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Le Cimetière teutonique dans l'enceinte du Vatican. Le Cimetière teutonique dans l'enceinte du Vatican.   (Vatican Media)

Le Cimetière teutonique, des siècles d’influence germanique à Rome

À l'occasion de la commémoration des fidèles défunts, le Pape François célèbre une messe privée au Cimetière teutonique du Vatican, lundi 2 novembre 2020. Situé à quelques mètres de la Maison Sainte-Marthe, ce cimetière, son église, et les institutions qui s’y rattachent, forment un lieu chargé d’histoire, témoin d’une présence germanique au cœur de la Ville éternelle.

Delphine Allaire – Cité du Vatican

Officiellement rattaché à l'église Santa Maria della Pietà in Camposanto dei Teutonici, ce cimetière teutonique – surnommé Campo Santo-  est l’unique cimetière implanté entre les murs de la Cité du Vatican.

Situé à proximité de la basilique Saint-Pierre et de la Salle Paul VI, il est aussi considéré comme le plus ancien cimetière allemand de Rome. Les personnes y étant ensevelies sont essentiellement originaires d'Autriche, du Trentino-Alto Adige (Sud-Tyrol), d'Allemagne, de Suisse, du Liechtenstein, du Luxembourg et de Belgique; l’on y trouve les tombeaux d'ecclésiastiques, de préfets de congrégation, de théologiens, mais aussi des têtes couronnées comme la princesse russo-polonaise Jeanne Élisabeth de Sayn-Wittgenstein, compagne de Franz Liszt, ou des artistes, à l’instar du peintre romantique autrichien Joseph Anton Koch.

L’ancrage carolingien

Selon diverses sources historiques, l’emplacement du cimetière actuel correspondait sous l’Antiquité à celui du cirque de l’empereur persécuteur des chrétiens, Néron. 

Les origines de ce lieu très symbolique pour le monde germanophone s’affinent à partir du Haut-Moyen-Age. Ainsi le site funéraire accueillait autrefois la Schola Francorum, un hospice fondé en 796 par l’empereur Charlemagne – avec l’autorisation du Pape d’alors, Léon III (795-816) - pour les pèlerins allemands de passage dans la Ville éternelle. 

Dès le début, le lieu a été placé sous la garde des autorités ecclésiastiques de Saint-Pierre, puis progressivement avec le déclin de l'empire carolingien, la Schola Francorum passe entièrement sous la juridiction de la basilique Santa Maria della Pietà, dédiée à la Vierge de Pitié, et donc, des Allemands de Rome. Cette nouvelle église a été construite au XVème siècle alors que la peste frappe Rome. Un groupe de prêtres fonde aussi à ce moment la «Confrérie des pauvres défunts», afin de permettre les enterrements de tous les Allemands pauvres qui meurent dans la ville.

Vitrine culturelle et spirituelle germanique

En 1876, le Souverain pontife Pie IX consacre définitivement le cimetière à la communauté germanophone et fonde le très érudit collège teutonique, destiné aux prêtres allemands et dédié à l'histoire ecclésiastique et l'archéologie sacrée.

Parachevant ce haut-lieu de rayonnement culturel et spirituel allemand, est créée en 1888 une bibliothèque comprenant aujourd’hui près de 45 000 livres. Par ailleurs, très récemment, en novembre 2015, une «Bibliothèque romaine Joseph Ratzinger/Benoît XVI» est venue compléter l’édifice.

Depuis la fondation de l'État du Vatican en 1929 par le traité du Latran, le Campo Santo jouit du statut d'extraterritorialité. En 1943, pendant l'occupation allemande de Rome, une cinquantaine de personnes en danger y ont trouvé protection et refuge. 

Dernièrement, et de façon plus sordide, le cimetière teutonique du Vatican faisait la une des titres de presse dans le cadre de l’affaire Orlandi, du nom d’Emanuela Orlandi, fille d’un employé du Vatican disparue dans les années 1980. À la suite d’une plainte, une tombe du cimetière teutonique était en effet indiquée comme lieu de sépulture possible pour l’adolescente, mais l’affaire a été classée par la Justice vaticane; les restes retrouvés dans les fosses communes du cimetière étant tous antérieurs à la mort de la jeune fille. 

02 novembre 2020, 12:00