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Une femme rohingya réfugiée et son bébé dans le centre médical du camp de réfugiés d'Ukhia, au Bangladesh Une femme rohingya réfugiée et son bébé dans le centre médical du camp de réfugiés d'Ukhia, au Bangladesh   (AFP or licensors)

Les femmes enceintes fortement inégales face à l’accès aux soins

Un nouveau rapport de l’UNICEF concernant la santé des femmes enceintes alerte sur la situation de millions de familles en difficultés financières, ainsi que sur le nombre élevé de décès – 800 par jour - en raison de complications liées à la grossesse. Le cas des mariages précoces est aussi évoqué.

Adélaïde Patrignani – Cité du Vatican

La naissance, instant de joie mais parfois, et trop souvent encore, instant tragique. C’est ce que vient mettre en évidence ce nouveau rapport du Fonds des Nations unies pour l'enfance, publié en ce début du mois de juin.

Accès aux soins et mortalité maternelle

Le cas de 5 millions de familles d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes est d’abord mentionné. Celles-ci emploient chaque année plus de 40% de leurs dépenses domestiques non-alimentaires en services de santé pour la maternité. Des coûts élevés qui peuvent dissuader les femmes enceintes de se soigner, mettant évidemment en danger la vie de la mère et de son enfant. Les inégalités d’accès aux soins entre les femmes riches et pauvres sont les plus fortes en Asie méridionale et en Afrique occidentale et centrale.

Cette insuffisance de soins et d’autres facteurs contribuent à la mortalité maternelle. Chaque jour, 800 femmes meurent chaque jour de complications liées à la grossesse. Mais il faut aussi souligner un progrès: le nombre de total de ces décès était de 532 000 en 1990, avant de passer à 303 000 en 2015, soit une baisse de 43%.

Autres chiffres rapportés par l’UNICEF : chaque jour, 7000 enfants mort-nés, dont la moitié étaient vivants au début du travail d'accouchement, et 7000 bébés morts avant d’avoir achevé leur premier mois de vie.

Les jeunes filles mariées tôt moins bien soignées

L’étude explique que les complications liées à la grossesse sont la première cause de mortalité des jeunes filles de 15 à 19 ans. Une tranche d’âge au cours de laquelle la croissance n’est pas achevée, ce qui augmente le risque de complications chez ces jeunes filles enceintes. Leurs enfants ont quant à eux davantage de risques de mourir avant la fin de leur cinquième année de vie.

Concernant le mariage précoce, l’UNICEF observe que les fillettes mariées ont moins de probabilité de recevoir des soins adéquats au cours de leur grossesse ou d’accoucher dans une structure médicale que les femmes mariées à l’âge adulte. Par ailleurs, les inégalités sont observables sur le plan du taux de fécondité: au Cameroun, au Tchad et en Gambie, plus de 60% des jeunes filles de 20 à 24 ans qui se sont mariées avant 15 ans ont eu trois enfants ou plus. Elles ne sont que 10% du même âge lorsqu’elles se sont mariées à l’âge adulte. Dans 17 pays d’Afrique subsaharienne, le nombre de naissances est supérieur ou égal à 120 pour 1000 jeunes filles âgées de 15 à 19 ans.

Manque de médecins en Afrique

Le rapport souligne également le rôle fondamental des équipes médicales – médecins, infirmières, gynécologues- pour préserver la vie des mères et des nourrissons. L’assistance sanitaire a augmenté dans de nombreux pays entre 2010 et 2017, mais cette augmentation a été minimale dans les pays les plus pauvres, où les taux de mortalité maternelle et néonatale ont été les plus élevés. Ainsi, entre 2010 et 2017, on est passé de 4 à 5 opérateurs sanitaires pour 10 000 personnes au Mozambique et de 3 à 9 en Éthiopie. Dans le même temps, ce nombre d’opérateurs sanitaires est passé de 213 à 228 pour 10 000 personnes en Norvège. L’Organisation Mondiale de la Santé recommande un nombre minimum de 44,5 médecins, infirmières et sages-femmes pour 10 000 personnes: soit 5,6 millions de ces soignants si tous les pays d’Afrique atteignaient ce nombre standard. En 2017, le total s’élevait seulement à 1,9 million.

 

03 juin 2019, 13:06