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Le cardinal Pietro Parolin (au centre), lors du Symposium organisé par la Fondation Ratzinger, le 15 novembre 2018 Le cardinal Pietro Parolin (au centre), lors du Symposium organisé par la Fondation Ratzinger, le 15 novembre 2018 

Le Saint-Siège face au défi de la défense des droits de l’homme

Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, a prononcé un discours ce 15 novembre, à la fin de la première journée du Symposium international organisé à Rome par la Fondation Joseph Ratzinger – Benoît XVI. Devant l’assemblée rassemblée pendant deux jours autour du thème «Droits fondamentaux et conflits entre les droits», il a réaffirmé l’engagement de l’Église pour la dignité de l’homme dans divers domaines du droit.

Giada Aquilino - Cité du Vatican

«Les interlocuteurs de l’Église dans le débat et dans l’affirmation des droits humains», tel était l’intitulé du discours prononcé ce jeudi par le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin au colloque organisé à l’université LUMSA. Il a d’emblée souligné que l’Église ne cesse d’«élever sa voix» pour défendre «l’homme dans son intégralité». Elle se sent «libre» de s’adresser à quiconque , étant donné «le caractère universel des droits».

Retrouver la dimension objective des droits humains

On observe aujourd’hui une prise de distance, a continué le cardinal Parolin, «de telle manière que le sens profond des droits humains soit applicable seulement à certains lieux et à une certaine époque, qui semble désormais s’acheminer irrémédiablement sur la voie du déclin. Il faut au contraire retrouver la dimension objective des droits humains, basée sur la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine, et qui constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde». Le secrétaire d’État a fait référence à plusieurs textes historiques, dont la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme adoptée par les Nations Unies le 10 décembre 1948, il y a bientôt 70 ans.

Le dialogue plutôt que l’intolérance

Le cardinal Parolin s’est inquiété de l’«intolérance croissante» de la part de certains membres «des organisations internationales et de la diplomatie multilatérale», qui met aujourd’hui en «sérieux danger» la discussion sur les droits humains. Le Saint-Siège considère qu’il est «fondamental» de favoriser un dialogue le plus large possible avec tous les hommes et avec ces institutions «qui œuvrent pour protéger les droits de l’homme, et promouvoir le bien commun et le développement social». Le Pape François, qui plaide souvent pour «construire des ponts» entre les personnes, soutient cette dynamique.

Les défis du droit à la vie

Le secrétaire d’État a aussi mentionné le droit à la vie face aux «nouveaux défis» liés aux techniques biologiques modernes et «favorisés parfois par des législations plutôt permissives». En évoquant les «épineuses questions» suscitées par «la manipulation génétique, le trafic d’organes et les nouveaux développements de l’hybridation de la personne humaine avec le génome d’autres espèces», le cardinal Parolin a rappelé les paroles de Benoît XVI à propos des «multiples attaques auxquelles est exposé le droit à la vie».

Un accueil raisonnable des migrants

L’engagement de l’Église en faveur de l’abolition de la peine de mort a également été souligné, tout comme le travail du Saint-Siège à l’ONU pour l’élaboration du Pacte Mondial pour des Migrations sécurisées, ordonnées et régulières (GCM) qui devrait être adopté dans les prochains mois. À ce sujet, le cardinal Parolin a regretté que «certains pays se retirent de la discussion». Puis il a rappelé que l’accueil des migrants, selon le Pape François, doit «être raisonnable», autrement dit «accompagné par la capacité d’intégrer et par la prudence des gouvernants», et «complété par le respect du lieu qui accueille». Les responsables politiques ont néanmoins «assez souvent» renoncé à leur rôle de «médiation sociale», «en cédant à l’imprudente tentation de rechercher un consensus facile et en enjambant les peurs ancestrales de la population».

Protéger la liberté de religion

Dans le domaine du droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion, le secrétaire d’État a redit l’engagement du Saint-Siège pour que «soit évitée la marginalisation de la religion dans la société civile», et pour que dans toute société «les droits de tous les citoyens soient protégés de façon égale, indépendamment de leur croyance religieuse».

C’est dans le commandement de l’amour que l’on peut «trouver exprimée l’idée inspiratrice des droits humains» : à l’origine de ceux-ci se trouvent uniquement «la compassion et la gratuité», appelés chrétiennement «charité».

Penser l’homme à partir de l’Évangile

«La tentation moderne est de mettre beaucoup l’accent sur le mot «droits», en laissant de côté le plus important : «humains»», a enfin souligné le cardinal Parolin. Dans le débat sur les droits, «le défi pour l’Église et donc aussi pour le Saint Siège» est «de proposer de manière simple et transparente sa vision de l’homme : non pas le produit isolé du hasard, mais le fils d’un Père attentionné, qui "donne à tous la vie, le souffle et tout le nécessaire" (Ac 17,25). C’est un chemin exigeant, mais qui bien sûr mérite d’être parcouru», a-t-il conclu.

16 novembre 2018, 15:33