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Qu’est-ce que l'homme ? La réponse de la Bible expliquée par les théologiens du Pape

La Commission biblique pontificale publie ce lundi 16 décembre 2019 un document intitulé «qu’est-ce que l’homme (ps 8, 5), un itinéraire d’anthropologie biblique», qui est une étude systématique sur la vision anthropologique des Écritures, de la Genèse à l'Apocalypse. Selon le père jésuite Pietro Bovati, membre de la commission, les textes sacrés contiennent des principes de réflexion sur les grandes questions contemporaines.

Alessandro De Carolis - Cité du Vatican

Comment ce document, que nous pourrions aussi définir comme une enquête sur l'homme, sa nature, telle que présentée dans la Bible, est-il né ?

Le point de départ est lointain et renvoie aussi à la question qui vient du Concile Vatican II, en particulier dans «Gaudium et spes» sur la relation de l'Église dans le monde, où l'on s’interroge justement sur la société, la réalité de l'homme et l'on voit émerger cette question fondamentale sur le sens de la vie, sur l'histoire des hommes, sur ce qu’est, au fond, cette créature de Dieu faite à son image et ayant un destin - on l'espère - merveilleux. Cette interrogation, qui est ancienne, a pris aujourd'hui les dimensions d'un questionnement très aigu. Ce sont les questions sur le sens de l'origine, sur la manière dont l'homme agit, sur les valeurs et le destin qui sont les siens. Le Pape a voulu que ce thème soit abordé à partir des Écritures, qui sont le fondement et l'âme de toute réflexion chrétienne. A la base, il y a donc une question : qu'est-ce que l'homme ? Cette question parcourt l'ensemble de la Bible comme un itinéraire. Il faut une sage compréhension pour comprendre tous les différents aspects de la dimension humaine, et ne pas se concentrer sur un seul en particulier. Nous devons nous laisser guider par l'Écriture, par ses textes fondateurs, qui sont Genèse 1,3, puis par le chemin de la Bible, à travers les différentes dimensions de la sagesse, de la prophétie et de l'Évangile ; l'Écriture enseigne la vérité de l'homme. Ceci avec une mythologie de la théologie biblique qui ne répond pas à toutes les questions, mais qui donne, dans un certain sens, les principes fondateurs pour un discernement du sens de l'homme dans l'Histoire.

L'étude est divisée en quatre chapitres dans lesquels vous abordez quatre questions spécifiques. Pouvons-nous résumer ce qu'ils sont ?

Le premier chapitre concerne la conception de l'être humain comme «créé par Dieu», avec deux composantes : celle de la poussière, c'est-à-dire que l'homme est fait de poussière. Nous avons donc là une dimension de fragilité et de mortalité inscrite dans notre propre constitution, mais en même temps, avec un don spirituel exceptionnel qui est appelé le souffle de Dieu. C'est ainsi que le document s’attarde sur la manière dont l'Ecriture parle de ces deux aspects : la fragilité de l'homme, sa faiblesse, sa peur de mourir. Et puis aussi, son extraordinaire qualité de personne semblable à Dieu, dotée du souffle de Dieu, capable de prophétie, de sagesse et ayant en lui un principe d'immortalité. Ceci est le premier chapitre.

Si le premier chapitre explore l'homme-créature, le second explore l'homme en relation avec la Création....

La Genèse dit que l'homme est placé dans un jardin. C'est ainsi que nous abordons ici les thèmes de l'alimentation avant tout, car le jardin est le lieu où l'homme se nourrit. La nutrition est, même à l’ère de la modernité, une question anthropologique très importante, à la fois en raison du manque de nourriture et parce que la nourriture d'aujourd'hui est développée dans ses composants de qualité toujours meilleure.  Ensuite, il y a le thème du travail, parce que l'homme est placé dans le jardin pour travailler. Qu'est-ce que cela veut dire ? Quelle est la valeur du travail dans l'histoire de l'humanité ? Enfin, il est mis en contact avec les animaux et donc avec tout le soin de la Création, en tant que dimension de la responsabilité humaine.

L'un des chapitres qui traite des thèmes liées aux questions «sensibles» et qui fait actuellement l'objet de nombreux débats est le troisième...

Le troisième chapitre, le plus complexe, concerne la réalité relationnelle anthropologique. Dieu a placé l'homme dans le jardin et l'a créé homme et femme, la relation fondamentale d'amour qui existe et dont naissent les enfants et donc la relation qui s'établit entre parents et enfants, puis entre frères : la relation fraternelle. Ces trois dimensions de l'amour - l'amour conjugal, l'amour paternel et filial, puis l'amour fraternel - constituent, dans un certain sens, le plan que Dieu veut pour les hommes et le défi de l'Histoire pour que cela se réalise. Il est logique qu'il y ait dans ce chapitre des thèmes très importants comme le mariage, la sexualité, mais aussi le thème de la guerre, la violence et le thème des relations entre parents et enfants qui semble aujourd'hui très problématique. Que dit la Bible à ce sujet ? Cela me semble être une contribution de grande importance et certainement très attendue. C'est aussi l'un des points sur lesquels, lorsqu'on nous a demandé d'en parler, nos supérieurs avaient le plus insisté.

