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Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, Washington, le 18 décembre 2018 Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, Washington, le 18 décembre 2018 

États-Unis : Donald Trump reprend la main

La liste des collaborateurs de Donald Trump qui ont quitté le navire depuis son investiture en janvier 2017 s’allonge inexorablement: Ryan Zinke, le ministre des Territoires a démissionné la semaine dernière.

Entretien réalisé par Manuella Affejee- Cité du Vatican

Ryan Zinke s’ajoute à une liste déjà longue: on y retrouve pêle-mêle le conseiller à la sécurité Michael Flynn, le sulfureux conseiller stratégique Steve Bannon, le conseiller économique Gary Cohn, le secrétaire d’État Rex Tillerson, le ministre de l’Environnement Scott Pruitt, le ministre de la Justice Jeff Sessions, le ministre de la santé Tom Price, plusieurs hauts responsables du FBI et de la CIA, ou encore l’ambassadrice aux Nations unies Nikki Hayley, pour ne citer qu’eux.

Des raisons multiples

Les raisons invoquées pour ces départs volontaires ou limogeages sont multiples, entre soupçons de collusion avec la Russie, tensions et désaccords avec le président, accusations de conflits d’intérêts et de gaspillage des biens publics. Ce dernier cas concerne plusieurs ministres et conseillers (Pruitt, Price et Zinke), dont les dépenses inconsidérées et les démêlés avec la justice ont fait les choux gras de la presse américaine. Pas question pour autant de parler de «gabegie» au sommet de l’État, affirme Jean-Eric Branaa, maitre de conférences et spécialiste des États-Unis pour qui ces exemples restent minoritaires.

La personnalité de Trump en cause… mais pas seulement

La personnalité de Donald Trump, imprévisible et tempétueux, ne serait pas étrangère à ces départs en cascade. «Oui, il est difficile de travailler avec lui», concède Jean-Eric Branaa, mais pas plus qu’avec ses prédécesseurs. Pour rappel, Barack Obama affrontait lui aussi une vague de démissions plusieurs mois après son investiture. La chose n’est donc pas nouvelle, ni propre au mandat de Donald Trump. D’autres facteurs sont à prendre en compte: le rythme effréné de la Maison-Blanche, connue pour ses conditions de travail oppressantes qui viennent à bout des ambitions les plus affirmées. Beaucoup choisissent de partir, forts de cette prestigieuse expérience, pour se tourner vers le secteur privé, plus gratifiant et lucratif.

Donald Trump isolé ?

Ces démissions et limogeages posent-ils la question de l’isolement de Donald Trump? Plusieurs experts et analystes en sont convaincus, mais pas Jean-Eric Branaa qui observe plutôt le phénomène inverse. Au début de son mandat, le milliardaire avait procédé à des nominations de circonstance, certaines lui avaient même été imposées par le parti des Républicains, - Rex Tillerson par exemple. Donald Trump s’attelle donc à faire le ménage là où il le peut et s’entoure cette fois de «vrais politiques» plutôt «marqués à droite», -Mike Pompeo, John Bolton-, habitués des rouages du pouvoir et peu susceptibles de lui faire de l’ombre. Pour le spécialiste, ce virage opéré dans sa gouvernance permet à Donald Trump de se détacher d’une fonction présidentielle qu’il n’a jamais véritablement habitée, pour revenir sur son terrain de prédilection: celui de la campagne électorale en vue du scrutin de 2020.

Entretien avec Jean-Eric Branaa, spécialiste des États-Unis
20 décembre 2018, 07:00