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Un port de New Taipei City, Taïwan, le 2 août 2020 Un port de New Taipei City, Taïwan, le 2 août 2020  (ANSA)

La mer et ses travailleurs: une périphérie chère au Pape François

Cent ans après la fondation de l'Apostolat de la Mer, le père Bruno Ciceri, qui en est l’actuel responsable, revient sur les défis qui touchent les travailleurs du secteur maritime et leurs familles, et sur l’intérêt montré par le Pape François à leur égard.

Gabriella Ceraso et Luca Collodi – Cité du Vatican

Depuis la naissance de l'Apostolat de la Mer, aumôniers et bénévoles apportent une aide spirituelle et humaine aux marins du monde entier, actuellement dans trois cents ports environ.

Dès le 19e siècle, apparurent plusieurs organisations liées à l'Église offrant une assistance intermittente aux marins. Mais ce n’est que des décennies plus tard, le 4 octobre 1920, qu’un petit groupe de laïcs (Peter F. Anson, un converti provenant de l'Eglise anglicane, Arthur Gannon et le prêtre jésuite Daniel Shields), se réunit à Glasgow et décide d'unifier ces efforts parmi les marins en une unique œuvre. S'inspirant du mouvement de l'Apostolat de la prière, ils l'appellent Apostolat de la Mer. Outre la dimension religieuse, est introduite la dimension de l'assistance aux marins. Le mouvement est approuvé par le Saint-Siège en 1922, et le 21 novembre 1957 les lois et les Constitutions de l’Apostolat de la Mer sont approuvées à leur tour. Aujourd’hui, le mouvement est rattaché au Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral. Son responsable, le père Bruno Ciceri, revient sur l’intérêt démontré par le Saint-Père pour les travailleurs de la mer, auxquels il a dédié l’intention de prière de ce mois d’août. Il avait aussi rencontré des aumôniers et volontaires de l’Apostolat de la Mer en Europe en juin 2019.

«Il y a des raisons spécifiques à ces interventions du Saint-Père pour les gens de la mer. En juin dernier, il a voulu remercier les marins pour leur travail pendant la période de confinement, lorsque tout était au point mort. Les marins ont en effet continué à transporter 90% des marchandises, et ils ont surtout transporté du matériel médical d'une partie du monde à l'autre.

La deuxième intervention du Saint-Père a eu lieu le 13 juillet, le dimanche de la mer, un dimanche où, sur le plan œcuménique, avec d'autres confessions chrétiennes, nous essayons de remercier les marins pour le travail qu'ils font parce qu'ils nous facilitent la vie. Puis, cette intention de prière du mois d'août, aussi parce que nous célébrons cette année le 100e anniversaire de la fondation de l'Apostolat de la Mer et que nous avons voulu souligner cette réalité qui est la nôtre. Mais je pense que la raison principale pour laquelle le Saint-Père est si proche des gens de mer est que le monde maritime est l'une des périphéries où l'Église est présente, où l'Église travaille. Les ports sont situés à la périphérie des villes. Et nous y sommes présents. Et puis je dois dire que, malheureusement, il y a des thèmes dans le monde maritime qui sont très chers au Pape François, relatifs à la souffrance des gens. Pensons au travail forcé, à la traite des êtres humains, à l'esclavage: pour toutes ces raisons, le Saint-Père est proche des gens de mer.

Père Ciceri, ceux qui travaillent et vivent en mer ont une vie difficile et parfois dangereuse : 745 personnes sont mortes entre 2011 et 2020. Il y a aussi bien d’autres difficultés, quelles en sont les conséquences pour les marins?