Dieu crée l'homme, lui donne une direction et la Bible est l'histoire et le symbole de cette relation à la fois exaltante et souffrante dans le temps. Comment l'avez-vous analysée ?

Dans le quatrième chapitre, nous parlons de l'homme qui est soumis à la Loi, qui a un devoir à accomplir, une obéissance à poursuivre. Le document montre comment l'Ecriture parle de sa fragilité dans sa difficulté à obéir au commandement de Dieu, avec les conséquences tragiques de la désobéissance qui se développe comme sécheresse, mort et douleur. Comment Dieu intervient-il dans cette Histoire ? Avec son processus salvifique, de manière à donner cette vue d'ensemble, cette parabole de la vie de l'homme, un caractère non pas négatif mais d’y voir le triomphe de la grâce, du pardon et du salut. Ainsi, l'Histoire n'est pas une histoire de misère humaine, mais l'histoire de la gloire de Dieu dans l'homme.

Le document répond aussi à des thématiques spécifiques qui, aujourd’hui, sont d’actualité, mais cela n’était pas le cas à l’époque où la Bible a été écrite ? Je pense par exemple à la question du genre…

Il nous semble que nous avons répondu précisément à ce que l'Église nous demande, c'est-à-dire de ne pas dire des choses qui ne sont pas ce que la Bible nous présente. Nous avons donc convenu d'aborder ces questions, en respectant le niveau d'information que nous avons dans les Écritures. Il y a des questions que les personnes se posent aujourd'hui qui ne trouvent pas de réponse immédiate et précise dans les Écritures, parce que les situations culturelles des temps anciens ne sont pas les nôtres. Nous formulons donc, même dans ces questions, quelques principes, comme l'importance de la différence inscrite dans la création elle-même, comme un élément pour comprendre le dessein de Dieu, même par rapport à chaque créature individuelle. C'est un principe qui peut aider, peut-être, d'autres disciplines théologiques, psychologiques, pastorales à les développer ensuite de manière appropriée en tenant compte des circonstances, des cultures, des réflexions qui proviennent aujourd'hui aussi du monde de la sagesse. Donc la Bible offre quelques principes, quelques indications utiles pour une réflexion qui, cependant, est aussi confiée à d'autres interprètes de la pensée chrétienne, tels que les théologiens, moralistes, pasteurs, afin de pouvoir répondre de manière plus adéquate à la question que l'homme adresse en tout cas à l'Église.

En plus d'étudier la Bible, votre travail a-t-il été guidé par le Magistère des Papes ?

Nous avons, bien sûr, gardé à l'esprit toute la tradition chrétienne, parce qu'aucune pensée n'est née de rien. En même temps, nous avons voulu faire un travail préliminaire, c'est-à-dire montrer ce que dit vraiment l'Ecriture. Un travail qui, jusqu'à présent, n'avait jamais été fait, parce qu'habituellement le théologien cite ici et là un texte qu'il considère utile et important pour son argument. Au lieu de cela, nous avons voulu faire un travail systématique, afin d'offrir un chemin de ce que la Bible dit sur toute la complexité de l'être humain. En offrant ce chemin au théologien, nous suggérons de ne pas considérer l'Écriture comme un répertoire de déclarations isolées, mais plutôt de tenir compte de la valeur des déclarations individuelles dans leur contexte fondamental, de la première page de l'Écriture à la dernière, l'Apocalypse. Sans cette complexité, sans cette attention à la complexité des problèmes telle que la Bible la présente, même le discours du Magistère ne serait pas aidant.

Peut-on dire que c'est dans ce traitement systématique que l'on trouve la plus grande originalité du document ?

Je pense que oui, parce que nous n'avons pas seulement essayé de clarifier certains points ou de fournir une interprétation un peu plus mûre, plus complexe même que certains textes bibliques. L'originalité réside dans l'itinéraire, en offrant aux théologiens, aux personnes impliquées dans la transmission de la foi, une compréhension de l'homme plus complexe, plus organique, plus conforme à notre tradition biblique, sans superposer immédiatement des concepts que nous croyons peut-être consolidés, mais qui peuvent aussi être considérés, à la lumière de la Parole de Dieu, comme une des voies possibles pour comprendre le mystère de Dieu. Il y a des aspects qui sont simplement culturels, c'est-à-dire qui dépendent des moments historiques dans lesquels on vit. Mais quelle est la vérité ? Quelle est la vérité de l'homme ? La Bible donne quelques indications qui doivent être considérées comme absolument fondamentales pour tous.

16 décembre 2019, 14:32