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Le sommet de femmes juges et procureures africaines sur la traite s'est tenu à la Casina Pio IV Le sommet de femmes juges et procureures africaines sur la traite s'est tenu à la Casina Pio IV 

Vatican: des magistrates africaines engagées contre la traite

Une cinquantaine de femmes juges ou procureures venant essentiellement du continent africain ont pu échanger pendant deux jours, ce jeudi 12 et vendredi 13 mars, à la Casina Pio IV, rassemblées pour la deuxième fois par l’Académie pontificale des Sciences sociales. Leur première rencontre a eu lieu l’an dernier.

Entretiens réalisés par Marie Duhamel – Cité du Vatican

Le Vatican a offert cette semaine une plateforme d’échange à des magistrates venant de tout le continent africain, qui sont au quotidien engagée dans la lutte contre la traite humaine et le crime organisé.

Depuis 2016, l’Union africaine estime que près de 3 millions d’adultes et un demi-million d’enfants sont victimes du travail forcé, du trafic des personnes et de l’esclavage moderne, un fléau que ne cesse de dénoncer le Pape François.

Outre trois délégations importantes en provenance du Nigéria, du Kenya ou de Tunisie, de nombreux pays étaient représentés: Niger, Afrique du Sud, Angola, Ghana, Botswana, Liberia ou Malawi.

Situation en Côte d’Ivoire et au Bénin

Marie-Chantale Koffi est une des 150 femmes juges de son pays. En Côte d’Ivoire, la traite a, explique-t-elle, trois visages : des jeunes de la sous-région arrivés avec de présumés parents dans le pays, pour y être, par eux, exploités ; des jeunes ivoiriens envoyés par des intermédiaires pour travailler dans les pays du Maghreb ou dans les Émirats ; enfin, et ce sont les cas les plus fréquents, des jeunes femmes de la campagne qui, pour aller travailler à la ville, se fient à des tiers, souvent des agences de recrutement qui perçoivent leur salaire à leur place et sans le leur reverser, ou de manière partielle.

La magistrate note une réduction des cas depuis le début des campagnes d’informations dans le pays en 2012. Les jeunes filles connaissent toujours plus leurs droits, notamment au smig. Au niveau juridique, le pays a depuis juin dernier un nouveau code pénal efficace pour défendre les victimes de la traite et punir les criminels, mais que tous les juges ne connaissent pas bien encore ce nouvel outil, précise la magistrate ivoirien.

Entretien avec Marie-Chantale Koffi

Le Bénin est un pays de transit vers le Liban, le Nigeria ou le Koweit, explique Aubierge Olivia Lucette Hungbo-Kploca, une des 30 juges femmes en fonction dans le pays. Le problème majeur concernant la traite reste le «phénomène de l’enfant placé».

Dans les zones rurales, «les parents se laissent aller à l’espoir d’un mieux-être pour leur enfant», en l’envoyant en ville où il est confié à un tiers, «une tante, une connaissance» qui est sensée le protéger mais qui, parfois, l’exploite en le plaçant dans des maisons où l’enfant se retrouve domestique. Le petit peut aussi être contraint de travailler dans des carrières ou des buvettes, ou forcé à la prostitution.

Aujourd’hui, les juges béninois ont un texte sur lequel s’appuyer pour sanctionner les trafiquants. Aubierge Olivia Lucette Hungbo-Kploca note cependant que l’ensemble des acteurs ne comparaissent pas toujours en justice. Il arrive que l’enfant demeure introuvable, lorsqu’il a été envoyé par exemple à l’étranger. «Parfois, les décisions tardent» car il faut laisser le temps aux enquêteurs de faire leur travail: de démanteler des réseaux ou de retrouver l’enfant disparu. En cas de décès, les peines sont plus sévères. Pour en finir avec la traite des enfants, la magistrate trouverait judicieux de créer un observatoire où tous les acteurs engagés contre ce fléau puissent échanger en temps réel. 

Entretien avec Aubierge Olivia Lucette Hungbo-Kploca

Depuis 2016, l’Union africaine estime que près de 3 millions d’adultes et un demi-million d’enfants sont victimes du travail forcé, du trafic des personnes et de l’esclavage moderne, un fléau que ne cesse de dénoncer le Pape François.

14 décembre 2019, 15:05