Sultan Ahmed al-Jaber, président désigné de la COP 28 de Dubaï, ministre émirati de l'Industrie et des Technologies avancées, au Vatican, le 11 octobre 2023. Sultan Ahmed al-Jaber, président désigné de la COP 28 de Dubaï, ministre émirati de l'Industrie et des Technologies avancées, au Vatican, le 11 octobre 2023.   (Vatican Media)

Le président émirati de la COP28 a été reçu par le Pape

Le président émirati de la COP28 Sultan Al Jaber a été reçu par le Pape François mercredi 11 octobre au Vatican, une semaine après la publication de l'exhortation apostolique Laudate Deum.

Entretien réalisé par Andrea Tornielli – Cité du Vatican

Il y a une semaine était publiée Laudate Deum, l'exhortation contenant l'appel du Pape à répondre à la crise climatique. Mercredi 11 octobre, le Souverain pontife a reçu en audience Sultan Al Jaber, ministre de l'Industrie et des Technologies avancées des Émirats arabes unis et président de la COP28: un rendez-vous important qui se tiendra à Dubaï du 30 novembre au 12 décembre et que François a indiqué comme décisif pour une action commune avant qu'il ne soit trop tard. Dans cet entretien avec les médias du Vatican, Al Jaber explique les objectifs de la prochaine COP et commente le contenu de l'exhortation.

Quels sont brièvement les objectifs de la prochaine conférence des parties à Dubaï?

Nous sommes guidés par un seul point fixe: maintenir l'augmentation de la température à 1,5 degré Celsius. Le premier bilan mondial nous a déjà montré à quel point nous sommes loin de la bonne direction. Nous devons maintenant réduire les émissions de 22 gigatonnes d'ici 2030. Dans le même temps, comme nous le voyons tous les jours dans les nouvelles, le changement climatique nous affecte et nous devons nous adapter à ce changement. En fin de compte, pour faire face au changement climatique, nous devons placer les personnes et la planète au centre du processus climatique. Ce processus est impératif. La présidence de la COP28 a élaboré un programme d'action reposant sur quatre piliers: accélérer une transition énergétique juste et ordonnée; régler la question du financement de la lutte contre le changement climatique; mettre l'accent sur les populations, la nature, les vies et les moyens de subsistance; et soutenir ce processus en veillant à ce qu'il soit pleinement inclusif. Le temps est venu d'unir le monde et d'agir ensemble pour proposer des solutions réalistes à la crise climatique.

 

Le Pape a récemment publié l'exhortation apostolique Laudate Deum: un cri d'alarme avant qu'il ne soit trop tard pour contenir les conséquences de la crise climatique. Que pensez-vous de ce document?

Nous saluons l'appel pressant du Pape en faveur d'un renforcement de l'action pour le climat. Nous partageons son espérance sur le fait que «la COP28 conduise à une accélération décisive de la transition énergétique». La COP28 sera une COP de l'action. Elle doit l'être. Notre présidence s'engage pleinement à faire tout ce qui est en son pouvoir pour unir les parties, garantir l'inclusivité, parvenir à des engagements et des actions clairs et mettre en œuvre une action climatique ambitieuse pour les citoyens du monde entier. Lors de ma rencontre avec Sa Sainteté, j'ai souligné que les Émirats arabes unis appréciaient son soutien résolu en faveur d'une action climatique positive visant à promouvoir le progrès humain.

Nous devons réduire les émissions annuelles de 43% d'ici à 2030 pour que l'augmentation de la température ne dépasse pas 1,5 degré Celsius. Nous devons rapidement mettre en place un système énergétique exempt de tous les combustibles fossiles, y compris le charbon, tout en décarbonisant les énergies que nous utilisons aujourd'hui. Nous avons besoin d'une transition énergétique rapide, juste et équitable qui ne laisse personne de côté, en particulier les 800 millions de personnes qui n'ont pas accès à l'énergie aujourd'hui. Il serait irresponsable de débrancher le système énergétique actuel avant de construire le nouveau. Nous devons nous concentrer sur les émissions, quelle qu'en soit la source, et nous devons reconnaître que, dans un avenir prévisible, il y aura de nombreux combustibles dans le bouquet énergétique. Nous devons rééquilibrer cette combinaison et réduire les émissions des énergies utilisées aujourd'hui. Nous réduisons les émissions, pas les progrès. L'accent sera mis sur les progrès tangibles qui font bouger l'aiguille dans le monde réel, ainsi que sur un résultat négocié ambitieux. C'est pourquoi j'ai demandé aux compagnies pétrolières et gazières de réduire les émissions de méthane et le torchage à zéro d'ici à 2030 et de s'aligner sur la neutralité carbone d'ici à 2050.

