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Manifestation à Santiago du Chili le 9 octobre dernier. Manifestation à Santiago du Chili le 9 octobre dernier.  (AFP or licensors)

Le référendum au Chili, un enjeu pour la démocratie selon les évêques

Dans un message publié quelques jours avant la tenue du scrutin du 25 octobre prochain portant sur un éventuel changement de Constitution, l’épiscopat demande aux Chiliens de ne voter qu'après s'être informés, et de le faire en conscience, c'est-à-dire en ayant à coeur le respect de la vie et de la dignité de chaque personne, ainsi que la solidarité et la protection des groupes les plus vulnérables. Les évêques appellent également à rejeter la violence, alors que les manifestations de colère reprennent dans le pays après le confinement.

Alina Tufani et Marie Duhamel – Cité du Vatican  

Les Chiliens seront appelés à se prononcer sur la rédaction d’une nouvelle Constitution, le 25 octobre prochain, lors d’un référendum. A l’approche du vote, le comité permanent de la conférence épiscopale (CECh) publie un message invitant les électeurs à s’informer de manière adéquate avant de prendre une décision sur cette décision majeure dans la vie démocratique du pays.

Soulignant l’importance de la Constitution d’une nation pour la société et la vie des citoyens, les évêques rappellent que le vote est une responsabilité que chacun est appelé à assumer, librement et en conscience. Ils leur proposent de prendre leur décision après une période de discernement, en ayant à l’esprit la recherche du bien commun. Le comité permanent de la CECh insiste sur le fait que «le respect de la vie et de la dignité de toute personne, la promotion de la justice et de la solidarité afin de dépasser les clivages socio-économiques et culturels, ainsi que la protection des groupes les plus vulnérables sont, entre autres, les valeurs indispensables de la vie d’un peuple». Pour cette raison, «nous ne pouvons pas rester indifférents à l’exercice de droit civique auquel nous sommes appelés», écrivent-ils.

Générer une charité politique

La récente encyclique du Pape "Fratelli tutti" est mentionnée par les évêques chiliens afin de mettre en lumière l’impact du politique dans le progrès social : «la politique ne peut pas renoncer à l’objectif de faire en sorte que l’organisation d’une société assure à chacun quelque moyen d’apporter sa contribution et ses efforts» (162).  Dans ce texte, le Pape évoque également les vertus engendrée par l’assistance à son prochain: «un individu peut aider une personne dans le besoin, mais lorsqu’il s’associe à d’autres pour créer des processus sociaux de fraternité et de justice pour tous, il entre dans ‘le champ de la plus grande charité, la charité politique’.  Il s’agit de progresser vers un ordre social et politique dont l’âme sera la charité sociale» affirme-t-il.

C’est pour répondre à une révolte populaire contre les inégalités sociales en cours depuis octobre 2019 que le président Sébastian Pinera a proposé de réformer la Constitution héritée de la dictature d’Augusto Pinochet. Pacifiques et parfois violentes, les manifestations ont repris il y a deux semaines après plusieurs mois de confinement lié à la pandémie. Lors d’un des rassemblements à Santiago, un adolescent a été grièvement blessé dans une charge de la police, poussant le président à condamner les violences policières. Depuis le début du mouvement, trente personnes sont décédées dont certaines après l’intervention de la police.

N’ouvrons pas d’espace à la violence

C’est dans ce contexte que les évêques appellent les citoyens et le gouvernement au calme, afin que «la raison et la responsabilité civile l'emportent», au bénéfice de la paix sociale et des plus démunis. Ils jugent «nécessaire de sauvegarder le droit d'expression pacifique et, en même temps, de garantir le respect des normes sanitaires», mises en place pour freiner la propagation du virus qui a infecté près de 463 000 personnes et tué plus de 12.741 malades. «N'ouvrons pas d'espaces à la violence, qui ne fait qu'apporter plus de douleur et entraîne, paradoxalement, une spirale de violence sans fin», avertissent les évêques.

Appel aux autorités et aux fidèles

L'épiscopat exhorte les autorités et les dirigeants du pays à ne pas s’en tenir aux mots mais à s’engager dans ce processus démocratique concrètement et efficacement, dans l'unité, afin que personne ne se sente menacé ou exclu. «Tout comme la paix sociale est le fruit de la justice, répondre aux exigences sociales exige un leadership responsable et de haut niveau afin de garantir une coexistence civile, fraternelle, dans le dialogue», affirment les évêques.

Le message se conclu par un appel aux fidèles à une intense prière, afin que le scrutin se déroule dans un climat de confiance et de sécurité pour tous, et que les besoins les plus urgents de ceux qui souffrent soient au centre de leur prise de décision.

 

12 octobre 2020, 14:30