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Le 4 octobre 2021, lors d'un appel en faveur de la protection de l'environnement, lancé avec les responsables religieux du monde entier. Le 4 octobre 2021, lors d'un appel en faveur de la protection de l'environnement, lancé avec les responsables religieux du monde entier.   (Vatican Media)

La défense de la maison commune… De Vatican II à Laudato Si’

Depuis le Concile Vatican II, en passant par l’interpellation de Paul VI pour la conférence de Stockholm en 1972, jusqu’à la publication de l’encyclique Laudato Si’ du Pape François en juin 2015, le Saint-Siège, dans une logique de développement intégral, est précurseur en termes de protection de l’environnement. Une doctrine portée cette fois-ci à la COP26 de Glasgow par le secrétaire d’État du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin.

Marine Henriot – Cité du Vatican

La lutte contre le réchauffement climatique «est un défi de civilisation en faveur du bien commun et un changement de perspective, d'esprit et de regard, qui doit placer la dignité de tous les êtres humains d'aujourd'hui et de demain au centre de toutes nos actions», a déclaré le Pape François sur les ondes de la radio britannique BBC, vendredi 29 octobre, deux jours avant l’ouverture à Glasgow en Écosse de la 26ème conférence des Nations unies sur les changements climatiques.

Au début de ce même mois d’octobre, le Souverain pontife, accompagné des responsables religieux du monde entier, appelait les dirigeants politiques participants à la COP26 à un devoir essentiel : préserver la maison commune, et pour ce faire, respecter l’Accord de Paris signé lors de la COP21 en 2015, qui engage les 195 pays signataires à limiter les émissions de gaz à effet de serre, afin de limiter le réchauffement climatique à maximum deux degrés au-dessus de la température moyenne de la période préindustrielle (1850-1900).

Dès son élection en mars 2013, le Pape François a mis l’accent sur la sauvegarde de l’environnement et la protection des plus faibles. La publication de l’encyclique Laudato Si’ en juin 2015 en est l’illustration  un texte consacré aux questions environnementales et sociales, qui rappelle un des fils rouges du pontificat «Tout est lié», «le cri de la terre et le cri des pauvres ne peuvent plus attendre».

Cependant, si Laudato Si’ a participé à la démocratisation de la doctrine écologique du Saint-Siège, cette dernière remonte à bien plus tôt, et puise en fait ses racines dans Vatican II.   

Comme le souligne le frère Thomas Michelet dans son ouvrage Les Papes et l’écologie, l’encyclique verte de François développe un magistère exposé depuis plusieurs décennies.

Gaudium et Spes, dans le contexte du Concile Vatican II, traitait en filigrane des questions écologiques dans un monde qui sortait de la Seconde Guerre Mondiale, éclaire Tebaldo Vinciguerra, en charge des dossiers environnementaux au Dicastère pour le Service du développement humain intégral : «C’est en vertu de la création même que toutes choses sont établies selon leur consistance, leur vérité et leur excellence propres, avec leur ordonnance et leurs lois spécifiques. L’homme doit respecter tout cela et reconnaître les méthodes particulières à chacune des sciences et techniques.» (Gaudium et Spes, 36,2). «Il papa buono», Jean XXIII, invitait l’éducation catholique, «à savoir préparer le chrétien à toute sorte de responsabilité dans la société», note Tebaldo Vinciguerra.  

La conscience de Paul VI

La première mention dans les écrits pontificaux d’une «catastrophe écologique» apparaît sous la plume de Paul VI dans son discours à la FAO  (l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) en 1970, note le père Thomas Michelet: «Déjà nous voyons se vicier l’air que nous respirons, se dégrader l’eau que nous buvons, se polluer les rivières, les lacs, voire les océans, jusqu’à faire craindre une véritable ‘’mort biologique’’ dans un avenir rapproché, si des mesures énergiques ne sont sans retard courageusement adoptées et sévèrement mises en oeuvre. Perspective redoutable qu’il vous appartient d’explorer avec soin, pour éviter l’engloutissement du fruit de millions d’années de sélection naturelle et humaine» (Cfr. Cérès, Revue FAO, vol. 3, n. 3, Rome, mai-juin 1970: Environnement: les raisons de l’alarme).

Le Pape Paul VI s’adresse également aux juristes, pour que le secteur juridique offre sa contribution à la défense de l’environnement. Durant ses 15 années de pontificat, Paul VI a développé une «vision intégrale remarquable, qui rappelle qu’un développement authentique est un développement de toute la personne humaine, de toutes ses facettes, de toute l’humanité, et non uniquement une question économique», détaille le spécialiste de l’environnement du Dicastère pour le Service du développement humain intégral.

