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Mahamat Idriss Déby, fils du président Idriss Déby Itno, nouveau maître du Tchad Mahamat Idriss Déby, fils du président Idriss Déby Itno, nouveau maître du Tchad 

Tchad : la difficile succession d’Idriss Déby

Idriss Déby Itno, président du Tchad depuis son coup d’État en 1990, est mort mardi dernier des blessures reçues en combattant un groupe rebelle. Sa disparition brutale a ouvert la voie à une transition prise en main par un groupe de militaires dirigés par son fils. Mais la succession de celui dirigea le pays d’une main de fer pendant trente ans s’annonce compliquée.

Entretien réalisé par Xavier Sartre – Cité du Vatican

Il venait d’être réélu à la tête du Tchad pour un sixième mandat : Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis un coup d’État en 1990, a succombé à ses blessures mardi 20 avril, alors qu’il était au milieu de son armée pour repousser l’assaut d’un groupe rebelle, le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT). Sa mort inattendue et brutale ouvre la voie à une succession difficile. Loin de procéder à un nouveau scrutin, un groupe de fidèles dirigé par son fils Mahamat Idriss Déby, le Comité militaire de transition (CMT) s’est aussitôt constitué et s’est arrogé les pleins pouvoirs, suspendant la constitution et promettant d’organiser des élections dans un délai théorique de dix-huit mois.

Mais «cette transition est complètement illégitime du point de vue constitutionnel» affirme Roland Marchal, chercheur au CNRS, basé à Sciences Po Paris. De plus, ces officiers ne sont pas «représentatifs de toutes les factions identifiées au sein du pouvoir militaire» et à n’en pas douter, «d’autres pôles d’influence vont surgir dans les jours ou les semaines à venir et apparaitre en compétition avec ce comité» ajoute le chercheur. Enfin, Mahamat Idriss Déby qui «n’a comme qualité militaire que celle d’être le fils de son père», n’a pas la légitimité nécessaire pour assumer le pouvoir, estime Roland Marchal.

La position de la France attendue

Les nouvelles autorités seront également contestées par les différents groupes rebelles. Le FACT promet de poursuivre son offensive. Mais dans un avenir proche, deux phénomènes devraient se développer selon Roland Marchal. D’une part, la formation d’un front commun des différents mouvements d’opposition pour peser dans des négociations pour se partager le pouvoir, et d’autre part, les groupes armés, via leur contact au sein de l’armée, tenteront de négocier chacun de leur côté leur retour dans le jeu politique, arguant qu’ils n’avaient de problèmes qu’avec Idriss Déby Itno.

La manière dont va se dérouler cette transition sera influencée par l’attitude de la France, affirme le chercheur au CNRS. Pour le moment, Paris semble appuyer le Comité, ce qui risque de faire «tanguer assez sérieusement» le pays estime-t-il. «Si la position française est plus politique et vise une ouverture politique et à redonner aux civils une part plus grande dans la politique, ce sera sans doute assez chaotique du point de vue politique – il ne faut pas se le cacher – mais on peut espérer que les choses iront mieux», concède-t-il. 

Entretien avec Roland Marchal, chercheur au CNRS et à Sciences Po Paris

 

22 avril 2021, 10:46