Mgr Marcel Utembi, archevêque de Kinsagnani et président de la CENCO (RD Congo), avec Mgr Donatien Nshole, Secrétaire Général de la CENCO. Mgr Marcel Utembi, archevêque de Kinsagnani et président de la CENCO (RD Congo), avec Mgr Donatien Nshole, Secrétaire Général de la CENCO.  

Les évêques de la RDC plaident pour l’abolition de la peine de mort

Après la décision du «gouvernement congolais de lever le moratoire sur l’exécution de la peine de mort», en vigueur depuis vingt ans dans ce pays, les évêques de RDC s’opposent et expriment leur «refus net» au «recours à la peine de mort», qui viendrait renforcer la banalisation de la vie humaine. Ils préconisent la reforme et l’application efficace de la justice, ainsi que la formation citoyenne aux valeurs et à la culture de la vie.

Stanislas Kambashi, SJ – Cité du Vatican

Dans une déclaration publiée ce vendredi 22 mars, les évêques de la République démocratique Congo disent leur consternation face à la «la décision du gouvernement congolais de lever le moratoire sur l’exécution de la peine de mort», qui donnait l’espoir d’aboutir à l’abolition de la peine capitale. La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) réitère son engagement inconditionnel pour la défense de la vie et l’abolition de cette peine. Les évêques reconnaissent que la traîtrise, l’espionnage, les actes de banditisme ainsi que la guerre imposée en RDC obligent à chercher des voies et moyens, des stratégies pour ramener la paix et garantir l’intégrité du territoire national. Mais, pour les évêques, la volonté de débarrasser le pays des traîtres et d’endiguer la recrudescence du terrorisme et du banditisme urbain «ne peut en aucun cas justifier le recours à la peine capitale».


Débarrasser la RDC des traîtres, des espions et des bandits

À travers une note circulaire du mercredi 13 mars 2024, le ministère de la Justice de la République démocratique du Congo a annoncé la levée du moratoire sur l’exécution de la peine de mort, qui courait depuis 2003 dans ce pays d’Afrique centrale. Pour le gouvernement congolais, cette mesure vise à «débarrasser l’armée de notre pays des traîtres d’une part et d’endiguer la recrudescence d’actes de terrorisme et de banditisme urbain entrainant mort d’homme d’autre part». Pour le ministère congolais de la Justice, les conflits armés récurrents qui sévissent dans la partie orientale du pays depuis près de trente ans sont «souvent orchestrés par des États étrangers», avec «la complicité de certains de nos compatriotes». «Ces actes de traîtrise ou d’espionnage -poursuit la note circulaire- ont fait payer un lourd tribut tant à la population qu’à la République au regard de l’immensité des préjudices subis». Le ministère constate aussi le développement exponentiel du «phénomène de banditisme d’une grande cruauté, semant la terreur, la désolation et causant parfois mort d’homme au sein des communautés».

Reformer la justice et promouvoir la culture de la vie

Pour la Cenco, avec ce moratoire, la RDC, qui est engagée par des accords internationaux pour l’abolition de la peine de mort, «fait un retour en arrière en matière de défense de la vie». Les évêques considèrent que cette mesure est inhumaine et blesse la dignité personnelle. Parlant du fonctionnement de la justice dans le pays, ils constatent qu’elle «est gangrenée par la corruption, le trafic d’influence, les erreurs judiciaires, les règlements de comptes». Ils déplorent aussi les exactions et exécutions extrajudiciaires commises par des bandits, des milices et des groupes armés ou des gangs de délinquants, communément appelés «Kuluna» sur des paisibles citoyens. Dans une telle situation, la justice populaire décide des actes meurtriers. Toutes ces attitudes dénotent d’un manque de respect de la vie humaine et la «culture de la mort fait son chemin dans le chef de la population congolaise», disent les évêques, qui estiment que «le rétablissement de la peine de mort vient renforcer la banalisation de la vie humaine».


Aux yeux de Dieu, la vie humaine est précieuse, sacrée et inviolable

Dans cet appel signé par son président et archevêque de Kisangani, Mgr Marcel Utembi, la Cenco cite plusieurs versets bibliques relatifs à la défense de la vie. En recourant à Exode 20,13 par exemple, les évêques rappellent que «que l’exécution de la peine de mort est une violation du droit à la vie défendu par l’Église en s’appuyant sur la loi divine: "Tu ne tueras pas" (Ex 20, 13)». Ils soulignent aussi qu’aux yeux de Dieu, la vie humaine est précieuse, sacrée et inviolable; que «personne ne peut mépriser la vie d’autrui ni sa propre vie» et que «la personne ne perd pas sa dignité, même après avoir commis des crimes très graves». Les évêques s’appuient aussi sur le paragraphe 2267 du Catéchisme de l’Église Catholique, qui enseigne que «la peine de mort est inadmissible car elle atteint à l’inviolabilité et à la dignité humaine et elle s’engage de façon déterminée, en vue de son abolition partout dans le monde».

Lutter contre toutes les facettes de la culture de la mort

A la lumière de tout ceci, la Cenco marque son «refus net» du recours à la peine de mort et formule des recommandations pour la défense de la vie et de la dignité humaine. Elle recommande au gouvernement d’«abolir la peine capitale pour tous les crimes» et de chercher à rééduquer les auteurs des crimes; de rendre efficace les systèmes de détention et d’améliorer les conditions carcérales des détenus, de former une police de proximité afin d’endiguer le phénomène des enfants de la rue et des bandits dits «kulunas». Les évêques recommandent au parlement de ratifier les dispositions des accords internationaux visant à abolir la peine de mort. Ils appellent le peuple congolais à «former et à se former au respect et à la promotion de la dignité humaine», à éduquer les enfants et les jeunes «à la culture du soin et de la protection de la vie», à «prier pour les prisonniers, leur rendre visite (cf. Mt 25,36) et promouvoir l’amélioration des conditions carcérales».

En concluant leur message, les évêques rappellent que nous allons bientôt célébrer la Pâques, sommet des fêtes chrétiennes avec la résurrection de Jésus, le triomphe de la vie sur la mort. Ils exhortent leurs compatriotes à «lutter contre les différentes facettes de la culture de la mort dans notre société».

Merci d'avoir lu cet article. Si vous souhaitez rester informé, inscrivez-vous à la lettre d’information en cliquant ici

23 mars 2024, 12:14