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Le Pape quitte l'église saint François d'Assise de Panama, après sa rencontre avec les évêques centraméricains, jeudi 24 janvier 2019. Le Pape quitte l'église saint François d'Assise de Panama, après sa rencontre avec les évêques centraméricains, jeudi 24 janvier 2019.  Éditorial

Une Église humble qui se laisse blesser

Le discours du Pape aux évêques centraméricains, entrelacé des citations de saint Oscar Romero, offre des clés de lecture pour appréhender le message du Pape pour la Journée des Communications et la rencontre pour la protection des mineurs.

Andrea Tornielli – Panama City

«Sentir avec l’Église», devise épiscopale de saint Oscar Arnulfo Romero, archevêque de San Salvador, martyrisé par les escadrons de la mort alors qu'il célébrait sur l'autel, est véritablement le fil rouge du discours du Pape devant les évêques centraméricains en l’église Saint François d’Assise de Panama, lors de sa première journée aux JMJ 2019.

Une fois de plus, le Souverain pontife a tracé une sorte de cadre pastoral utile pour comprendre la situation actuelle de l’Église.

François a souligné avant toute chose que «sentir avec l’Église» signifiait expérimenter le don gratuit, «qui ne t’appartient pas» et «qui libère de tout prétexte et des tentations à se croire son propre maître et ses seuls interprètes». 

Dans une époque saturée de messages réduits à des slogans, où les accusations et les préjugés distillés par le web, se rappeler à l’instar du Pape, que «nous n’avons pas inventé l’Église, qu’elle n’est pas née avec nous, et qu’elle nous survivra» aide à descendre de son piédestal d’autosuffisance, de l’hyperactivisme, et des logiques fonctionnalistes, entrepreneuriales et managériales.  

L’Église, comme la lune, ne puise pas la lumière elle-même, mais elle la reçoit du véritable hélios, le Christ, comme l’énonçait saint Ambroise de Milan (340-397).

Pour Mgr Romero, «sentir avec l’Église» consiste à porter dans sa propre intimité toute la kénose du Christ - l’action de vider, de se dépouiller - explique le Souverain pontife.

Il est important de ne pas craindre d'approcher et de toucher les blessures de notre peuple, qui sont aussi nos blessures, et ce, à la manière du Seigneur.  

Le pasteur ne peut rester à l'écart de la souffrance de son peuple; en effet, on pourrait dire que le cœur du pasteur se mesure à sa capacité de se déplacer devant de nombreuses vies blessées et menacées. C'était le style de Romero et c'est l'indication que François donne aujourd'hui aux évêques en leur demandant d'assister à une Église humble et pauvre, fuyant le risque d'orgueil, d'arrogance et d'autosuffisance.

C’est aussi, au fond, la manière la plus authentique d’aborder la prochaine rencontre pour la protection des mineurs au Vatican avec les présidents des conférences épiscopales du monde entier. Une rencontre caractérisée par l’écoute des victimes qui ont survécu à ces abus et donc à leurs blessures, à partir desquelles nous devons nous aussi nous laisser blesser.

Le Pape, dans son discours, a également tenu à souligner que la kénose du Christ exige d'abandonner «la virtualité de l'existence et des discours pour écouter le bruit et l'appel constant des véritables personnes qui nous amènent à créer des liens».

Parce que les réseaux servent «à créer des contacts mais pas des racines», ils ne sont pas capables de nous donner un sentiment d’appartenance, ni de nous faire sentir partie d’un même peuple.

24 janvier 2019, 18:56