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Prédication de l'Avent dans la chapelle Redemptoris Mater, vendredi 7 décembre 2018 Prédication de l'Avent dans la chapelle Redemptoris Mater, vendredi 7 décembre 2018   (Vatican Media)

Première méditation du père Raniero Cantalamessa

Le père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale , a inauguré ce vendredi son cycle de méditations de l’Avent. Devant le Pape et les membres de la Curie romaine réunis dans la chapelle Redemptoris Mater du Palais apostolique, le prêtre capucin a parlé de la recherche du Dieu vivant.

Manuella Affejee- Cité du Vatican

Le père Cantalamessa avertit d’emblée : cette année, ses méditations ne feront aucune référence aux problèmes actuels. Trop de défis, trop de tracasseries quotidiennes peuvent en effet nous faire perdre de vue l’essentiel: notre relation personnelle à Dieu, sans laquelle il est justement impossible de faire face ou de répondre à tous les problèmes qui se posent.

Le thème choisi pour ces méditations de l’Avent est tiré du psaume 42 : «Mon âme a soif du Dieu vivant». A l’heure où beaucoup s’adonnent à une recherche passionnée d’êtres vivants en dehors de notre planète, il serait bon que nous recherchions et étudiions à notre tour «les signes de l’Être vivant qui a créé l’univers, qui est entré dans notre histoire et qui y vit». Le père Cantalamessa se propose ainsi d’aider à capter, à percevoir les signaux de ce Dieu vivant, de répondre à son appel, car Lui nous cherche depuis la création du monde. L’âme qui le cherche le trouvera inévitablement et pourra faire siennes les paroles de Sainte Thérèse d’Avila : «Dieu seul suffit».

Retour aux choses

Pour trouver le Dieu vivant, il faut sortir de «l’idée» pour revenir à la réalité, «revenir aux choses». «Briser, pour ainsi dire, le terrible mur de l’idée que nous nous sommes fait de lui et courir, les bras ouverts, à la rencontre de Dieu», découvrir qu’Il n’est pas une abstraction, un concept, mais bien une personne. A partir de ce postulat, débute une longue réflexion, truffée de références vétéro-testamentaires, patristiques et littéraires. Celle relative au philosophe français Jean-Paul Sartre s’avère particulièrement intéressante. Le père Cantalamessa cite un passage de La nausée, l’auteur se rend compte de l’existence des choses seulement en contemplant la racine d’un marronnier qui s’enfonce dans la terre. Il s’en tient à la simple constatation et ne va pas plus loin. Mais l’illumination de ce philosophe athée peut «servir de tremplin», nous aider, nous, dans la découverte de Dieu. «Les Pères n'hésitaient pas à mettre au service de la foi les intuitions de vérité présentes chez les philosophes païens, même chez ceux dont l'autorité se portait volontairement contre les chrétiens. Nous devons les imiter et faire de même à notre époque», suggère audacieusement le capucin. Cette histoire, en apparence anecdotique, doit nous déranger, éveiller quelque chose en nous, et nous rappeler ce devoir le qui est le nôtre : «découvrir que Dieu «est là», au point d’en avoir, nous aussi, pour un instant, le souffle coupé !». Ce serait là, ajoute le père Cantalamessa, «l’aventure de notre vie».

Dans cette optique originale, le prédicateur tente une relecture de l’épisode biblique du Buisson ardent à l’aune de l’expérience sartrienne. Il nous montre ainsi que Moïse fait une découverte fondamentale : que le Dieu de ses Pères existe, «qu’Il est, qu’il est une réalité présente et opérant dans l'Histoire, quelqu’un sur qui on peut compter». C’est ce qu’il avait besoin de comprendre à ce moment précis de sa vie.

Dieu, sentiment d’une présence

Le Dieu vivant ne peut se réduire à une idée. On ne peut l’enfermer dans un concept aussi élaboré soit-il. «Ce que nous pouvons faire, (…)  c’est aller au-delà ‘des signes ténus de reconnaissance que les hommes ont tracé à sa surface’, casser les petites coquilles de nos idées de Dieu, ou les ‘petits vases d’albâtre’ dans lesquels nous le gardons enfermé, de sorte que son odeur se dilate et ’remplisse la maison’», conseille le père Cantalamessa pour qui «nous devons croire en un Dieu qui est au-delà du Dieu auquel nous croyons !»

Le divin ne peut se définir, il ne peut qu’être suggéré. A cet égard, une image biblique s’avère éloquente : celle du rocher. Les Écritures l’utilisent presque comme nom personnel de Dieu. Cette métaphore, -jugée trop matérielle par les premiers traducteurs de la Bible-, «ne dit pas simplement ce que Dieu est, mais aussi ce que nous devons être». Si Dieu est un rocher, l’homme doit devenir «rochassier», il doit s’y tenir, s’y agripper. Cette insistance sur le Dieu-rocher, -rocher pour nous et non pas contre nous-, «vise à instaurer la confiance dans la créature, chassant ainsi la peur de son cœur».

«Dieu est, et cela suffit !»

Le prédicateur de la Maison pontificale conclut sur un épisode de la vie de Saint François, rapporté par ses biographes, Thomas de Celano puis Éloi Leclerc. Vers la fin de sa vie, le Poverello se désespérait de ce qu’il voyait autour de lui, notamment des déviations du style de vie primitif de ses frères. Jusqu’à ce que le Seigneur l’apostrophe directement, lui faisant comprendre qu’Il restait, lui, le patron principal de l’Ordre. Revigoré par cette admonestation, Saint François ne cessait de se répéter : «Dieu est, et cela suffit !». Une phrase simple que le père Cantalamessa invite à redire lorsque nous nous retrouvons confrontés à des situations similaires, et alors, «tous les nuages se dissiperont».

07 décembre 2018, 13:11