Dans le même temps, nous avons besoin que toutes les industries à fortes émissions accélèrent la transition et éliminent les émissions. Et nous avons besoin que les gouvernements mettent en place des politiques intelligentes pour développer et commercialiser des solutions, y compris les technologies de l'hydrogène et de la capture du carbone.

Dans son exhortation, le Pape François résume brièvement l'histoire des COP, sans cacher sa déception de voir que les engagements pris n'ont pas été respectés et que les émissions nocives continuent d'augmenter. Comment la COP28 peut-elle changer de cap?

La COP28 cherche à corriger le tir en traduisant les promesses en projets, les tendances en transformations et les accords en actions. Nous avons lancé notre programme d'action avec des appels à l'action ambitieux mais réalisables pour tous. Le Pape a tout à fait raison de dire que les promesses passées n'ont pas été tenues et que c'est décevant. Nous avons besoin que toutes les parties tiennent leurs promesses, y compris un deuxième refinancement plus ambitieux du Fonds vert pour le climat et les 100 milliards de dollars annuels promis il y a plus de 10 ans pour le financement de la lutte contre le changement climatique. Le financement est la clé qui permettra de sortir de l'impasse actuelle.

Le Pape déplore l'absence d'organisations internationales au service de tous les pays -et pas seulement des plus grands et des plus développés économiquement- pour veiller à ce que les engagements pris lors des conférences des parties soient mis en œuvre dans les différentes nations. Il appelle à un nouveau « multilatéralisme du bas vers le haut». Que faut-il faire pour que cette voie devienne réalité?

La transparence et la responsabilité sont essentielles à la réussite de l'action climatique. La présidence de la COP28 a invité toutes les parties à mettre à jour leurs contributions déterminées au niveau national avant la COP28 et à viser les objectifs les plus ambitieux possibles.  Dans le même temps, nous essayons d'impliquer tout le monde et de faire de la COP28 la COP la plus inclusive jamais organisée. La réalisation de nos ambitions collectives en matière de climat nécessitera des actions à tous les niveaux de la société et nous prenons des mesures pour permettre à tous les groupes de participer. Nous soutenons notamment le plus grand programme de jeunes délégués, 1 000 maires, 200 start-ups spécialisées dans les technologies climatiques, et nous garantissons des espaces et des pavillons pour tous les groupes, y compris les croyants, les peuples autochtones et les femmes.

Dans son exhortation Laudate Deum, le Pape François affirme qu'une transition écologique bien gérée vers les sources renouvelables est créatrice d'emplois. Comment les Émirats arabes unis, dont l'économie repose largement sur les combustibles fossiles, entendent-ils aborder cette transition?

Tout d'abord, j'aimerais corriger cette perception erronée. Les Émirats arabes unis sont une nation qui vit une transition énergétique depuis près de 20 ans. Nos dirigeants ont vu dans la transition énergétique une occasion de renforcer la résilience économique et de contribuer à un défi mondial qui nous concerne tous. Aujourd'hui, plus de 70% du PIB des Émirats arabes unis provient de secteurs autres que l'industrie pétrolière, un pourcentage qui augmente chaque année à mesure que les Émirats continuent de se diversifier dans d'autres secteurs. Nous sommes bien conscients que la transition crée des emplois, car nous en avons fait l'expérience directe. Par exemple, Masdar est l'une des plus grandes entreprises d'énergie renouvelable au monde et a pour objectif de quintupler son empreinte mondiale en matière d'énergie propre pour atteindre 100 GW d'ici 2030.

Les Émirats arabes unis se classent également au sixième rang mondial pour la consommation d'énergie solaire par habitant. Les Émirats arabes unis ont investi 50 milliards de dollars dans les énergies renouvelables dans 70 pays et se sont engagés à investir plus de 50 milliards de dollars dans leur pays et à l'étranger au cours de la prochaine décennie. C'est le type d'objectif que nous encourageons le monde à adopter pour accélérer une transition énergétique juste et ordonnée et ne pas perdre de vue la limite de 1,5 degré Celsius. Les progrès réalisés par les Émirats arabes unis sont le fruit d'un partenariat sincère avec des partenaires du monde entier partageant les mêmes idées. Nous assumons le rôle d'hôte de la COP avec un grand sens des responsabilités, une profonde humilité et un sens aigu de l'urgence. Et nous sommes déterminés à faire en sorte que la COP28 soit une plateforme qui favorise le progrès par la collaboration.

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11 octobre 2023, 16:45