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Le Cimetière teutonique du Vatican, le plus ancien cimetière allemand de Rome.  Le Cimetière teutonique du Vatican, le plus ancien cimetière allemand de Rome.   (Vatican Media)

Affaire Orlandi: quels examens après l’ouverture des tombes au Vatican

Entretien avec Giovanni Arcudi, l'anthropologue judiciaire, l'un des plus éminents experts dans ce domaine, chargé par la justice du Vatican d'examiner les ossements et de prélever des échantillons pour les tests ADN.

Andrea Tornielli - Cité du Vatican

Deux tombes du Cimetière teutonique à l'intérieur des murs du Vatican seront ouvertes demain, jeudi 11 juillet, afin de vérifier - selon l'ordre du Promoteur de Justice de l'Etat de la Cité du Vatican – si ces sépultures contiennent les restes d'Emanuela Orlandi, fille d’un employé du Vatican, disparue depuis 36 ans.

Cette affaire tient l’Italie en haleine depuis la disparition de la jeune fille âgée de 15 ans, le 22 juin 1983. Le dossier Orlandi est cité régulièrement et mis en lien avec d’autres affaires: de l’attentat contre Jean-Paul II en 1981, à l’organisation criminelle romaine dite «la bande de la Magliana», aux dossiers liés à la banque du Vatican ou encore à une sombre affaire d’abus sexuel. Autant d’hypothèses qui n’ont jamais été corroborées par la moindre preuve. 

 

C’est pour répondre à une requête de la famille Orlandi que la justice vaticane a disposé l’ouverture de deux tombes: le «Tombeau de l'Ange» dans lequel est enterrée la Princesse Sophie von Hohenlohe, décédée en 1836, et le tombeau adjacent dans lequel est enterrée la Princesse Carlotta Federica de Mecklenburg, décédée en 1840.

Le soutien à l'autorité judiciaire sera assuré par un personnel qualifié du Centre opérationnel de sécurité de la gendarmerie du Vatican. Giovanni Arcudi, l'un des plus grands experts en anthropologie légale et professeur de médecine légale à l'Université Tor Vergata, se chargera de l'analyse des découvertes et du prélèvement d'échantillons pour l'examen ADN, en présence de l'expert et de l'avocat de la famille Orlandi.

Professeur, que se passera-t-il quand vous commencerez les opérations au Cimetière teutonique ?

Nous sommes chargés d'ouvrir deux tombes dans lesquelles nous présumons trouver des restes à l'état squelettique. Si c'est le cas, comme nous pouvons le supposer, j'appliquerai les protocoles internationaux utilisés pour l'identification des restes squelettiques afin de procéder à leur classification, à leur datation et à tous les  diagnostics qui peuvent être faits en anthropologie légale, afin d'établir l'âge, le sexe, la taille, etc.

Dans cette première phase, aucun instrument spécifique ne sera donc utilisé ?

Dans cette phase, il s'agit d'une enquête d'anthropologie judiciaire, qui a précisément pour but d'établir des diagnostics par l'examen morphologique des os. Nous prendrons chaque ossement pour voir quelles sont ses caractéristiques et sur cette base, nous définirons tous les diagnostics que je viens de vous mentionner. Nous avons préparé, comme nous le faisons dans ce cas, une ordonnance protocolaire, qui peut subir des variations en fonction de ce que nous trouverons après l'ouverture des tombes, si nous sommes confrontés à des conclusions différentes de celles que nous attendons.

Supposons que, sous les tombes, vous trouvez les deux corps des personnes qui sont censées effectivement y avoir été enterrées. Que se passera-t-il ?

Nous commencerons à étudier les deux squelettes séparément, en débutant par l'extraction, le nettoyage, le placement sur une table anatomique des structures osseuses et la réalisation pour chacune de ces structures osseuses de tous les examens des aspects morphologiques qui sont normalement réalisés en anthropologie légale.

Dans quels délais se feront ces examens? Combien de temps durera votre intervention?

