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Des fidèles catholiques priant devant la Basilique Notre-Dame de Sheshan à Shanghai. Des fidèles catholiques priant devant la Basilique Notre-Dame de Sheshan à Shanghai.  

Parolin: l'accord avec la Chine a été recherché par tous les Papes récents

Le secrétaire d'État du Saint-Siège est samedi à Milan pour célébrer le 150ème anniversaire de la présence de l’Institut pontifical pour les Missions étrangères en terre chinoise. «Pour que le dialogue porte des fruits plus consistants, il est nécessaire de le poursuivre. Au cours de ces deux années, j'ai remarqué des signes de rapprochement entre les catholiques chinois qui ont longtemps été divisés sur de nombreuses questions», a déclaré le cardinal Pietro Parolin.

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L'accord provisoire que le Saint-Siège a signé avec la République populaire de Chine et qui concerne la nomination des évêques, «est seulement un point de départ», qui a donné quelques résultats: pour que «le dialogue porte des fruits plus consistants, il faut le poursuivre», a déclaré le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d'État du Saint-Siège dans son discours d'ouverture à la conférence organisée à Milan par le Centre missionnaire PIME sur «Une autre Chine. Temps de crise, temps de changement».

Le congrès célèbre les 150 ans de présence des missionnaires de l'Institut pontifical pour les Missions Étrangères en Chine. À cette occasion, le cardinal Parolin a ainsi rappelé ce que le cardinal Giovanni Battista Re avait déjà écrit, à savoir que Benoît XVI avait approuvé le projet d'accord sur la nomination des évêques qui ne fut finalement signé  plusieurs années après sa renonciation.

La tentative de Pie XII

L’intervention du cardinal s'est déployée à travers l'histoire, en commençant par la présence inoubliable du jésuite Matteo Ricci en Chine à la fin du XVIe siècle, puis en rappelant l'arrivée des missionnaires de l’Institut pontifical pour les Missions étrangères il y a un siècle et demi dans le Henan. Le cardinal Parolin a ensuite cité les tentatives de dialogue qui ont eu lieu après le début de la République populaire de Chine avec la montée au pouvoir de Mao. «Le 17 janvier 1951, les autorités ont invité quelques évêques et prêtres catholiques à une réunion à laquelle ont également participé le premier ministre et le ministre des affaires étrangères, Zhou Enlai. Il a assuré que les catholiques pouvaient continuer à suivre l'autorité religieuse du Saint-Père, mais qu'ils devaient s'assurer de la pleine loyauté patriotique envers leur pays», a déclaré le Secrétaire d'État. 

 

«Commence alors la tentative de rédaction d'un document contenant ces deux principes, à laquelle participent non seulement les évêques et les prêtres, mais aussi le secrétaire de l'internonce Antonio Riberi: ce dernier l'envoie à Pékin précisément pour qu'il puisse participer à la tentative. Cela montre que dès le temps de Pie XII, le Saint-Siège a ressenti le besoin de dialogue, même si les circonstances de l'époque le rendaient très difficile».

Dans les premiers mois de 1951, quatre projets d'un éventuel accord ont été rédigés, mais malheureusement, ils n'ont pas été jugés satisfaisants. «Outre les tensions internationales -années de la guerre de Corée-, je pense que l'échec d'une telle tentative a contribué aux malentendus entre les deux parties et à la méfiance mutuelle. C'est un échec qui a marqué toute l'histoire ultérieure», a avancé le cardinal italien.

La réouverture du dialogue

Après cette tentative, il a fallu presque 30 ans avant que la voie du dialogue ne puisse être rouverte.  «Je me souviens en particulier du voyage effectué par le cardinal Echegaray en 1980 quand la Chine commençait à peine à sortir de la douloureuse expérience de la Révolution culturelle. Depuis lors, un chemin a été emprunté qui, au fil des hauts et des bas, a conduit jusqu'à aujourd'hui», a rappelé le Secrétaire d'État. Le cardinal Parolin a ainsi bien expliqué que tous les Papes de l'histoire récente, de Paul VI à François, ont cherché ce que Benoît XVI a indiqué comme étant le dépassement d'une «lourde situation d'incompréhension et de malentendu» qui «ne profite ni aux autorités chinoises ni à l'Eglise catholique en Chine».

Citant son prédécesseur Jean-Paul II, Benoît XVI a écrit par exemple en 2007: «Ce n'est un mystère pour personne que le Saint-Siège, au nom de toute l'Église catholique et - je crois - pour le bien de toute l'humanité, espère l'ouverture d'un espace de dialogue avec les autorités de la République populaire de Chine, dans lequel, ayant surmonté les malentendus du passé, nous pourrons travailler ensemble pour le bien du peuple chinois et pour la paix dans le monde». C'est précisément dans ces années-là, comme l'a écrit le cardinal Giovanni Battista Re ces derniers mois, que le Pape Benoît XVI a approuvé «le projet d'accord sur la nomination des évêques en Chine, qui ne pourra être signé qu'en 2018».

