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La diplomatie du Saint-Siège, au service de l’Évangile et de la personne humaine

Désormais, les futurs nonces apostoliques intégreront dans leur programme d’études une année d’expérience missionnaire dans un diocèse. Cette décision du pape François a été communiquée par lettre à Mgr Joseph Marino, le président de l’Académie pontificale ecclésiastique, la prestigieuse institution qui forme au service diplomatique du Saint-Siège depuis le XVIIIe siècle.

Manuella Affejee- Cité du Vatican

Dans cette missive, rendue publique le 17 février dernier, le Saint-Père se dit convaincu qu’une telle expérience «sera utile à tous les jeunes qui se préparent ou commencent un service sacerdotal, mais d'une manière particulière à ceux qui, à l'avenir, seront appelés à collaborer avec les Représentants pontificaux et, par la suite, pourront à leur tour devenir des envoyés du Saint-Siège auprès des nations et des Églises particulières».

La préparation à cette double mission - auprès des États et des Églises particulières donc-  s’effectue à l’Académie pontificale ecclésiastique, fondée en 1701 par le Pape Clément XI. C’est là, à l’ombre du Panthéon et en face de la majestueuse église de Santa Maria Sopra Minerva, que plusieurs prêtres du monde entier sont initiés aux arcanes de la diplomatie pontificale, l’une des plus actives et reconnues au monde, nonobstant des moyens limités. Parmi les 37 prêtres en formation cette année, quatre étudiants ont accepté de nous rencontrer.

Prêtres et diplomates

Agés entre 29 et 34 ans, les pères Georges (Togo), Claude-Éric (Madagascar), Paterne (République centrafricaine) et Martin (France) ont été envoyés à Rome par leurs évêques respectifs ; leur formation -sur 3 ans pour certains, sur 4 pour d’autres- les conduira ensuite à intégrer les nonciatures apostoliques présentes dans les 183 États entretenant des relations diplomatiques avec le Siège apostolique. Déjà étudiants au sein de l’Académie, ces quatre prêtres ne sont pas directement concernés par cette décision, mais l’accueillent néanmoins avec enthousiasme. Ils la comprennent comme un désir profond du Saint-Père de réveiller l’ardeur missionnaire propre à la mission de l’Église et cela, en totale cohérence avec leur ministère sacerdotal. «Être prêtre, c’est être au service de la mission et de la communion, entre les personnes elles-mêmes, entre elles et le Seigneur, et je crois que là où nous serons envoyés, nous accomplirons ce même service : missionnaires de la communion entre le Saint-Père et les Églises, entre l’Église et les autorités civiles», explique le père Martin. Ces étudiants sont donc des prêtres avant tout, et c’est bien ainsi qu’ils seront perçus par leurs futurs interlocuteurs, ecclésiaux et politiques.

Les qualités du nonce

La mission, aussi spécifique que délicate, du diplomate du Saint-Siège exige des qualités bien précises. Pour le père Georges, le représentant du Pape doit d’abord incarner une «présence paternelle» pleine de sollicitude auprès des Églises : c’est en cela que la diplomatie vaticane se distingue, selon lui, d’une simple «bureaucratie». Le père Martin insiste pour sa part sur «l’ouverture du cœur» à l‘égard des cultures vers lesquelles ils seront envoyés «pour ne pas les réduire à ce que nous sommes, mais accepter d’entrer dans ces manières de voir, dans ces fonctionnements d’Églises qui sont souvent différents de ceux desquelles nous venons». Le Français souligne encore la nécessité d’une certaine «délicatesse» dans la rencontre, «la capacité à se mettre au niveau de celui qui est en face, à entrer dans une vraie relation et toujours avec cette charité qui nait de la prière».

Une formation complète

Les étudiants de l’Académie bénéficient d’une formation intellectuelle solide, partagée entre cours sur l’Histoire de l’Église, l’Histoire de la diplomatie, le Droit international et cours de langues – le futur diplomate doit en maitriser quatre en tout. L’intense vie communautaire que partagent les 37 pensionnaires fait également partie  intégrante de cet apprentissage, comme le précise le père Claude-Éric : «nous venons de divers pays, d’une pluralité de mentalités, de manières de vivre et donc petit à petit, nous essayons de vivre cette fraternité, qui, après la formation, s’étendra au monde dans lequel nous serons envoyés». 

Futurs ambassadeurs du Saint-Siège, ces étudiants sont particulièrement sensibilisés à la dimension universelle de leur mission, laquelle suppose de s’adapter à la diversité des contextes et des situations auxquels ils seront confrontés. Représenter le Pape en Belgique, Australie , en Syrie, ou en Haïti impliquera nécessairement une approche idoine aux circonstances. Dans certains cas, le diplomate pourra même jouer le rôle de médiateur entre des parties en litige (Nicaragua par exemple) et favoriser la réconciliation ; dans d’autres, son rôle dépassera celui du cadre de la diplomatie pure, puisqu’il pourra être chargé de manifester la proximité du Souverain Pontife aux populations en difficulté (récemment dans l’Est de l’Ukraine). L’Académie prépare les aspirants diplomates à la diversité de ces situations, et cela, de façon très simple : «on nous demande d’avoir du bon sens, un équilibre psychologique. D’ailleurs en entrant à l’académie, nous avons tous droit à un check-up médical complet, pour s’assurer que dans ces pays lointains ou face à des situations un peu instables, nous réussirons à garder cet équilibre intérieur, spirituel et humain. Il faut reconnaitre que le Saint-Siège prend bien soin de cet aspect concret», témoigne le père Martin.

Les atouts de la diplomatie vaticane

La diplomatie vaticane a gagné ses lettres de noblesse au cours des siècles et au travers de situations complexes. Le Saint-Siège ne dispose pourtant d’aucun moyen de pression économique ou militaire pour imposer ses vues ; mais il peut se targuer de certains atouts. Pour le père Georges, le pilier de cette action diplomatique reste avant tout «l’action de l’Esprit-Saint» qui «continue de guider et d’assister l’Église pour pouvoir répondre efficacement aux besoins des temps modernes». L’autre point fort du Siège apostolique réside ensuite dans sa «neutralité vis-à-vis des conflits d’intérêts, cette capacité d’annoncer l’Évangile. Il est inutile d’agir avec force, il faut procéder avec le sens du dialogue et de l’écoute», avance pour sa part le père Claude-Éric. Son confrère français, quant à lui, met en exergue le réseau très étendu de la diplomatie vaticane, différent de celui des autres chancelleries, et pour cause : «il y a des communautés religieuses partout, des paroisses dans chaque ville, des prêtres, des religieux, religieuses qui sont des informateurs de premier ordre», assure-t-il.

Des atouts indiscutables donc pour une diplomatie à l’identité claire et affirmée, au service de l’Évangile, des intérêts des chrétiens et plus largement, de la personne humaine ; c’est d’ailleurs pour cela que «le représentant du Saint-Siège travaille pour le bien de tous», observe le père Paterne…. Une mission qui sera donc la sienne et celle de ses confrères dans quelques années.

Reportage à l'académie pontificale ecclésiastique
12 mars 2020, 09:23