Mgr Raphael Thattil, archevêque majeur de l’Église syro-malabare et archevêque métropolitain d’Ernakulam-Angamaly. Mgr Raphael Thattil, archevêque majeur de l’Église syro-malabare et archevêque métropolitain d’Ernakulam-Angamaly.  

Législatives en Inde: l’Église en appelle aux valeurs démocratiques

Alors que les élections générales débutent le 19 avril et se tiendront jusqu’en juin, l’Église indienne ne cache pas son inquiétude face aux velléités du parti au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP) de vouloir faire du pays une grande nation hindoue au détriment des autres religions. Des voix s’élèvent pour appeler au respect de la minorité chrétienne qui représente 2% des 1,4 milliards d’habitants du pays, soit un peu moins de 30 millions.

Vianney Groussin – Cité du Vatican

C’est dans une intervention auprès de médias locaux le 22 mars, que l’archevêque majeur de l’Église syro-malabare et archevêque métropolitain d’Ernakulam-Angamaly, Mgr Thattil, a appelé à voter pour les partis qui défendent «les valeurs laïques et démocratiques indiennes», ainsi que les droits des minorités religieuses. Depuis l'État du Kerala, il s’est gardé de citer un parti en particulier, rappelant que l’Église restait neutre vis-à-vis de la politique.

De son côté, le porte-parole de l’Église syro-malabare, qui compte plus de 5 millions de fidèles en Inde et à l’étranger, le père Antony Vadakkekkara, a abondé en ce sens: «Tout le monde est libre de voter selon son choix. L’Église ne soutient aucun parti politique. C’est aux électeurs de faire leur choix».

Une situation préoccupante

Mgr Thattil a notamment insisté sur le contexte difficile des chrétiens en Inde, qui subissent une montée des violences à leur égard, bien que sa province soit parmi les plus épargnées. Selon le dernier rapport de l’organisation United Christian Forum, au moins 161 attaques ont ciblé les chrétiens en Inde entre le 1er janvier et le 15 mars 2024. L’UCF, qui rassemble plusieurs associations défendant les droits des chrétiens en Inde, a recensé ces incidents via une ligne d’assistance qu’elle a mise en place. «Nous avons une Constitution solide qui garantit notre droit de professer et de pratiquer la religion de notre choix», a martelé Mgr Thattil, exhortant ainsi les chrétiens à exercer leur droit électoral en ce sens.

Le degré d’hostilité vis-à-vis des chrétiens varie d’un État à un autre en Inde, en fonction de la présence chrétienne et du parti au pouvoir. Toutefois, au niveau national, c’est le parti BJP qui gouverne et fait l’objet de critiques pour sa position pro-hindouiste, accusée de négliger les autres religions dont les musulmans, les chrétiens, les sikhs... Le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi a ainsi annoncé le 11 mars 2024 l’application d’une loi qui conditionne l’obtention de la nationalité indienne à un critère religieux pour la première fois. Cette loi votée en 2019 facilite la naturalisation des réfugiés ayant fui le Pakistan, le Bangladesh et l’Afghanistan, à condition qu’ils ne soient pas musulmans.

Des soutiens du président Narendra Modi portent des masques à son effigie lors d'un meeting de campagne.
Des soutiens du président Narendra Modi portent des masques à son effigie lors d'un meeting de campagne.

Les écoles catholiques prises pour cible

Des critiques ont récemment été faites à l’encontre de plusieurs écoles dirigées par des chrétiens. On leur reproche de forcer des conversions chez les enfants. Certains groupes nationalistes hindous ont ainsi demandé à retirer les signes religieux, et à ce que les religieux portent des habits civils dans les écoles. Onze États ont même voté une loi anti-conversion instaurant des déclarations obligatoires de conversion avec une enquête auprès des proches pour déceler une éventuelle manipulation.

En réponse, la Conférence des évêques catholiques en Inde a rédigé un communiqué le 1er avril à destination de ses établissements scolaires, les appelant à promouvoir la diversité et à respecter toutes les religions. Ils démentent fermement les accusations de conversions forcées, parlant de «fausse propagande pour ternir l’image des écoles chrétiennes».

Rappelant que la Constitution consacre une «nation démocratique, socialiste, séculaire», le communiqué s’inscrit dans la volonté de l’Église indienne de promouvoir une certaine laïcité, au service de la liberté de religion, alors que le parti au pouvoir se montre de plus en plus hostile envers les minorités religieuses.


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09 avril 2024, 09:23