Vatican News
Le cardinal Grech et le Pape François Le cardinal Grech et le Pape François  (Vatican Media)

Cardinal Grech: un engagement renforcé pour une Église plus synodale

Entretien avec le secrétaire général du Synode des évêques sur la nomination de deux nouveaux sous-secrétaires qui l'accompagneront dans son travail en direction d’une Église toujours plus synodale, comme le souhaite le Pape François.

Entretien réalisé par Alessandro Gisotti – Cité du Vatican

C’est une étape de grande importance pour renforcer le Secrétariat général du Synode et donner un nouvel élan à l'engagement en faveur d'une Église synodale et missionnaire. C'est ainsi que le cardinal Mario Grech commente pour les médias du Vatican la nomination, annoncée aujourd'hui, de deux sous-secrétaires du Synode des évêques. Le cardinal maltais s'attarde notamment sur la nomination de sœur Nathalie Becquart, la première femme à ce poste, et sur les perspectives que cette nomination ouvre sur le rôle des femmes dans la vie de l'Église.

Monsieur le cardinal, les nominations des deux sous-secrétaires du Synode des évêques ont été annoncées aujourd'hui. La nomination de sœur Nathalie Becquart se distingue particulièrement. Pour la première fois, une femme assume cette fonction. Quelle est la signification de ce choix dans le cheminement synodal si cher au Pape François ?

Le Pape François a rappelé à plusieurs reprises qu'une Église synodale est une Église caractérisée par l'écoute : par une écoute mutuelle dans laquelle tous - fidèles, évêques et évêque de Rome - apprennent les uns des autres ; et surtout par une écoute, tous ensemble, de l'Esprit Saint.

La nomination de sœur Nathalie Becquart au poste de sous-secrétaire nous aide donc à nous rappeler concrètement que dans les cheminements synodaux la voix du Peuple de Dieu a une place spécifique et qu'il est fondamental de trouver les moyens d’y favoriser une participation effective de tous les baptisés.

Cette perspective a caractérisé la façon dont le Pape François a interprété le synode tout au long de son pontificat. Nous l'avons vu au synode sur les jeunes, puis au synode sur l'Amazonie: l'écoute et la participation des jeunes et des peuples indigènes ont eu un impact crucial dans la préparation et le déroulement de ces synodes.

En qualité que sous-secrétaire, sœur Nathalie Becquart aura le droit de vote au prochain synode axé sur l'Église et la synodalité. La question du vote des femmes au Synode a eu une grande importance au cours les dernières assemblées synodales. Cette nomination représente-t-elle également une ouverture sur la possibilité que d'autres femmes puissent avoir le droit de vote au Synode ?

Lors des derniers synodes, de nombreux pères synodaux ont souligné la nécessité pour l'Église tout entière de réfléchir à la place et aux rôles des femmes en son sein. Le Pape François a également souligné à plusieurs reprises l'importance d'une plus grande participation des femmes dans les processus de discernement et de décision ecclésiaux; et déjà lors des derniers synodes, le nombre de femmes ayant participé en tant qu'expertes ou auditrices a augmenté. Avec la nomination de sœur Nathalie Becquart et sa possibilité de participer avec droit de vote, une porte a été ouverte; nous verrons quelles autres mesures pourront être prises à l'avenir.

Autre nouveauté: pour la première fois, le Secrétariat général du Synode disposera de deux sous-secrétaires. Quelle contribution spécifique apportera le sous-secrétaire Luis Marín de San Martín, issu d'une grande tradition spirituelle comme celle de saint Augustin ?

Le père Luis Marín de San Martín a une grande expérience dans l'accompagnement des processus de décision communautaires, et sa connaissance du concile Vatican II sera précieuse pour garder à l'esprit les racines du cheminement synodal. En outre, le fait que les deux sous-secrétaires du Synode des évêques soient des religieux, chacun ayant grandi dans une spiritualité spécifique, indique l'importance pour l'Église synodale de prendre également en considération les différents charismes présents dans l'Église.

Ces nominations s'accompagnent-elles également pour le Synode, d'une nouvelle façon de travailler? Peut-on s'attendre à quelques ultérieures nouveautés dans la structure du Secrétariat général?

Sans doute. Ces nominations soulignent l'importance que le cheminement d'une Église synodale soit accompagné par un groupe qui travaille en équipe: la structure et la manière de travailler du Secrétariat général doivent être elles-mêmes synodales ! Ce travail d'équipe permet davantage aux laïcs de participer au sein des dynamiques de responsabilité.

Je souhaite d’ailleurs que nous trois, et tout le personnel du Secrétariat du Synode, puissions travailler dans un esprit de collaboration et expérimenter un nouveau style de leadership «synodal», un leadership dans un service moins clérical et hiérarchique, qui permette la participation et la coresponsabilité sans pour autant renoncer aux responsabilités qui lui ont été confiées. Dans ce domaine également, nous essayons de suivre l'exemple du Pape François.

Ces derniers jours, le Pape a encouragé l'Église italienne à entamer un processus synodal. D'autres Églises ont lancé ou sont en train de lancer des processus synodaux. Comment évaluez-vous cette volonté renouvelée des Églises locales d'assumer un «style synodal» ?

Le Pape François a souligné que «la synodalité est le cheminement que Dieu attend de l'Église du troisième millénaire», et a insisté sur le lien entre la synodalité et la mission d'évangélisation. Le contexte de la pandémie a mis encore plus en évidence l'importance, pour l'Église et la société, de «marcher ensemble» et d'assumer de manière responsable les liens qui nous unissent les uns aux autres.

En outre, l'annonce du prochain synode sur l’Église et la synodalité est déjà fécondée par les dynamiques synodales qui sont en train de se dérouler dans les Églises locales, bien que dans des contextes et des modalités différents; si l'Église italienne s’engage dans cette direction, elle pourra également enrichir la réflexion de l'Église universelle. Au Secrétariat général du Synode, nous suivons avec intérêt tous ces différents processus synodaux en cours et nous sommes disposés à nous mettre à leur service. Ce sont des occasions de chercher ensemble comment promouvoir et développer ce «style synodal» qui fait partie des désirs du Pape François et auquel aspirent divers croyants à travers le monde. 

06 février 2021, 12:34