Je ne peux pas prédire maintenant quels seront les temps d'exécution car cela dépend, précisément, de l'état, de la qualité et de la quantité des restes que nous trouverons. je ne pourrai donc dire immédiatement s'il s'agit d'un squelette entier ou non. Ce sont des paramètres qui à l'heure actuelle rendent difficile la définition de délais. Les temps d'exécution peuvent être de trois, quatre ou cinq heures, car il s'agit ici de deux tombes. Cependant, ces temps peuvent subir - et d'après mon expérience, je dis que parfois - ou souvent - ils subissent des retards dus précisément à ce qui se présente au fur et à mesure de l'analyse. Il peut y avoir des imprévus: des difficultés d'identification morphologique, par exemple, dues à la détérioration des os. N'oublions pas que nous parlons d'ossements - c'est une hypothèse, bien sûr - vieux de plus de 150 ans. Il est clair que, selon l'état dans lequel ils ont été conservés, ils peuvent avoir subi une détérioration nulle ou significative. Tout dépend des conditions environnementales, du microclimat dans lequel ils se trouvent, de l'humidité, de la présence d'infiltrations, d'actions possibles de la microfaune. C'est l'état de conservation des os qui déterminera le temps nécessaire; un temps, évidemment, imprévisible avant l'ouverture des tombes.

Dès le premier examen morphologique, vous pourriez donc avoir une idée de la datation?

Oui, à partir de cette première analyse des os, nous pourrons assurément proposer une datation, certes approximative. Pour les périodes qui nous sont utiles - 50, 100, 200 ans - nous pouvons le faire. On peut distinguer s'il s'agit d'un os vieux de 10 ans ou s'il est là depuis 50 ou 150 ans. Nous pourrons diagnostiquer le sexe si les structures osseuses sont bien préservées. Après ce premier examen, on pourrait même parvenir à exclure l'hypothèse que les restes squelettiques appartiennent à des personnes différentes de celles qui y ont été enterrées.

Mais que se passerait-il si l'on découvrait d'autres restes humains ?

Il est évident que si, par exemple, des ossements appartenant à des individus différents étaient retrouvés dans la même tombe, les délais d'analyse seraient plus longs. Nous pourrions recourir à un examen d'odontostomatologie et de la dentition, à partir desquels on peut remonter jusqu'à leur âge. On peut aussi, je fais un hypothèse, voir si un traitement dentaire remonte au XIXe siècle ou si au contraire il est plus récent.

Professeur, pour exclure avec certitude que les restes contenus dans les tombes appartiennent à Emanuela Orlandi, faudra-t-il attendre le test ADN ?

Outre l'examen morphologique des os, l'examen de l'ADN se fera de toute façon pour obtenir des certitudes et exclure de manière définitive et catégorique que dans les deux tombes se trouvent des restes de la pauvre Emanuela.

Quels délais prévoyez-vous pour le résultat du test ?

Je ne suis pas responsable des tests ADN, je m'occupe du prélèvement des échantillons. Le temps nécessaire à l'extraction de l'ADN varie considérablement - dans n'importe quel laboratoire du monde - en fonction de l'état de conservation des restes osseux. Il peut varier. Cela peut prendre 20 jours, 30 jours et même 60 jours parce que parfois il est nécessaire de répéter le test. En gardant à l'esprit que pour l'identification nous avons besoin de l'extraction de l'ADN «nucléaire», qui subit une dégénérescence, des variations importantes liées à des événements atmosphériques. Nous pouvons extraire plus facilement un ADN mitochondrial, mais cela ne nous permet pas de faire des analyses comparatives ou d'établir le profil génétique.

Allez-vous travailler seul?

Non, je serai là avec mon équipe, car ce sont des examens qui doivent être faites avec un minimum d'aide, pour la mesure des ossements, pour la description de chaque pièce. J'aurais deux collaborateurs. Nous utiliserons les protocoles et les méthodes qui sont utilisés dans toutes les enquêtes d'anthropologie légale, indépendamment de l'importance et de la connotation de l'affaire. C'est ce qui se fait et que nous faisons toujours, pour obtenir des résultats qui répondent à toutes les exigences de l'enquête judiciaire.

10 juillet 2019, 11:14