Malentendus sur l'accord

Le cardinal Pietro Parolin a donc voulu clarifier les choses une fois de plus en réfutant les lectures politiques de ce qui est un véritable accord pastoral. «Certains malentendus sont apparus. Nombre d'entre eux découlent d’une attribution à l'accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine d'objectifs que cet accord n'a pas. Ou d'un lien supposé entre l'accord et des événements concernant la vie de l'Église catholique en Chine qui lui sont étrangers. Ou encore des liens avec des questions politiques qui n'ont rien à voir avec cet accord. Je rappelle une fois de plus - et sur ce point le Saint-Siège n'a jamais laissé place à des malentendus ou à des confusions - que l'accord du 22 septembre 2018 concerne exclusivement la nomination des évêques».

Le Secrétaire d'État a déclaré qu'il était «conscient de l'existence de nombreux autres problèmes concernant la vie de l'Église catholique en Chine. Mais il n'a pas été possible de les traiter tous ensemble et nous savons que le chemin vers la pleine normalisation sera encore long, comme l'avait prédit Benoît XVI en 2007. Toutefois, la question de la nomination des évêques revêt une importance particulière. C'est en fait le problème qui a fait le plus souffrir l'Église catholique en Chine au cours des 60 dernières années».

Un premier objectif atteint

«Pour la première fois après tant de décennies - a encore souligné le cardinal Parolin - aujourd'hui, tous les évêques de Chine sont en communion avec l'évêque de Rome». Ceux qui connaissent l'histoire de l'Église en Chine «savent combien il est important que tous les évêques chinois soient en pleine communion avec l'Église universelle. Beaucoup de ceux qui n'étaient pas en pleine communion avec le Pape dans les décennies passées ont été formés par des missionnaires, qui connaissaient bien leur cœur et leur foi».

Beaucoup de ces évêques illégitimement consacrés «ont demandé le pardon du Pape et la pleine réconciliation. Cela montre qu'en fin de compte, leur cœur n'a pas changé et leur foi n'a pas failli».

Cependant, jusqu'à il y a deux ans, la possibilité de nouvelles ordinations illégitimes est toujours restée ouverte. C'est pourquoi il était nécessaire, a rappelé le Secrétaire d'État, «d'affronter et de résoudre ce problème délicat une fois pour toutes. Mais l'expérience de tant de décennies a montré (et montre) qu'une telle solution passe nécessairement (et passe) par un accord entre le Saint-Siège et les autorités de la République populaire de Chine. C'est pourquoi le Saint-Siège a souligné à plusieurs reprises que l'objectif de l'Accord est avant tout ecclésial et pastoral».

«De sa mise en œuvre, dépend en fait la possibilité d'éviter - définitivement espérons-le - l'éventualité d'autres ordinations illégitimes. En d'autres termes, travailler pour empêcher l'Église en Chine de vivre d'autres expériences similaires à celles qui ont été douloureusement vécues ces soixante dernières années», a ajouté le cardinal Pietro Parolin, réaffirmant cet «objectif pastoral» du Saint-Siège. «C'est-à-dire aider les Églises locales à jouir de conditions de plus grande liberté, autonomie et organisation, afin qu'elles puissent se consacrer à la mission d'annoncer l'Évangile et de contribuer au développement intégral de la personne et de la société».

Signes positifs chez les catholiques chinois

Le cardinal Parolin a conclu affirmant qu’il est «conscient que l'accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine du 22 septembre 2018 n'est qu'un point de départ. Deux ans est une période très courte pour évaluer les résultats d'un accord». Aux difficultés de démarrage d'un tel nouveau processus s'ajoutent celles créées par la pandémie. Certains résultats «ont été obtenus, mais pour que le dialogue porte des fruits plus consistants, il est nécessaire de le poursuivre. Le Saint-Siège souhaite donc que l'accord soit prolongé, "ad experimentum" comme il l'a été jusqu'à présent, afin de vérifier son utilité».

Le cardinal a déclaré qu'il avait remarqué «au cours de ces deux années, des signes de rapprochement entre les catholiques chinois qui ont longtemps été divisés sur de nombreux sujets». Un signe important car à la communauté catholique en Chine «le Pape confie de manière particulière l'engagement de vivre un authentique esprit de réconciliation entre frères, en faisant des gestes concrets qui aident à surmonter les malentendus du passé, même récent. Ainsi les fidèles, les catholiques en Chine pourront témoigner de leur foi, d'un amour authentique et s'ouvrir aussi au dialogue entre tous les peuples et à la promotion de la paix».

Enfin, a conclu le Secrétaire d'État, «un autre objectif que nous nous sommes fixés avec la signature de l'accord provisoire entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine sur la nomination des évêques est la consolidation d'un horizon international de paix, en ce moment où nous connaissons de nombreuses tensions au niveau mondial».

03 octobre 2020, 11:16