Des militaires gabonais jubilant, après leur coup de force mercredi 30 août 2023 Des militaires gabonais jubilant, après leur coup de force mercredi 30 août 2023  

Coup de force au Gabon, après l’annonce de la réélection de Bongo

Des militaires au Gabon ont annoncé mercredi 30 août 2023 la dissolution des institutions de la République, la fermeture des frontières et l’annulation des résultats des élections du 26 août qui ont donné pour vainqueur Ali Bongo, actuellement «gardé en résidence surveillée».

Stanislas Kambashi, SJ - Cité du Vatican (avec agences)

Des militaires ont créé une grande surprise mercredi en annonçant mettre «fin au régime en place» au Gabon. Quelques minutes après l’annonce de la victoire aux élections du président sortant Ali Bongo, un groupe de militaires est apparu à la chaîne de télévision Gabon 24, abritée au sein même de la présidence. Un membre du groupe des hommes en uniformes a lu un communiqué annonçant l’annulation des élections générales du samedi 26 août ainsi que de ses «résultats tronqués», la fermeture des frontières «jusqu’à nouvel ordre» et la dissolution des «institutions de la République».

Le Gabon «traverse une grave crise institutionnelle, politique, économique et sociale»

Dans leur communiqué, les militaires ont tout d’abord mentionné «une grave crise institutionnelle, politique, économique et sociale» que traverse leur pays. Ils ont ensuite évoqué une organisation chaotique du scrutin du 26 août, des échéances électorales qui, selon eux, n’ont pas «rempli les conditions d’un scrutin transparent, crédible et inclusif tant espéré par les Gabonaises et les Gabonais». Ils ont ainsi annoncé l’annulation de ces élections, dont les résultats, proclamés dans la nuit - à 03h30 (02h30 GMT), - ont donné pour vainqueur le président sortant Ali Bongo Ondimba avec 64,27% des voix. Son principal rival, Albert Ondo Ossa, a recueilli 30,77%.


Un «Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI)» a été mis en place

Les forces de défense et de sécurité du Gabon se sont constitués dans un organe dénommé «Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI)». Ils ont annoncé défendre le peuple gabonais «en mettant fin au régime en place» et en dissolvant toutes les institutions de la République, «notamment le gouvernement, le Sénat, l'Assemblée nationale, la Cour constitutionnelle, le Conseil économique, social et environnemental, le Centre gabonais des élections». Ils appellent les populations, les organisations régionales installées au Gabon ainsi que les gabonais de la diaspora «au calme et à la sérénité». Ils réaffirment par ailleurs l’attachement au respect des engagements de leur pays vis-à-vis de la communauté nationale et internationale.


Ali Bongo, gardé en résidence surveillée

Certaines images diffusées mercredi montraient des militaires circulant dans la capitale Libreville à bord de leurs véhicules et acclamés par la population. Le général Brice Oligui Nguema, chef de la garde républicaine, garde prétorienne du président déchu, a été porté en triomphe par des centaines des militaires.

Dans une autre prise de parole dans la journée de mercredi, les militaires ont rassuré que «le président Ali Bongo est gardé en résidence surveillée, entouré de sa famille et de ses médecins». Ils ont par contre indiqué l’arrestation, pour plusieurs motifs, de quelques personnes, dont l’un des fils du président déchu.

Au pouvoir depuis 14 ans, Ali Bongo Ondimba, 64 ans, briguait un troisième mandat, réduit de 7 à 5 ans, aux élections de samedi qui regroupaient trois scrutins, présidentiel, législatifs et municipaux, tous sur un seul tour. Il a été élu en 2009 après la mort de son père Omar Bongo Ondimba, qui avait dirigé pendant plus de 41 ans cet Etat d’Afrique centrale riche de son pétrole. L’opposition a régulièrement dénoncé la perpétuation d'une «dynastie Bongo» de plus de 55 ans à ce jour.

Samedi, Albert Ondo Ossa avait dénoncé des «fraudes orchestrées par le camp Bongo» deux heures avant la clôture du scrutin, et revendiquait alors déjà la victoire. Lundi, son camp avait exhorté M. Bongo à «organiser, sans effusion de sang, la passation du pouvoir» sur la base d’un comptage effectué par ses propres scrutateurs mais sans produire de document à l’appui. Le gouvernement avait suspendu l’accès à internet dans tout le pays peu avant l’heure prévue de la fermeture des bureaux de vote, et a décrété un couvre-feu afin d’éviter la propagation d’appels à la violence et de fausses informations.

La Chine a appelé à protéger la santé d’Ali Bongo et la France a condamné «le Coup d’Etat en cours». L’Italie s’est dite «engagée… en faveur d’une solution diplomatique» au Niger et au Gabon.

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30 août 2023, 13:24