Image d'archive, le pape Paul VI.
Image d'archive, le pape Paul VI.

Un des discours les plus marquants de Paul VI est incontestablement celui adressé aux participants de la conférence des Nations-Unies sur l’environnement, à Stockholm en 1972, dans lequel il utilise, comme le décortique le père Michelet dans son ouvrage, des concepts typiquement écologique et moderne pour l’époque, tels que l’inséparabilité de l’homme et de son milieu: «Aujourd’hui, en effet, émerge la conscience de ce que l’homme et son environnement sont plus que jamais inséparables: le milieu conditionne essentiellement la vie et le développement de l’homme; celui-ci, à son tour, perfectionne et ennoblit son milieu par sa présence, son travail, sa contemplation. Mais la capacité créatrice humaine ne portera de fruits vrais et durables que dans la mesure où l’homme respectera les lois qui régissent l’élan vital et la capacité de régénération de la nature: l’un et l’autre sont donc solidaires et partagent un avenir temporel commun. Aussi l’humanité est-elle alertée d’avoir à substituer à la poussée, trop souvent aveugle et brutale, d’un progrès matériel laissé à son seul dynamisme, le respect de la biosphère dans une vision globale de son domaine, devenu «une seule Terre», pour reprendre la belle devise de la Conférence

Les 20 années qui suivirent furent l’occasion d’un désengagement relatif du Saint-Siège sur les questions écologiques, «En étudiant les articles de la presse catholique de l’époque, cela peut être expliqué par une déception causée par les propositions de style néomalthusien, des propositions démographiques incompatibles avec la doctrine catholique», commente Tebaldo Vinciguerra.

Message pour la Journée mondiale de la Paix en 1990

Le retour de l’écologie au centre du magistère pontifical est sûrement dû au message de Jean Paul II pour la Journée mondiale de la Paix le 1er janvier 1990. Un texte aujourd’hui considéré comme le premier texte d’un Pape consacré de façon globale à l’écologie. «La société actuelle ne trouvera pas de solution au problème écologique si elle ne révise sérieusement son style de vie. En beaucoup d'endroits du monde, elle est portée à l'hédonisme et à la consommation, et elle reste indifférente aux dommages qui en découlent. Comme je l'ai déjà fait observer, la gravité de la situation écologique révèle la profondeur de la crise morale de l'homme», déclarait déjà le pape polonais. De nombreuses déclarations sur l’environnement sont signées dans la foulée et la dimension œcuménique s’installe sur ce terreau écologique.

Image d'archive. Le pape Jean-Paul II
Image d'archive. Le pape Jean-Paul II

La défense de la Création devient donc à partir des années 1990 un sujet essentiel pour le Saint-Siège, et le Pape émérite Benoit XVI a apporté sa pierre à l’édifice. Il parlera durant son pontificat de «l’alliance entre l’être humain et l’environnement, qui doit être le miroir de l’amour créateur de Dieu», et son appétence pour l’écologie se vérifie dans l’encyclique Caritas in veritate, publiée en juin 2009. «Aujourd’hui, les questions liées à la protection et à la sauvegarde de l’environnement doivent prendre en juste considération les problématiques énergétiques. L’accaparement des ressources énergétiques non renouvelables par certains États, groupes de pouvoir ou entreprises, constitue, en effet, un grave obstacle au développement des pays pauvres. Ceux-ci n’ont pas les ressources économiques nécessaires pour accéder aux sources énergétiques non renouvelables existantes ni pour financer la recherche de nouvelles sources substitutives», peut-on lire. 

C’est également Benoît XVI, nous rappelle Tebaldo Vinciguerra, qui est à l’origine de l’installation de panneaux photovoltaïques sur le toit de l’auditorium du Vatican.

Un sillon approfondi par François, qui marquera les consciences avec la publication de Laudato Si’. Très tôt, détaille le spécialiste des dossiers environnementaux au Dicastère pour le Service du développement humain intégral, «le magistère de François a mis l’accent sur la sauvegarde de l’environnement et la protection des plus faible contre la culture du déchet et du rebus, ses discours aux Nations unies, à Nairobi ou à New York, ses très nombreux appels, ses gestes éloquents, ont vraiment mis l’accent au niveau international sur les questions écologiques».

Des actions qui portent leur fruit: en amont de la COP26, 72 institutions religieuses sur six continents, représentant plus de 4 milliards d’actifs sous gestion, ont annoncé leur désinvestissement des énergies fossiles.

30 octobre 2021, 10:56