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Le père jésuite Pietro Bovati, prédicateur des exercices spirituels.  Le père jésuite Pietro Bovati, prédicateur des exercices spirituels.   (Vatican Media)

Exercices spirituels : ne remplacez pas la croyance par la connaissance

Le "manque de foi" était au centre de la quatrième méditation du père Pietro Bovati lors de la retraite de carême de la Curie romaine, réunie à Ariccia jusqu'à vendredi prochain.

Debora Donnini-Cité du Vatican 

Il y a aussi "en nous des phénomènes d'aveuglement, d'idolâtrie, qui est essentiellement un manque de foi dans le Seigneur Jésus, l'incapacité de vivre vraiment en ayant confiance en Lui". Derrière l'idolâtrie, il y a en fait la corruption, le fait de ne plus reconnaître Dieu, car chacun se fait son dieu. C'est ce qu'a souligné le père Pietro Bovati sa quatrième méditation des Exercices Spirituels qui se tiennent à Ariccia, en compagnie des membres de la Curie. Le prédicateur jésuite est revenu sur l'épisode du veau d'or, raconté dans l'Exode, mais a aussi nourri sa réflexion avec l'histoire de Moïse, l'Évangile de Matthieu et les Psaumes. 

Comme Moïse, le chrétien défend les faibles contre le mépris des "pharaons"

Au centre de la réflexion mardi après-midi se trouve le péché, non pas tel qu'il est principalement présenté comme une transgression de la loi de Dieu, mais comme un «manque de foi». Le premier des préceptes du Décalogue fait en effet référence au fait de ne pas avoir d'autres dieux à la place du Dieu unique et de ne pas faire d'images de la divinité. Cette dernière spécification, note le jésuite, a été jugée dépassée pour le peuple chrétien : il considère l'idole, le fétiche, comme un héritage du passé. Il est au contraire jugé utile, "également contre les tendances iconoclastes", de recourir à des images de la divinité pour accroître la foi. Mais l'idolâtrie reste «un péché capital dénoncé dans toute la tradition de l'Ancien Testament».

Péché non reconnu

Il existe en effet «une cécité très grave» qui afflige la conscience, précisément parce qu'elle n'est pas reconnue. Comme dans l'Évangile de Jean, Jésus observe : "Parce que tu dis : 'Nous voyons', ton péché demeure". «C'est un péché qui ne peut pas être guéri, parce qu'il n'est pas reconnu» en effet il est nié «et ressemble donc - note le père Bovati - à un péché contre l'esprit, sans remède». L'hypocrisie des scribes de l'Évangile de Matthieu, au chapitre 23, et des Pharisiens, ces observateurs qui se sont présentés au peuple comme des modèles à imiter, est vivement critiquée.

L'hypocrisie est un mensonge, car elle remplace les bonnes actions par l'apparence de la bonté, elle déforme la pratique pieuse car au lieu d'être «à la gloire de Dieu» elle est dirigée vers l'exaltation et l'honneur de l'homme. L'hypocrisie ne sait pas juger, elle ne sait pas ce qu'est le vrai discernement ; elle est aveugle, elle ne connaît pas la justice, la miséricorde, la fidélité, elle identifie la bonté avec les pratiques et les réalisations matérielles. 

Au centre de la méditation du théologien jésuite se trouve l'histoire du veau d'or, racontée dans l'Exode au chapitre 32. Alors que Moïse est sur la montagne, Dieu lui dit que le peuple s'est perverti en utilisant un verbe qui rappelle la corruption, un terme souvent utilisé, souligne le bibliste, un terme qui a son point central dans la non-reconnaissance de Dieu. C'est précisément de là que vient «tout le mal, parce que la voix du Seigneur n'est plus entendue, mais des déformations de toutes sortes sont produites précisément parce que chacun - dit-il avec force - fait son propre dieu, fait sa propre loi, fait sa propre béatitude»

Écouter pour ne pas posséder

C'est précisément à partir de ce texte de l'Exode que le père Bovati dénonce le phénomène de l'idolâtrie en soulignant divers aspects : comment il naît du désir de certitudes, de la préférence de "voir" plutôt que d'écouter la voix du Dieu invisible. 

«Mais le talisman peut prendre la forme d'une constitution doctrinale ou disciplinaire. Sa rigidité, qui est tenue pour synonyme de solidité et de pérennité, l'aspect clair et contrôlable de la doctrine, voire sa qualité intellectuelle, sont des apparences trompeuses si une telle construction remplace l'écoute humble et permanente de la voix de Dieu qui parle en tant qu'esprit. Si l'on remplace la croyance par la connaissance, si l'on cesse d'adhérer à Dieu, on croit certainement que l'on possède la vérité, au lieu de la chercher et de l'écouter avec une humble docilité.»

Jésus a conquis le monde

Le veau d'or amène ensuite le prédicateur à s'attarder sur l'importance de l'image publique dans le monde virtuel dans lequel nous vivons et au moment où nous devenons peut-être les adeptes d'un objet idolâtre. De là, le père Bovati met également en garde contre un culte qui peut être d'une très belle exécution mais sans l'accueil d'une Parole transformatrice. «Les cérémonies bien faites ne suffisent pas, a-t-il averti, si elles ne sont pas basées sur la prière authentique qui est avant tout l'écoute de Dieu.» Enfin, l'appel à l'Evangile de Matthieu, en particulier aux tentations du désert, est central. Jésus sort victorieux et nous enseigne la manière de surmonter notre cécité, souligne le bibliste. Jésus indique le chemin du serviteur. Et le psaume 106 rappelle aussi que dans l'histoire d'Israël, Dieu intervient toujours par des gestes de salut. 

«C'est cela qui élargit nos cœurs, qu'i nous fait entrer dans l'action de la grâce pour la bonté du Seigneur, car son amour est éternel. Jésus dit : "Ayez du courage. J'ai conquis le monde". Voici qu'Il l'a conquise aussi pour nous, de sorte que dans la reconnaissance aussi de notre peu de foi, nous puissions encore entonner l'hymne de louange, en tournant notre regard d'amour vers Lui, notre Dieu unique, notre Sauveur.»

 

 

 

 

04 mars 2020, 11:53