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2 000 jeunes de 120 pays prennent part à la rencontre "L'Économie de François", du 19 au 21 novembre 2020 à Assise en Italie. 2 000 jeunes de 120 pays prennent part à la rencontre "L'Économie de François", du 19 au 21 novembre 2020 à Assise en Italie.  

L'Économie de François: premier jour consacré au capital relationnel

Placer l’humain et la planète au centre de l’économie. C’est autour de cet axiome que s’est déroulée la première journée de visioconférence sur L’Économie de François, jeudi 19 novembre. Depuis Assise, Mexico, Lyon ou Kinshasa, le cardinal Peter Turkson, économistes, jeunes, et ONG, ont plaidé en faveur du soin des plus pauvres et «de la Maison commune».

Delphine Allaire – Cité du Vatican

Faire mieux avec moins, dans l’esprit du saint d’Assise. Dans un monde de surproduction et surexploitation, le choix d’une vie sobre rompt avec une vision carriériste du travail et du profit. Les organisateurs de L’Économie de François ont d’emblée planté le cadre de leur réflexion. 300 réunions préparatoires entre 2 000 jeunes et experts, réunis en 12 villages thématiques, ont eu lieu les mois précédant cette rencontre.

La basilique Saint-François d’Assise comme point d’ancrage, divers témoignages d’entrepreneurs et interventions se sont succédés virtuellement, à commencer par celle des bénévoles d’ATD-Quart-Monde, prônant une économie respectueuse «de la dignité des hommes et de la dignité de la terre».

La misère n'est pas une fatalité

«La richesse naturelle de nos pays crée nos malheurs, attirant des puissances sans scrupules provoquant la corruption, les pillages, l’exploitation», a relevé par exemple Daniel Alingya, d’ATD-Quart-Monde en République démocratique du Congo. «Ne croyons pas que la misère est une fatalité, elle est l’œuvre des hommes», a-t-il pointé, avant que l’évêque d’Assise n’inaugure la rencontre. «L’argent est seulement un instrument, qui sert à construire une économie magnifique, riche de dons, qui doit viser au bien commun, et surtout des plus petits», a assuré Mgr Domenico Sorrentino, retraçant habilement l’itinéraire de pauvreté de saint François d’Assise. «Saint François était l’économiste que, vous tous, jeunes gens, aspirez à devenir», a lancé l’évêque italien, dont le diocèse est co-organisateur de l’événement.

Garantir les bonnes œuvres de l'économie

Une voix du Saint-Siège est venue conforter ce propos, celle du cardinal Peter Turkson, préfet du dicastère pour le Service du Développement humain intégral: « L'économie a une vocation noble: produire une richesse inclusive. Mais quelle est la richesse nécessaire pour guérir notre monde? Le but d'une entreprise n'est pas d'enregistrer des bénéfices mais de créer une communauté de personnes, c'est pour cela qu'on les appelle "compagnies"». 

 

Personne ne doit être réduit à être «un instrument, une force de travail», a défendu le cardinal ghanéen, rappelant l’un des postulats clés de l’écologie intégrale cher au Souverain pontife: «L’économie doit être au service des personnes, et non les personnes au service de l’économie». Il s’agit d’«engendrer une nouvelle économie qui garantisse un monde bon, de bonnes œuvres», a-t-il souhaité. 

Une réflexion sur la valeur

«1% de la population mondiale possède 99% des biens totaux», a rappelé pour sa part la maire d’Assise, Stefania Proietti, co-organisatrice de l’événement, comparant cette rencontre à «une étincelle», lancée par le Pape François pour se répandre dans le monde entier, «nourrie par l’énergie des jeunes». Le débat s’est ensuite déplacé sur les nombreux signes de faiblesse dont souffre l’économie actuelle.

 «Actuellement la tendance de l’économie est basée sur les valeurs du marché, déterminantes. C’est une version réductrice de la ‘’valeur’’. Les biens relationnels, la gratuité des biens, n’entrent pas dans la mesure du Produit Intérieur Brut», a regretté de son côté le président de l’Académie pontificale des sciences, Stefano Zamagni.

«En tête à tête avec saint François» 

Ces interventions préliminaires aux six ateliers de l’après-midi, tenus en simultané trois par trois, ont été entrecoupées d’intermèdes de méditation sur la vie de saint François. Adepte d’une pauvreté choisie dans l’Assise très commerçante du XIIIème siècle, François a opéré «une vraie révolution économique», ont affirmé les jeunes à la tribune, insistant sur l’importance du capital spirituel et relationnel, du dépouillement, de la nudité «qui permet la distance nécessaire pour se détacher du monde, le regarder autrement, et surtout, pour agir». «Ce n’est qu’en revenant à la nudité que l’on peut voir les beautés de la terre et de ses créatures», ont-ils soutenu.  

L’étymologie grecque du terme économie a aussi été invoquée; eco, du préfixe grec oikos, signifiant la maison, le foyer. Six conférences thématiques ont ensuite eu lieu séparément et simultanément (à revoir ici). «Le bonheur», «l’économie de paix et la reconversion industrielle», «l’intelligence artificielle et les inégalités», «le rôle de la forêt dans un nouveau paradigme mondial et modèle de développement», «modèles économiques pour une économie humaine», «expériences de transition sociale et écologique», ou encore «l’état de l’insécurité alimentaire», étaient au programme chargé de cette première journée. 

19 novembre 2020, 17:51