L'armée à la recherche de Dom Philipps et Bruno Araujo Pereira sur la rivière Javari, au nord-ouest du pays, le 9 juin dernier. L'armée à la recherche de Dom Philipps et Bruno Araujo Pereira sur la rivière Javari, au nord-ouest du pays, le 9 juin dernier. 

L’Église dénonce l’impunité en cours en Amazonie brésilienne

Indignation et consternation après la mort, au Brésil, d’un journaliste britannique et d’un expert brésilien des peuples autochtones. Les deux hommes avaient disparu il y a 10 jours lors d'une expédition au nord-ouest du pays. «Y a -il une loi en Amazonie ?» se demande Mgr Pedro Jose Conti, l’évêque de Macapa.

Vatican News avec AFP

Premiers résultats de l’enquête conduite par la police fédérale brésilienne sur le double meurtre commis dans la Vallée amazonienne du Javari, un carrefour du trafic de drogue et d'or à la frontière du Pérou et de la Colombie: les restes humains retrouvés à l'endroit indiqué par l'un des deux suspects arrêtés, le pêcheur Amarildo da Costa de Oliveira qui a avoué avoir enterré les corps, sont bien ceux Dom Phillips. Le journaliste britannique, aujourd’hui formellement identifié, avait disparu le 5 juin dernier alors qu’il rentrait d’un reportage en compagnie de l'expert brésilien Bruno Araujo Pereira, défenseur des droits des peuples indigènes et de l’environnement.

À Brasilia, la police poursuit les travaux d'identification «pour mieux comprendre la cause des décès, la dynamique du crime et la dissimulation des cadavres» ; elle indiquait hier midi qu’à ce stade l'enquête portait à croire «que les tueurs ont agi seuls, sans commanditaire, sans une organisation criminelle à l'origine des meurtres», ce que réfute l'Union des peuples indigènes de la Vallée de Javari (Univaja), dont des membres ont activement participé aux recherches. «Il n'y a pas seulement deux tueurs, mais un groupe organisé qui a planifié le crime dans ses moindres détails» a affirmé l'Univaja dans un communiqué.

«Qui commande ?»

Ce nouveau drame montre l’impunité en Amazonie, déplore Mgr Pedro Jose Conti, l’évêque de Macapa dans l'État de l'Amapá, sur la rive gauche de l'estuaire de l'Amazone. «La question est: y a -il une loi en Amazonie ? Qui commande dans cette zone ? Car si certains faits tragiques sont possibles, si certaines injustices ou disparitions sont possibles, alors on se demande qui a le pouvoir de contrôler et de mettre fin à ces abus, ces excès de violence. C’est une question fondamentale. S’il y a une loi, elle devrait être respectée». Le prélat lance un appel à la paix et à la fraternité, espérant qu’il pourra arriver «le plus loin possible dans les cœurs pour que les gens commencent à penser qu’au lieu de construire la fraternité, on est en train de la détruire. On ne détruit pas seulement l’Amazonie mais la vie, l’être humain qui devrait rester ouvert, fraternel, solidaire, ami. Il faut louer le Seigneur pour la vie et les beautés de l’Amazonie, et non avec la peur d’être volé, agressé ou même tué.»


Combattre l'illégalité et l'exploitation de la nature

De son côté, le réseau ecclésial pan-amazonien exige dans une note une action gouvernementale urgente après ces décès. La présidence du Repam composée de l'évêque de Marajó, Mgr Evaristo Pascoal Spengler, de l'archevêque de Palmas, Mgr Pedro Brito Guimarães, et de l'évêque d'Itacoatiara, Mgr José Ionilton Lisboa de Oliveira, a exprimé sa solidarité avec les familles des victimes, remerciant les peuples indigènes de la Vallée du Javari pour leur solidarité, et tous ceux qui n’ont cessé de défendre un journalisme capable de faire la lumière sur la situation en Amazonie et les violations des droits de l'homme qui s'y produisent.

Le "Repam-Brésil", peut-on lire dans cette note, «est engagé dans la défense de la vie humaine et de la nature, et appelle fermement à une action énergique des autorités pour mettre fin à l'illégalité et à l'exploitation de la nature en Amazonie, qui a conduit à des décès continus».

Dom Phillips était l'auteur de dizaines de reportages sur l'Amazonie, vivait au Brésil depuis 15 ans et terminait un livre sur la conservation de l'environnement. Bruno Araujo Pereira, père de trois enfants, avait auparavant travaillé à l'agence gouvernementale brésilienne pour les affaires indigènes (Funai). Plusieurs fois, il a été menacé par des bûcherons, des mineurs et des pêcheurs illégaux qui voulaient exploiter le territoire indigène.

Un élan d'indignation

Bien au-delà de l’Église, leur mort a suscité de vives critiques à l'égard du gouvernement de Jair Bolsonaro, qui favorise l'exploitation minière et agricole des réserves indigènes en Amazonie.

Sept chefs autochtones brésiliens ont dénoncé à Bruxelles le climat de violence et d'«impunité» en Amazonie, estimant que le gouvernement «ne montre aucun désir de se battre contre les crimes environnementaux». L'ONG environnementale WWF-Brésil a exprimé son «indignation» face au manque de protection fourni par l'État «aux peuples de la forêt et à leurs défenseurs». Dénonçant un «acte brutal» et «effroyable», l'ONU a appelé le Brésil à «accroître ses efforts pour protéger les défenseurs des droits humains et des peuples indigènes».

Washington exige que les responsabilités de ces deux meurtres soient établies.


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17 juin 2022, 23:13