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En 2018, avant de devenir archiviste et cardinal, José Tolentino de Mendonça alors simple prêtre, avait assuré la prédication des Exercices spirituels de la Curie romaine à Ariccia. En 2018, avant de devenir archiviste et cardinal, José Tolentino de Mendonça alors simple prêtre, avait assuré la prédication des Exercices spirituels de la Curie romaine à Ariccia.  (Vatican Media)

Card. Mendonça: les Archives apostoliques, outil de fidélité à l’Évangile et à l’histoire

Le cardinal José Tolentino de Mendonça, archiviste et bibliothécaire de la Sainte Église romaine, commente dans un article publié par “L’Osservatore Romano” le motu proprio avec lequel le Pape François a décidé que les Archives secrètes du Vatican, au service du Saint-Siège depuis plus de 400 ans, seraient désormais appelées “Archives apostoliques du Vatican”, afin de surmonter de possible malentendus au sujet du terme “secret”.

Les Archives du Vatican ont une histoire séculaire, car elles ont été fondées vers 1611 par Paul V, lorsqu'il sépara plus clairement les collections d'archives de celles de la Bibliothèque du Vatican. C'était une tendance répandue dans les structures étatiques européennes de l'époque, où le nombre d'archives "secrètes", c'est-à-dire privées, disponibles spécifiquement pour le souverain, se multipliait. Mais, à l'instar de la bibliothèque voisine, refondée à l'époque humaniste par Nicolas V, les Archives du Vatican ne sont que le segment "moderne" d'une histoire beaucoup plus longue, presque deux mille ans, qui commence avec l'histoire de l'Église et suit et accompagne tout le chemin, presque de ses origines apostoliques à nos jours. Le vaste patrimoine documentaire accumulé au cours des siècles reflète véritablement le "transitus Domini", le chemin du Seigneur Jésus dans l'histoire des hommes à travers les événements de la communauté des croyants en Lui. Des événements qui reflètent inévitablement les lumières et les ombres des réalités humaines mais surtout l'effort d'une fidélité constante, souvent exprimée dans la sainteté et le martyre.

Léon XIII, en 1881, eut l'extraordinaire courage et la profonde clairvoyance d'ouvrir progressivement aux chercheurs du monde entier la consultation des documents rassemblés dans les Archives du Vatican. C'était vraiment une question de courage et de clairvoyance parce qu'avec cette décision, en surmontant aussi de nombreuses résistances internes, le Pape a brisé le climat de siège dans lequel les vicissitudes de l'histoire et de la culture avaient enfermé l'Église et le Saint-Siège. Et il l'a fait avec un geste qui nous apparaît aujourd'hui comme un geste de confiance en l'intelligence et la droiture humaines. À la fin de ce qu'on a appelé le "siècle de l'histoire", le Pape a affirmé avec force, dans la célèbre lettre Saepenumero considerantes (18 août 1883), la conviction qu'il ne faut pas avoir peur de la recherche, qu'il ne faut pas avoir peur de dire la vérité ou oser dire le faux. La sagesse de Cicéron se combinait ainsi avec la certitude évangélique que la Vérité nous libérerait. L'histoire "moderne" des Archives du Vatican vient d'ici. En l'espace de quelques décennies, ce qui avait été un dépôt vénérable et précieux de documents, qui avait servi le Pape et la Curie dans le gouvernement de l'Église, mais qui avait aussi alimenté en copies et en transcriptions les œuvres historiques majeures, du Baronio à la Monumenta Germaniae historica, devint aussi un centre actif d'études et de recherches dans lequel des instituts et des chercheurs historiques du monde entier se réunissaient et continuent à se réunir, sans discrimination de foi, de nationalité et de culture.

La décision du Pape François de changer l'adjectif «secret» en «apostolique» pour nom des Archives s'inscrit dans le droit fil de la décision de Léon XIII et de ses successeurs. La connotation lugubre et opaque qui accompagne désormais le terme "secret" dans la sensibilité et l'imagination rend cette démarche nécessaire, puisque la valeur originelle du "secret" a été perdue, dans le sens simplement de "privé" ("secretum" pour être "secret", donc "réservé", c'est-à-dire, à la disposition du souverain et son gouvernement). Mais le terme "apostolique" est attesté historiquement déjà au XVIIe siècle, au siècle de la naissance des Archives du Vatican moderne. Il rivalise souvent avec l'adjectif qui prévalait alors historiquement et exprime d'une certaine manière le même concept, il l'élève et le renforce. Les Archives du Vatican sont les Archives du Pape, de sa Curie ; elles sont donc pleinement et véritablement "apostoliques", c'est-à-dire nécessaires et indispensables au successeur de l'apôtre Pierre dans son service à l'Église universelle. Mais ces Archives, profondément "catholiques" parce qu'elles reflètent la vie de l'Église universelle et du monde entier, est partagée, sans crainte, avec des chercheurs du monde entier, avec un geste de confiance et d'ouverture qui est l'apologie la plus certaine et convaincante de notre foi.

Le choix du Pape François a une autre conséquence, heureuse et significative. A partir de ce moment, le premier adjectif qui caractérise les noms des Archives et de la Bibliothèque devient le même. Les deux institutions sont "apostoliques" en ce sens qu'elles sont au cœur de la mission de l'Église d'annoncer au monde le salut de Jésus Christ. Les Archives et la Bibliothèque ne sont pas un joyau et un luxe du passé, mais sont toujours une ressource pour l'avenir, pour comprendre et interpréter l'histoire des hommes, dont elles sont un miroir incomparable et fidèle. Comme l'a dit le Pape François lors d'une visite aux Archives le 4 décembre 2018, les Archives ne sont pas seulement un endroit pour préserver le passé, mais aussi une occasion d'assister à l'avenir. Le Motu Proprio est donc un acte de fidélité à l'Évangile et, en même temps, à l'histoire, et nous devons en être reconnaissants au Pape François.

29 octobre 2019, 16:56