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Le Pape François lors de la rencontre au Vatican sur la protection des mineurs, le 23 février 2019 Le Pape François lors de la rencontre au Vatican sur la protection des mineurs, le 23 février 2019  (Vatican Media)

Abus: le père Zollner encourage à une culture de l’écoute et de la prévention

Il y a un an, le 21 février 2019, s’ouvrait au Vatican un sommet de quatre jours sur «la protection des mineurs dans l'Église». Le père Hans Zollner revient sur les fruits de cette rencontre internationale.

Entretien réalisé par Gudrun Sailer- Cité du Vatican

Pour faire face au fléau des abus sexuels au sein de l'Église, le Pape François avait convoqué au Vatican, du 21 au 24 février 2019, les présidents des conférences épiscopales du monde entier, les chefs des Églises catholiques orientales, les principaux responsables de la Secrétairerie d’État du Saint-Siège et de la Curie romaine, les représentants des supérieurs et supérieures généraux des congrégations religieuses ainsi que des experts. Plusieurs victimes d’abus étaient également présentes et leurs témoignages avaient resonné dans la salle du synode. Un an après ce sommet, présenté comme «une réunion de pasteurs, et non un congrès d’études», le père Hans Zollner, directeur du Centre pour la protection des mineurs de l’Université pontificale Grégorienne et membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, dresse un bilan d’étape.

Il y a un an, se tenait au Vatican le sommet sur la protection des mineurs. Quelles actions et décisions concrètes ont été prises depuis février 2019 et qu'est-ce qui a changé dans la manière dont l'Église aborde la question ?

Nous avons eu neuf lois, en particulier “Vos estis lux mundi”, “Vous êtes la lumière du monde" (Motu Proprio) qui ont introduit de nouvelles normes concernant par exemple l'obligation de créer un bureau pour recevoir les accusations dans chaque diocèse, cela implique également l'obligation de signalement auprès de l'autorité ecclésiastique compétente pour les prêtres ou les religieux lorsqu'ils ont connaissance d'abus ou qu’ils suspectent un abus. C’est aussi une première étape pour développer l’“accountability” c’est-à-dire la façon de rendre compte de la manière dont un évêque, un prêtre exercent leurs compétences et leur rôle face à ces questions.

Nous avons perçu qu'après la réunion de février 2019 de nombreux évêques, une fois rentrés dans leur pays, ont parlé de la rencontre qu'ils ont eue avec les victimes durant ces journées. Ils ont été très impressionnés et ont transmis ces échanges au sein de leur diocèse. Nous pouvons constater qu'il y a un changement général très visible notamment à travers les efforts de nombreuses conférences épiscopales d’une part pour revoir leurs lignes directives mais aussi pour la mise en œuvre du message du Pape François: écouter les victimes, rendre justice et s'engager dans la prévention des abus.

 

L'Église a reçu de nombreux témoignages positifs pour le courage et la transparence manifestés pendant et après ce sommet, mais certaines voix se sont aussi élevées réclamant encore d’avantage. Que répondez-vous ?

Je pense que le Pape François a vraiment fait beaucoup de choses. En décembre dernier, il a décidé d'abolir le secret pontifical dans les cas de violences sexuelles et d’abus sur mineurs commis par des membres du clergé. Donc à présent, personne ne peut se cacher derrière cette règle, qui existait jusqu'en décembre dernier, en ne collaborant pas avec les autorités civiles compétentes.

C'est un pas en avant décisif dans la transparence et il démontre que l'Église ne peut se considérer et ne peut être considérée comme une entité hors de l'État. Elle doit respecter les lois étatiques et doit coopérer avec les autorités lorsqu’elles demandent par exemple une pleine collaboration et de la documentation afin de rendre justice. Et le Pape poursuit sur cette voie, ce n'est pas terminé. Il y aura bientôt d'autres étapes visibles, préparées tout au long de l'année, respectant la nécessité d'aller au fond des choses et de bien les analyser. Nous voulons avoir un cadre complet de la situation et je pense que les décisions importantes arrivent les unes après les autres de manière à créer au fil du temps une culture de l'attention et de la prévention et surtout une culture au sein de l'Église de protection de la vie de chaque personne.

Aujourd’hui, émerge la question des abus sur les religieuses. Que peut-on dire et surtout que faut-il faire ?

La chose la plus importante, que me confirment de nombreuses victimes d'abus, c’est l’importance de l’écoute et en cela le Pape est vraiment un modèle parce qu'il a rencontré dans le passé et continue à rencontrer régulièrement des victimes d'abus. Cela devrait être un exemple pour tous les responsables, en particulier les religieux ou le clergé diocésain, qui doivent écouter, être sensibles et ne pas refuser, ne pas décourager les religieuses quand elles commencent à parler de leur souffrance ou de la souffrance d’autres sœurs qui ont subi des crimes. L'écoute est donc essentielle, avant de pouvoir entamer un dialogue pour savoir ce qui peut être proposé en termes d'aide, de thérapie, de soutien ou en essayant de comprendre comment il faut changer les structures de la communauté religieuse, entre les communautés religieuses et entre celles-ci et les institutions diocésaines. Souvent, ce sont aussi les dépendances économiques ou professionnelles qui transforment les religieuses en proies des prêtres qui les abusent non seulement sexuellement mais au niveau du travail et créent une dépendance spirituelle.

20 février 2020, 18:47