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George Floyd: le cardinal Turkson appelle au pardon et à la non-violence

Le préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral réagit à l’onde de protestation qui traverse les États-Unis, après la mort de George Floyd. Il lance un appel au pardon et appelle les évêques américains à organiser des temps de prière œcuméniques et interreligieux.

Devin Watkins- Cité du Vatican

Les États-Unis se sont embrasés après la mort de George Floyd, Afro-Américain de 46 ans, décédé au cours d’une violente interpellation par un policier blanc à Minneapolis (Minnesota). Depuis huit jours, les manifestations s’enchainent et essaiment dans tout le pays. A New-York, Washington, Houston ou Los Angeles, des dizaines de milliers de personnes bravent les couvre-feu mis en place pour crier leur colère et dénoncer le racisme.

 

Si la plupart de ces protestations ont été pacifiques, d’autres en revanche ont dégénéré en violences et en pillages, obligeant certains États à déployer la Garde nationale.

Le cardinal Peter Turkson, ghanéen d’origine, est le préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral. Il livre son regard sur ces événements.

Entretien avec le cardinal Peter Turkson : 

Il s'agit d'une protestation contre le racisme. Précisons qu’il s'agit d'un phénomène social qui ne se limite pas aux États-Unis. Il y a eu l'apartheid en Afrique du Sud, un système de castes dans d'autres parties du monde et ce qui a été fait aux populations Aborigènes. Il s'agit donc d'un phénomène social très répandu.

Pour nous, Église, cela va à l'encontre du fondement de notre conception de la personne humaine. Nous sommes créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. Toute personne est imprégnée de la dignité humaine qui est précieuse aux yeux de Dieu et qui ne lui est conférée par aucune personne humaine.

Et c'est ce que nous sommes appelés à faire : simplement le reconnaître et le promouvoir.

Lorsque surviennent des situations qui vont radicalement à l'encontre de la dignité humaine, qui s'y opposent ou la tuent, cela devient une source de grande inquiétude. C'est dans ce contexte que le président de la Conférence épiscopale américaine, réfléchissant à cette situation, a déclaré que les manifestations qui agitent les villes américaines reflètent la frustration justifiée de millions de frères et sœurs qui, même aujourd'hui, vivent l'humiliation, la mortification, l'inégalité des chances simplement à cause de la couleur de leur peau.

En tant qu'Église, nous voulons réaffirmer la dignité de tous les êtres humains, créés à l'image et à la ressemblance de Dieu. Dans les Écritures, après la création de l’homme par Dieu, deux choses se sont produites, toutes deux négatives. La première a été la désobéissance à la parole de Dieu. Le second a été le meurtre d'un frère. Le premier cas de violence a été le meurtre d'un frère. Le problème du racisme est que nous créons des différences dans la diversité, alors que cela devrait être un enrichissement. Mais pour une raison ou une autre, toutes les formes de différences ne sont pas tolérées par la personne humaine.

Les évêques des États-Unis ont affirmé que le meurtre de George Floyd est un péché qui crie vers le ciel pour obtenir justice et qui pousse les Américains à s'attaquer aux racines profondes du problème du racisme dans le pays. Comment encourager ces efforts ?

Le meurtre d'une personne ne diminue pas seulement notre humanité, notre famille humaine, mais c'est un appel vers Dieu pour qu'il nous écoute et nous rende justice. Et si c'est un cri pour la justice, c'est un cri pour une très haute vertu.

La justice est en fait la reconstitution des relations, la restauration des liens. Dans une telle situation, le cri pour la justice est le cri contre ce qui blesse la fraternité, ce qui l’empêche d'exister.

Il s'agit d'un problème très vaste et très répandu dans la société et, par conséquent, aller aux racines du racisme signifie que nous devons rééduquer au sens de l'humanité, au sens de ce que signifie la famille humaine. Nous partageons la même dignité que Dieu nous a donnée, à nous qui avons été créés à son image et à sa ressemblance. Et nous sommes différents.

 

Certaines des manifestations ont malheureusement dégénéré en violences. Le propre frère de George Floyd a déclaré que la colère devait être canalisée vers une action civile non violente. Quelle est la position de l'Église ?

L'Église ne peut que partager la position du frère de George Floyd, et irait probablement plus loin : aux Etats-Unis, l'Église locale appelle à ce genre d'approche non-violente.

Les États-Unis ont une longue histoire de manifestations non-violentes. Martin Luther King a dirigé beaucoup d'entre elles et elles étaient non-violentes parce qu'elles étaient bien planifiées et qu’elles avaient un chef à leur tête. Un leader qui était capable d'inculquer son sens de la non-violence à tous ceux qui le suivaient. Ce que nous voyons aujourd'hui est une explosion spontanée de la colère et des sentiments des gens par rapport à ce qui se passe.

Mais j'irais plus loin et j'ajouterais à l'appel à la non-violence, l'appel au pardon. Dans la situation actuelle de la mort de George Floyd, aucune manifestation, colère ou frustration ne le ramènera. Il n'y a qu'une seule chose qui puisse aider George maintenant qu'il se présente devant Dieu. C'est le pardon pour ses meurtriers. Tout comme Jésus l'a fait.

Je voudrais donc ajouter à l'appel à la non-violence, l'appel au pardon. Je pense que c'est ainsi que nous pouvons honorer la mémoire de George Floyd.

Je voudrais humblement ajouter la suggestion suivante. Dans les nombreuses villes des États-Unis où la violence a éclaté, je voudrais inviter les évêques, les prêtres, les pasteurs et les responsables des différentes communautés à organiser un événement œcuménique et interreligieux. Il pourrait avoir lieu dans un parc, en plein air, et tous les gens pourraient se rassembler pour prier. La seule chose dont George Floyd a besoin en ce moment est la prière, alors qu’il se présente devant Dieu.

En tant qu'Église catholique, voici ce que nous pouvons faire : prier pour George maintenant. Et il serait beau que nous puissions organiser un grand événement de prière pour rassembler les gens. Cela leur donnerait une chance d'exprimer leur colère refoulée, mais d'une manière qui soit saine, religieuse et qui mène à la guérison.

03 juin 2020, 12:03