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Messe de clôture du Synode des évêques pour l'Amazonie, Basilique Saint-Pierre, le 27 septembre 2019 Messe de clôture du Synode des évêques pour l'Amazonie, Basilique Saint-Pierre, le 27 septembre 2019  (Vatican Media)

Le développement de la doctrine est un peuple qui marche dans l'unité

Le Synode sur l'Amazonie a suscité un vif débat parmi les catholiques. Certains craignent que l'on puisse sortir du sillage de la Tradition. L'Histoire de l'Église nous montre le chemin de la fidélité.

Sergio Centofanti - Cité du Vatican

Deux mille ans d'histoire nous enseignent que le développement de la doctrine de l'Église est un peuple qui marche de façon unie. En traversant les siècles, l'Église voit et apprend de nouvelles choses, en grandissant toujours plus dans l'intelligence de la foi. Tout au long de ce chemin, de temps en temps, il y a quelqu'un qui s'arrête, quelqu'un qui court trop loin, quelqu'un d'autre qui prend un autre chemin.

Benoît XVI: ne pas congeler le Magistère

Les paroles de Benoît XVI dans la lettre écrite en 2009 sur la levée de l'excommunication des quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre, fondateur de la Fraternité sacerdotale de Saint Pie X, sont à cet égard significatives:

«On ne peut geler l’autorité magistérielle de l’Église à l’année 1962 – ceci doit être bien clair pour la Fraternité. Cependant, à certains de ceux qui se proclament comme de grands défenseurs du Concile, il doit aussi être rappelé que Vatican II renferme l’entière histoire doctrinale de l’Église. Celui qui veut obéir au Concile, doit accepter la foi professée au cours des siècles et il ne peut couper les racines dont l’arbre vit».

Rassembler le nouveau et l'ancien

Il faut tenir compte de ces deux éléments: ne pas figer le magistère à un moment donné et en même temps rester fidèle à la Tradition. Comme Jésus le dit dans l'Évangile : «C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien» (Mt 13,52). Ce qui signifie ne pas s'accrocher seulement aux choses anciennes, ni accepter seulement des choses nouvelles en les séparant des anciennes.

Ne pas s'arrêter à la lettre mais se laisser guider par l'Esprit

Il s'agit de comprendre quand est-ce qu'il y a développement de la doctrine fidèle à la Tradition. L'histoire de l'Église nous enseigne que nous ne devons pas suivre la lettre mais l'Esprit. En fait, si l'on prend comme point de référence la non-contradiction littérale entre textes et documents, on s'arrête sur le chemin. Le point de référence n'est pas un texte écrit, mais le peuple qui marche ensemble. Comme nous le lisons dans le Catéchisme de l'Église catholique : «Cependant, la foi chrétienne n’est pas une “religion du Livre”. Le christianisme est la religion de la “Parole” de Dieu, “non d’un verbe écrit et muet, mais du Verbe incarné et vivant”. Pour qu’elles ne restent pas lettre morte, il faut que le Christ, Parole éternelle du Dieu vivant, par l’Esprit Saint nous “ouvre l’esprit à l’intelligence des Écritures”».

Le grand saut vers le premier Concile de Jérusalem

S'il n'y a pas un tel regard spirituel et ecclésial, tout développement sera considéré comme la démolition de la doctrine et comme construction d'une nouvelle Église. C'est pourquoi nous devons avoir une grande admiration pour les premiers chrétiens qui, lors du Concile de Jérusalem au Ier siècle, ont aboli la tradition millénaire de la circoncision, alors qu'ils étaient juifs. Cela a dû être un vrai traumatisme pour certains de faire ce saut. La fidélité n'est pas l'attachement à une seule règle, mais le fait de marcher ensemble comme peuple de Dieu.

Les enfants non baptisés vont-ils au ciel?

L'exemple le plus frappant concerne peut-être le salut des enfants non baptisés. Nous parlons ici de la chose la plus importante pour un croyant: le salut éternel. Dans le Catéchisme tridentin, publié par le Pape saint Pie V par décret du Concile de Trente, nous lisons: «Les enfants n’ont pas d’autre moyen de salut que le Baptême». Et beaucoup se souviendront de ce que disait le Catéchisme de saint Pie X : «Où vont les enfants morts sans baptême? Les enfants morts sans baptême vont aux Limbes, où il n'y a ni récompense surnaturelle ni peine; car, souillés du péché originel, et celui-là seul, ils ne méritent ni le paradis ni non plus l'enfer ou le purgatoire».

