déclencher des affrontements. Les dirigeants ne doivent rien dire qui puisse être mal interprété par leurs partisans». Le père Moyo souhaite que la liberté d'expression et de réunion soit garantie. Il a précisé que «de nombreuses manifestations appelées par l'opposition ont été interdites, même au-delà de 50 %, et c'est un mauvais signe, nous avons besoin d'électeurs informés et de citoyens qui se sentent libres de s'exprimer».

La réalité socio-économique du pays

L'inflation, le chômage élevé, l'instabilité politique et économique ont fait du Zimbabwe l'un des pays les plus pauvres du continent et du monde. Selon le père Moyo, l’économie zimbabwéenne n’a jamais été stable depuis 2000. Le taux de chômage est toujours très élevé et cela a conduit à une fuite des cerveaux du pays dans des proportions bibliques. «Beaucoup vont en Afrique du Sud, d'autres en Europe ou dans d'autres endroits du monde», a regretté le Secrétaire générale de la Conférence épiscopale de Zimbabwe, ajoutant que «notre diaspora est maintenant très importante». Pour lui, «il est évident que sans générations préparées, éduquées et spécialisées, il est très difficile pour le pays de se relever».  Il a regretté que «les infrastructures ne sont pas entretenues comme elles devraient l'être et les investissements tardent à arriver».

Malgré la monnaie locale, le dollar zimbabwéen, la tendance à préférer le dollar américain constitue l’un des problèmes majeurs du pays. Pour les pauvres et les chômeurs, payer avec des prix liés au dollar américain aggrave la situation. Selon le père Moyo, le pays connaît «une légère amélioration de la situation sociale, des progrès sur les routes et les bâtiments dans les villes», mais «en termes de droits, il y a même eu un pas en arrière, l'espace démocratique s'est rétréci dans certaines régions». Il a déploré que «des lois draconiennes ont été promulguées et il est facile d'aller en prison pour une simple dissidence politique».


Le rôle des Eglises

Dans un pays à forte majorité chrétienne, les Églises, regroupées au sein du Conseil des Églises du Zimbabwe, ont toujours joué un rôle important sur le plan social et politique. Elles facilitent constamment la paix au Zimbabwe et rencontrent régulièrement les dirigeants politiques des différents partis avant, pendant et après le processus électoral. Le père Moyo a expliqué qu’«il s'agit d'une fonction décisive qui rend notre rôle crédible afin de convaincre les dirigeants et leurs partisans; et de toujours trouver des moyens d'unir sans diviser».

Selon le Secrétaire générale de la Conférence épiscopale de Zimbabwe, les catholiques ont toujours été en première ligne pour demander aux dirigeants d'«être responsables, de s'engager à créer des espaces libres et démocratiques et de rendre ces élections libres et démocratiques». Il espère des élections loin des affrontements, des violences qui «finissent toujours par nuire davantage à l'économie du pays». «Nous devons savoir que le Zimbabwe va de l'avant et que les politiques toxiques du passé appartiennent au passé», a-t-il déclaré. Le père Moyo a exprimé son désir «de réformer les institutions nationales pour qu'elles restent libres et indépendantes».

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18 août 2023, 14:55