L’impact est très fort sur les familles des marins. [Outre les risques naturels], il y a les dangers créés par l'homme, et je parle ici de la piraterie. Il y a quelques années, en 2011-2012, c'était le problème principal, maintenant on en parle peu, mais nous avons toujours de gros problèmes avec la piraterie dans certaines parties du monde. Ensuite, il y a le coronavirus, ces derniers mois. La vie du marin est déjà épuisante en soi, ils sont obligés de rester loin de leur famille pendant 8 à 10 mois. Que s'est-il passé avec la Covid-19? Les frontières ont été fermées, les avions ne volaient plus. Ces marins sont donc restés bloqués sur les navires et leur contrat de 8 à 10 mois s’est allongé à 14, 15 ou 16 mois. Actuellement, nous avons environ 200 000 marins bloqués sur les navires et nous ne pouvons pas faire changer l'équipage. Je voudrais donc vraiment lancer un appel à tous les gouvernements, je voudrais aussi lancer un appel aux autorités des ports: les marins sont des travailleurs essentiels, non seulement pour l'économie italienne, mais aussi pour l'économie mondiale et nous devrions donc créer des canaux spéciaux pour faciliter ce changement d'équipage. Nous devons insister sur ce point, sinon, chez ces personnes, la fatigue augmente, le stress augmente, surtout le stress mental. J'ai reçu de nos aumôniers des rapports de marins qui n'ont pas résisté à cette pression psychologique et qui se sont suicidés.

Les pensées du Pape s’adressent aussi aux aumôniers des marins. Quelle est la condition d'un prêtre engagé dans ce domaine?

(…) Aujourd’hui nous avons une organisation présente dans trois cents ports avec de nombreux aumôniers et bénévoles. Que font-ils? Chaque jour, ils se rendent au port, montent à bord des navires, visitent les marins, écoutent leurs besoins. C'était toujours comme cela avant la pandémie. Malheureusement, avec la Covid-19, il y a eu le confinement, mais nos aumôniers ont trouvé de nouvelles façons d'être présents. Ils ont beaucoup utilisé les réseaux sociaux, par exemple ils ont créé un chat qui est une application où tout marin du monde entier peut appeler et trouver quelqu'un qui parle sa langue, qui peut l'aider et le réconforter. Nous fournissons généralement toute sorte d'assistance: assistance spirituelle, célébration de la messe sur les navires, mais nous intervenons aussi lorsqu'il y a des événements dramatiques sur les navires. Il peut y avoir un accident et quelqu'un meurt; ou les marins peuvent se suicider, et sur une petite communauté de 15 à 20 personnes à bord d'un navire, si quelque chose arrive à l'un d'entre eux, cela devient une tragédie. Et puis nos aumôniers sont généralement les premiers à monter à bord et à leur apporter du réconfort. Mais les marins ont besoin de beaucoup d'autres petites choses: pour nous, c'est très simple, si nous finissons le shampoing, si nous finissons le dentifrice, nous sortons et nous l'achetons. Pour eux, s'ils arrivent au port le soir et repartent le matin, il n'y a aucun espoir de sortir et d'acheter. Ensuite, les ports sont tous éloignés de la ville: alors nous aussi on va acheter du shampoing ou du dentifrice, des petites choses qui sont importantes pour eux. Ensuite, autre chose d'essentiel: nous leur fournissons de différentes manières le wi-fi à bord, afin que ceux qui ont des téléphones portables puissent communiquer et voir leurs familles.

Nous vivons une année “Laudato Si’”: que peuvent faire les marins pour défendre la mer?

Je dirais que dans le monde maritime, dans l'industrie maritime, beaucoup est déjà fait pour respecter la mer. Par exemple, la réduction des émissions polluantes des navires: différents types de combustibles sont recherchés pour que l'air ne soit pas pollué. Aussi, par exemple, le lavage des cales, avant que toute l'eau ne soit rejetée à la mer et qu'il n'y ait peut-être des polluants. Nous essayons maintenant de changer tout cela et tôt ou tard, nous y arriverons. Ensuite, parlons des pêcheurs: dans différentes parties du monde, ils ne se contentent plus de pêcher du poisson, ils attrapent aussi le plastique qu'ils trouvent dans la mer et il y en a beaucoup. Ils le ramènent à terre et le confient au recyclage. Il y a donc une très, très forte prise de conscience de la part des pêcheurs en ce qui concerne le respect de l'environnement. Mais la chose la plus importante que nous devons faire est à faire nous-mêmes: nous devons nous engager à ne pas disperser le plastique dans l'environnement car, la Terre étant couverte principalement par l’eau, ce que nous laissons dans la terre finit sûrement dans l'eau et pollue l'eau qui est nourriture non seulement pour les pêcheurs et les marins, mais aussi pour nous.

10 août 2020, 13:50