Des migrants érythréens en Israël. Des migrants érythréens en Israël. 

L'Érythrée durcit sa politique religieuse

Le père Moussie Zerai dénonce une persécution des religions, dont les activités sociales sont de plus en plus bridées par le régime.

Cyprien Viet - Cité du Vatican

L’Érythrée durcit sa politique religieuse. Dans ce pays de la Corne de l’Afrique, dont le régime est considéré comme l’un des plus répressifs au monde, les religions sont de plus en plus confinées à leurs dimensions purement cultuelles, tous les services sociaux et sanitaires passant sous le contrôle de l’État.

Le Père Mussie Zerai, de l’Éparchie d’Asmara, tire la sonnette d’alarme. Ce prêtre est très connu en Italie, en raison de son action dans le sauvetage des migrants en danger en Méditerranée, lorsqu’il était aumônier de la diaspora érythréenne en Europe.  Il dénonce une persécution des confessions religieuses, et en particulier de l’Église catholique par le régime du président Issayas Afewerki. Selon lui, l’objectif du régime est d’empêcher les religions d’avoir une influence dans la société, «non pas en interdisant le culte, mais les activités sociales».

Durcissement d'une loi de 1995

«Depuis 1995 est en vigueur dans le pays une loi selon laquelle l’État concentre entre ses mains l’ensemble des activités sociales, explique le prêtre, interrogé par l’agence Fides. Ces dernières ne peuvent donc être menées par des institutions privées et pas même religieuses. Jusqu’ici, la norme a été appliquée de manière légère et n’a pas sérieusement attaqué le réseau de services offerts par les chrétiens et les musulmans. Cependant, on a noté une accélération au cours de ces derniers mois.»

Les fonctionnaires ont décrété la fermeture de cinq cliniques catholiques présentes dans différentes villes. À Asmara, le petit séminaire a été fermé. Différentes écoles de l’Église orthodoxe et d’organisations musulmanes ont également dû fermer leurs portes. La fermeture d’un institut islamique, fin octobre 2017, avait déchaîné de dures protestations chez les étudiants, qui ont été réprimées dans le sang.

La population pénalisée

«Au-delà du préjudice économique pour chacune des confessions religieuses, poursuit le Père Zerai, c’est la population qui est pénalisée le plus fortement, ne disposant plus de structures sérieuses et efficaces auxquelles s’adresser. À Xonora, par exemple, a été fermé le seul dispensaire en fonction qui était géré par des catholiques. À Dekemhare et à Mendefera, les autorités ont interdit l’activité des centres médicaux catholiques en affirmant qu’ils faisaient double emploi avec ceux de l’État. En réalité, les structures publiques ne fonctionnent pas. Elles ne disposent pas de médicaments, ne peuvent opérer par manque d’appareillages adaptés et souvent elles sont même privées d’énergie électrique.»

Malgré cette situation, toute rébellion semble impossible, la population ne disposant d’aucune marge de liberté. «La révolte des musulmans a été bloquée par les armes et elle a causé de nombreux morts et blessés, explique le prêtre. Le mois dernier, 7 000 jeunes conscrits se sont unis, et ont, ensemble, demandé à rencontrer le président, Issayas Afewerki, pour dénoncer des vexations de la part de leurs officiers. Le président les a reçus et écoutés. Au terme de l’audience, les jeunes ont été portés dans un camp proche de Nakfa et, par punition, laissés en plein air, sous le soleil, avec très peu de nourriture et d’eau. Beaucoup ont dépéri et sont tombés malades. Après les protestations de leurs parents, le régime a déclaré qu’il les renverrait dans les casernes pour finir leur service militaire, mais dans quelles conditions?», s’interroge le père Zerai.

(Fides)

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13 janvier 2018, 12:18