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Un soldat des Casques bleus devant un maquis de Bangui, le 13 janvier 2021. Un soldat des Casques bleus devant un maquis de Bangui, le 13 janvier 2021.  (AFP or licensors)

En Centrafrique, «la population vit dans la peur»

C’est une première depuis la recrudescence des violences après la réélection du président sortant, Faustin Archange Touadéra. Mercredi 13 janvier, une attaque de la coalition de plusieurs groupes rebelles a été repoussée à proximité de Bangui, la capitale centrafricaine. Sur place, la population est contrainte à se cloîtrer chez soi ou à fuir.

Marine Henriot - Cité du Vatican

En République centrafricaine, le résultat de la présidentielle du 27 décembre, donnant gagnant avec presque 54% des voix le président sortant, Faustin Archange Touadéra, a suscité la colère de plusieurs groupes rebelles, qui contestent cette réélection. Pour la première fois depuis ce scrutin, une coalition de groupes armés formée en amont de la présidentielle, la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), qui promettait en décembre une «grande marche inexorable» sur Bangui, a attaqué, mercredi 13 janvier, les abords de la capitale centrafricaine.

A l’aube ce mercredi, des brigades de l’armée centrafricaine ont été attaquées simultanément, à 9 et 12 km de Bangui. «L'attaque a été repoussée par les Casques bleus, conjointement avec les forces armées centrafricaines», a déclaré Vladimir Monteiro, porte-parole de la Minusca, la mission des Nations unies dans le pays, à l’AFP. Plusieurs rebelles ont été capturés, plus d’une dizaine ont été tués, selon les Casques bleus. Le Premier ministre Firmin Ngrebada parle d’une trentaine d’assaillants tués. 

Hier sur place,  le marché PK12 où a eu lieu l'offensive, les commerçants avaient fermé boutique. les forces régulières, paramilitaires russes et Casques bleus étaient présents en nombre, avec plusieurs blindés. «Beaucoup de personnes ont abandonné les quartiers où ont lieu les affrontements», nous détaille le père Federico Trinchero, du couvent des carmes de Bangui, ajoutant que le couvre-feu avait été anticipé à 18 heures.

Une situation humanitaire catastrophique

«Depuis que les rebelles appartenant à la coalition CPC ont décidé de conquérir le pays par les armes, la population traverse une période très, très difficile», témoigne sœur Federica Farolfi, une missionnaire colombienne sur place depuis plusieurs années, interrogée par Francesca Sabatinelli de la rédaction italienne de Vatican News, dans les villes conquises par cette coalition, «les maisons, magasins, pharmacies et hôpitaux sont pillés et les rebelles forcent également de nombreux jeunes à s’enrôler dans leurs rang».

Par ailleurs, témoigne la missionnaire, les ONG, censées apporter une aide précieuse à la population, sont également victimes de pillage. Les rebelles, ajoute sœur Federica, «tirent jour et nuit pour faire sentir leur présence et terroriser les gens dans les villes conquises». La population, contrainte de fuir, trouve protection «dans les églises et les couvents, d'autres fuient dans la savane, d'autres encore en République démocratique du Congo, où ils vivent dans des conditions très précaires, sans logement, sans nourriture et sans soins de santé».

Selon la missionnaire, «la population vit dans la peur, dans la terreur, sans aucune défense depuis que ces groupes rebelles ont commencé à attaquer les villes de l'est du pays pour ensuite arriver partout». Terrorisés, certains sont donc forcés à rester cloîtrés dans leurs maisons, «pour les civils, la seule façon de se protéger de cette situation est de rester à l’intérieur», témoigne le père Dieu Béni, secrétaire pour la communication de la Conférence épiscopale du pays, interrogé par notre confrère de la rédaction italienne, Giancarlo Lavella.  

14 janvier 2021, 10:34