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Le Pape saluant deux évêques de République populaire de Chine, en octobre 2018, au début du Synode sur la foi, les jeunes et le discernement vocationnel. Le Pape saluant deux évêques de République populaire de Chine, en octobre 2018, au début du Synode sur la foi, les jeunes et le discernement vocationnel. 

Saint-Siège-Chine: la porte est ouverte

Un livre sur l’Accord signé il y a un an entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine a été présenté ce jeudi 26 septembre à Rome.

Alessandro Gisotti

«Une porte s’est ouverte, et elle peut difficilement être refermée». C’est avec cette image efficace que Mgr Claudio Maria Celli a synthétisé la valeur de l’Accord provisoire signé à Pékin entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine, le 22 septembre 2018. Un an après, l’occasion de tirer un premier bilan a été donné par la présentation, hier à Rome, du livre intitulé L’Accord entre le Saint-Siège et la Chine. Les catholiques chinois entre passé et futur, rédigé par Agostino Giovagnoli et Elisa Giunipero, avec une préface du cardinal Pietro Parolin. Cet ouvrage en italien est édité par la Urbaniana University Press. Romano Prodi, Andrea Riccardi et le père Federico Lombardi ont participé à la table ronde, modérée par l’actuel président de la Communauté de Sant’Egidio, Marco Impagliazzo.

Dans une Salle Benoît XIII bien remplie, les présences du chef du bureau politique et du premier secrétaire de l’ambassade de la République populaire de Chine en Italie ont été particulièrement remarquées. Cela représente un signe visible de ce changement de climat, à l’enseigne de la confiance et du respect, qui a été évoqué par tous les intervenants qui se sont succédés dans la présentation du livre. Témoin et protagoniste depuis les années 1980, sous le pontificat de saint Jean-Paul II, du processus de rapprochement entre la Cité éternelle et l’Empire du milieu, Mgr Celli a souligné qu’il est correct de présenter l’Accord comme historique, même s’il est provisoire et limité à la question des nominations épiscopales, car grâce à celui-ci, pour la première fois depuis 70 ans, tous les évêques chinois sont maintenant en communion avec le Successeur de Pierre et avec les autres confrères dans l’épiscopat. Il a donc souligné que cet Accord est le fruit du «dialogue opérationnel» soutenu et encouragé par le Pape. Cet engagement est en harmonie profonde avec l’attention spéciale pour la Chine et pour les catholiques chinois montrée par les Papes au cours du XXe siècle, et d’une façon spéciale par les deux derniers prédécesseurs de François. L’ancien sous-secrétaire pour les Rapports avec les États a ainsi mis en évidence l’importance des Orientations pastorales du Saint-Siège concernant l’enregistrement civil du clergé en Chine, publiées le 28 juin dernier. Mgr Celli a expliqué que ce document montre que l’amour pour son propre pays l’exigence tout autant ressentie d’être authentiquement catholique ne sont pas en contradiction.

Pour sa part, Romano Prodi a mis l’accent sur les retombées sociales et géopolitiques de cette décision pour la Chine, qui a connu des changements vertigineux ces 30 dernières années. Pour l’ancien président de la Commission européenne, la signature de l’Accord a été rendue possible en ce moment historique aussi parce que, avec le pontificat du Pape François, les autorités chinoises ont perçu l’Église catholique comme toujours plus universelle et moins occidentale. Cette condition favorise une convergence entre Rome et Pékin sur des terrains jusqu’alors inexplorés. Andrea Riccardi s’est également arrêté sur la signification multilatérale et non seulement sino-vaticane de l’Accord, en montrant qu’il représente, même symboliquement, la conclusion d’une fracture qui s’était ouverte dans la seconde moitié du XXe siècle, pour ensuite s’étendre jusqu’à nos jours. Pour le fondateur de la Communauté de Sant’Egidio, la capacité qu’ont montré le Saint-Siège et la Chine pour résoudre un conflit de 70 ans est un signe «d’intelligence et de flexibilité», deux talents qui caractérisaient deux grandes figures de la diplomatie vaticane, récemment décédées : les cardinaux Achille Silvestrini et Roger Etchegaray.

Andrea Riccardi a conclu son intervention en observant que, maintenant, «le catholicisme chinois doit se repenser», il doit trouver un nouvel espace pour le futur. Le père Federico Lombardi a conclu les interventions en rappelant que le chemin qui a mené à la signature de l’Accord a été marqué aussi par de nombreuses histoires de souffrance. Pour l’ancien directeur de la Salle de Presse, il ne faut pas considérer cette entente historique comme un mérite exclusif des responsables chinois et du Saint-Siège. L’Accord est né de la fidélité des catholiques chinois et de leurs évêques au long de décennies difficiles et douloureuses, a souligné le jésuite. Il a relevé que si ces catholiques chinois n’avaient pas été liés spirituellement d’une façon si extraordinaire au Pape, les gouvernants ne se seraient pas rendu compte de la solidité de cette communion, et les conditions pour arriver à la signature de l’Accord n’auraient pas été réunies.

27 septembre 2019, 11:38