Développement doctrinal de saint Pie X à saint Jean Paul II

Le Catéchisme tridentin date de 1566, le Catéchisme de Saint Pie X de 1912. Le Catéchisme de l'Église catholique approuvé en 1992, rédigé sous la direction du cardinal Joseph Ratzinger et sous le pontificat de Saint Jean Paul II, dit autre chose: «Quant aux enfants morts sans Baptême, l’Église ne peut que les confier à la miséricorde de Dieu, comme elle le fait dans le rite des funérailles pour eux. En effet, la grande miséricorde de Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés (cf. 1 Tm 2, 4), et la tendresse de Jésus envers les enfants, qui lui a fait dire : “Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas” (Mc 10, 14), nous permettent d’espérer qu’il y ait un chemin de salut pour les enfants morts sans baptême». La solution était donc déjà dans l'Évangile, mais nous ne l'avions pas vue pendant des siècles.

La question de la femme dans l'histoire de l'Église

L'Église a fait beaucoup de progrès sur la question de la femme. La prise de conscience accrue des droits et de la dignité des femmes a été saluée par Saint Jean XXIII comme un signe des temps. Dans la première Lettre à Timothée, saint Paul écrit: «Que la femme reçoive l’instruction dans le calme, en toute soumission. Je ne permets pas à une femme d’enseigner, ni de dominer son mari ; mais qu’elle reste dans le calme» (1 Tm 2,11-12). Ce n'est que dans les années 1970, sous le pontificat de saint Paul VI, que les femmes ont commencé à enseigner aux futurs prêtres dans les universités pontificales. Ici aussi, nous avions oublié que c'est d'abord une femme, Marie Madeleine, qui annonça aux apôtres la Résurrection de Jésus.

La verité vous rendra libre

Un dernier exemple: la reconnaissance de la liberté religieuse et de la liberté de conscience, ainsi que de la liberté politique et de la liberté d'expression dans le Magistère de l'Église post-conciliaire. Un véritable saut par rapport aux documents des Papes du XIXe siècle, comme Grégoire XVI, qui dans l'encyclique “Mirari vos” définissait ces principes comme des erreurs empoisonnées. En comparant les textes, d'un point de vue littéral, il y a une grande contradiction, il n'y a pas de développement linéaire. Mais si nous lisons mieux l'Évangile, nous nous rappelons les paroles de Jésus: «Si vous demeurez fidèles à ma parole, vous êtes vraiment mes disciples; alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres» (Jn 8, 31-32).

La douleur des Papes

Les saints nous ont toujours invités à aimer les Papes, comme une condition pour marcher ensemble, unis à l'Église. Saint Pie X, s'adressant aux prêtres de l'Union Apostolique en 1912, affirmait avec «l’épanchement d'un cœur triste»: «Il semble incroyable, et il est même douloureux, qu'il y ait des prêtres auxquels il faille faire cette recommandation, mais nous sommes malheureusement de nos jours dans cette condition dure et malheureuse de devoir dire aux prêtres: aimez le Pape !» Jean-Paul II, dans sa lettre “Ecclesia Dei” de 1988, prend acte «avec beaucoup de tristesse» de l'ordination épiscopale illégitime conférée par Mgr Lefebvre, rappelant que «c'est surtout une notion de la Tradition, qui s'oppose au Magistère universel de l'Église lequel appartient à l'évêque de Rome et au corps des évêques, qui est contradictoire. Personne ne peut rester fidèle à la Tradition en rompant le lien ecclésial avec celui à qui le Christ, en la personne de l'apôtre Pierre, a confié le ministère de l'unité dans son Église». Et Benoît XVI, dans sa lettre de 2009 sur l'affaire lefebvriste, exprimait la même douleur: «J’ai été peiné du fait que même des catholiques, qui au fond auraient pu mieux savoir ce qu’il en était, aient pensé devoir m’offenser avec une hostilité prête à se manifester». Qui est catholique non seulement ne manque jamais de respecter le Pape, mais l'aime comme Vicaire du Christ.

Appel à l'unité: marcher ensemble vers Jésus

La fidélité à Jésus n'est donc pas fixée sur un texte écrit à un moment donné de ces 2000 ans d'histoire, mais elle est fidélité à son peuple, le peuple de Dieu qui marche uni vers le Christ, uni à son Vicaire et aux successeurs des Apôtres. Comme le Pape l'a dit hier à l'Angélus, à l'issue du Synode sur l'Amazonie:

«Qu’a été le synode? Il a été, comme le dit le mot, une marche ensemble, réconfortés par le courage et les consolations qui viennent du Seigneur. Nous avons marché en nous regardant dans les yeux et en nous écoutant, avec sincérité, sans cacher les difficultés, en faisant l’expérience de la beauté d’aller de l’avant unis, pour servir».

28 octobre 2019, 13:25