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Il y a 90 ans, la signature des Accords du Latran

Après des décennies de crise autour de l’épineuse «question romaine», la signature de ces accords permet une normalisation des relations entre l’Italie et le Saint-Siège, et la création de l’État de la Cité du Vatican.

Entretien réalisé par Manuella Affejee- Cité du Vatican

Ces accords, comprenant à la fois un traité et un concordat, mirent fin à près de 60 ans d’une crise acerbe entre l’Italie et le Saint-Siège. Pour en comprendre les origines et les ressorts, il faut remonter à 1870, année au cours de laquelle le roi Victor-Emmanuel II parachève l’unité politique de la péninsule en annexant les États pontificaux et la ville de Rome, qui devient ainsi la capitale du royaume d’Italie. Bien que les honneurs de chef d’État lui soient toujours reconnus et que le contrôle sur le Vatican et Castel Gandolfo lui soit assuré, le Pape Pie IX refuse de reconnaitre l’État italien; il enjoint les catholiques à ne pas participer à la vie civile du pays et se déclare «prisonnier» du Palais apostolique.

Déblocage dans les années 1920

Durant 50 ans, de timides tentatives de dialogue se succèdent, mais sans succès et la «question romaine» s’enlise au gré des incompréhensions.  Il faut attendre 1926 pour voir débuter un long et complexe chemin de négociations entre le Saint-Siège et le gouvernement italien, dirigé à l’époque par Benito Mussolini. Pour le Pape Pie XI (1922-1939) et son secrétaire d’État le cardinal Gasparri, le but était double: faire retrouver au Saint-Siège une assise territoriale reconnue qui lui permette de mener à bien sa mission sur la scène internationale, et sauvegarder la vie de l’Église sur la péninsule.

Un traité territorial et un concordat

Le 11 février 1929 au Palais du Latran, les deux parties signent un traité et un concordat réglant les questions politiques, financières et religieuses en suspens depuis 60 ans. En pratique, le Saint-Siège reconnait le Royaume d’Italie avec Rome pour capitale, tandis que l’Italie reconnait la souveraineté du Saint-Siège sur tout le territoire du Vatican, ainsi que sur quelques bâtiments au cœur de la ville éternelle, dont 3 basiliques majeures. Le petit État dispose en outre de services publics, comme une gare, une poste, une radio (qui commencera à émettre tout juste deux ans plus tard, le 12 février 1931) et peut battre monnaie. Le Pape est reconnu comme chef temporel de l’État de la Cité du Vatican, détenteur des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

Le concordat confère au catholicisme le statut de religion d’État, une disposition qui sera abolie en 1984. Il reconnait l’indissolubilité du mariage et rend obligatoire l’enseignement religieux dans les écoles publiques, des mesures particulièrement chères à Pie XI. L’État italien s’engage enfin à verser un dédommagement au Saint-Siège en compensation des territoires perdus.

Johan Ickx est le directeur des Archives historiques de la Secrétairerie d’État. Il revient avec nous sur la genèse de ces accords, sur les raisons qui  y ont présidé, sur les exigences portées par le Pape Pie XI, et sur les implications de la signature de ces accords pour la mission de l’Église.

Entretien avec Johan Ickx
11 février 2019, 07:09