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Le cardinal Parolin lors de la présentation "La Tunica e la Tonaca" du père Enzo Fortunato Le cardinal Parolin lors de la présentation "La Tunica e la Tonaca" du père Enzo Fortunato  (ANSA)

Parolin : la Brèche de Porta Pia a été un traumatisme providentiel

Le secrétaire d'État du Saint-Siège s'est exprimé ce vendredi 2 octobre lors d'une conférence au Sénat italien, 150 ans après l'annexion de Rome au Royaume d'Italie : «Dans l'histoire bimillénaire de l'Église, 1870 n'était qu'une étape. La Providence, nous le voyons bien maintenant, avait arrangé les choses différemment, de façon presque dramatique, en jouant sur les événements».

Alessandro Guarasci - Cité du Vatican

«La mission de la papauté a beaucoup acquis dans sa dimension universelle et aussi dans son indépendance. Nous devons lire l'histoire sur de longues périodes, attendre que les temps de Dieu qui ne sont pas les nôtres se réalisent». C'est ainsi que le cardinal Pietro Parolin s'est exprimé lors d'une conférence au Sénat sur les 150 ans de la Brèche de Porta Pia qui vit les troupes du jeune Royaume d'Italie pénétrer dans la ville de Rome, resté jusqu'en 1870, sous la souveraineté temporelle du pape.

Pie XII a donné refuge à de nombreuses personnes recherchées par les nazis

Le secrétaire d'État a fait remarquer que «la création de l'État de la Cité du Vatican et des zones extraterritoriales a permis à Pie XII d'abriter beaucoup de personnes recherchées par le régime nazi et les troupes d'occupation de la ville de Rome». Le cardinal a donc souligné que «de Porta Pia à nos jours, il n'y a aucun doute : dans la mémoire du Saint-Siège, il y a la certitude de l'action de Dieu et de sa Providence. Ainsi - a rappelé le cardinal Parolin - le cardinal Giovanni Battista Montini, alors archevêque de Milan, s'est exprimé au sujet de Porta Pia, et peu avant son élection au trône papal. Je cite : "Il semblait y avoir un effondrement. Et pour le dominion territorial pontifical, c'était le cas. Mais nous voyons maintenant que la Providence avait bien arrangé les choses différemment, en jouant presque dramatiquement dans les événements".»

Les papes au Capitole : collaboration entre la Rome civile et la Rome chrétienne

Le Secrétaire d'État a retracé les visites des Papes au Capitole. «Un siècle après Pie IX, Paul VI est revenu au Capitole, au siège de la municipalité de Rome, le 16 avril 1966, et a prononcé, en cette occasion solennelle, un discours résumant et illustrant la pensée du Successeur de Pierre sur les événements liés à l'épisode de Porta Pia», a-t-il déclaré.

«Comme si la présence du Pape sur la colline du Capitole suscitait une certaine surprise, Paul VI a ajouté : "Le Pape au Capitole. C'est un retour ; nous ne sommes pas des étrangers ici ; combien de souvenirs, combien de monuments le disent ! Mais quel retour ? Il y a environ un siècle, Pie IX vint ici; mais différemment. Nous n'avons plus de souveraineté temporelle à affirmer ici. Nous en conservons la mémoire historique, comme celle d'une institution séculière, légitime et, à bien des égards, providentielle des temps passés ; mais aujourd'hui, nous n'avons ni regret, ni nostalgie, ni aucune ambition secrète de vengeance. Mais même si une autre minuscule souveraineté temporelle, presque plus symbolique qu'effective, nous qualifie à vos yeux de libres et indépendants, il ne nous manque pas les titres pour appartenir au peuple de Rome ; et nous nous sentons volontiers fiers et honorés de faire nôtre la profession de saint Paul, comme celle d'une excellente dignité humaine : Civis Romanus, citoyen romain (cf. Act. 16, 21 ; 22, 25-29) : nous aussi, nous tenons à nous proclamer tels."»

«Lorsque Jean-Paul II a rendu visite au conseil municipal le 15 janvier 1998, il a résumé en quelques mots l'harmonie entre l'histoire et la vocation de Rome, entre la société civile de la capitale italienne et la Rome chrétienne ouverte sur le monde entier. Ici - a poursuivi le cardinal Parolin - nous trouvons la Rome civile et la Rome chrétienne - a dit Saint Jean-Paul II - non pas opposées l'une à l'autre, mais unies ensemble dans le respect des différentes compétences, la passion pour cette ville et le désir de rendre son visage exemplaire pour le monde entier», a souligné le cardinal.

«Benoît XVI, sur les traces de son prédécesseur, a également visité le Capitole le 9 mars 2009 en mémoire de sainte Françoise romaine, et a manifesté la continuité de la vocation de Rome à travers les événements de l'histoire. Rome, centre de la civilisation latine et chrétienne, mère accueillante des peuples, et disciple de la vérité».

Porta Pia n'est qu'une étape dans l'histoire bimillénaire de l'Église

L'Église ne sous-estime pas la portée de la Brèche de Porta Pia, mais la place dans un contexte plus large. «Je fais deux observations. L'épisode de la Porta Pia a été lu, à juste titre je crois, comme une interruption, comme un traumatisme, tant pour la perte du pouvoir temporel du Pape que pour la forte opposition qui s'est ensuivie entre le Royaume d'Italie et le Saint-Siège - a dit le cardinal. Mais dans l'histoire bimillénaire de l'Église, 1870 n'était qu'une étape. Je crois au contraire que l'histoire des relations entre le Saint-Siège et l'État italien doit être considérée, selon le canon de la continuité, dans une évolution progressive, une fois la phase conflictuelle terminée, l'objectif de coopération entre les deux institutions étant souligné par la signature concomitante du traité de concordat. La deuxième observation découle de la première, ces deux accords, l'un destiné à assurer l'indépendance du Pontife romain et l'autre à protéger l'activité de l'Église en Italie, ont souligné le caractère spirituel et pastoral de l'Église et de son chef, le Pape».

Accord avec la Chine, choix pensé, réfléchi et prié

Lors d'une autre intervention publique, hier soir, le cardinal Parolin, lors de la présentation du livre "La tunica e la tonaca" du père Enzo Fortunato, a réitéré la cordialité de la rencontre qui a eu lieu le matin même avec le secrétaire d'État américain Mike Pompeo. En ce qui concerne les relations entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine, il a souligné comment Mike Pompeo a exprimé avec un «raisonnement articulé» les raisons des interventions de ces derniers jours et comment il y a une «compréhension» de la façon dont le Saint-Siège «aborde ces problèmes». «Nous recherchons tous la liberté religieuse - a dit le cardinal - nous recherchons tous une vie normale pour l'Église, mais là où nous divergeons, c'est sur la méthode, sur la manière d'atteindre ces objectifs». «En même temps - a-t-il ajouté - nous revendiquons de notre part un choix pensé, un choix réfléchi, un choix prié, un choix que le Pape a fait et donc la liberté de continuer à aller de l'avant dans ce choix».

Concernant l'accord provisoire entre le Saint-Siège et la Chine populaire, le cardinal Parolin a enfin souhaité qu'il fonctionne «mieux que ce qui a été fait jusqu'à présent et que nous puissions procéder à la nomination des évêques pour tous les diocèses vacants de Chine».

02 octobre 2020, 18:23