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Considéré comme plus favorable aux forces de la Triplice, le Saint-Siège a évolué au cours de l’année 1915. Considéré comme plus favorable aux forces de la Triplice, le Saint-Siège a évolué au cours de l’année 1915.  

Comment la diplomatie du Saint-Siège a évolué pendant la Première guerre mondiale

Considéré comme plus favorable aux forces de la Triplice, le Saint-Siège a évolué au cours de l’année 1915 grâce à l’action menée par un «club des cinq» qui a su convaincre Mgr Eugenio Pacelli, futur Pie XII, des crimes commis par l’armée allemande en Belgique au début du conflit. Récit de cette aventure inconnue avec Johan Ickx, archiviste de la Secrétairerie d’État.

Entretien réalisé par Xavier Sartre – Cité du Vatican

Au terme de recherches dans les archives de la Secrétairerie d’État et dans les archives belges, Johan Ickx, directeur des Archives historiques de la Secrétairerie d’État, a mis à jour plusieurs documents qui éclairent d’un jour nouveau les relations entre Mgr Eugenio Pacelli, alors «ministre des Affaires étrangères du Saint-Siège», et les Alliés, plus particulièrement les Britanniques. 

Tout est parti de la découverte par hasard de deux documents dans les archives vaticanes. Le premier est un rapport anonyme écrit en mars 1915 sur les faits s’étant déroulés à Louvain en août 1914, et parvenu à Rome en septembre 1915. Le second est une synthèse de ce document annoté de la main de Mgr Pacelli. Les faits en question concernent les crimes commis par l’armée allemande dans la ville belge de Louvain. Une partie de la ville a été incendiée, la bibliothèque universitaire qui renfermait d’inestimables documents, a péri dans les flammes, des dizaines d’habitants ont été exécutés, dont des prêtres et des religieux. Sans compter le pillage des habitations et l’expulsion de milliers d’habitants, dont certains déportés vers l’Allemagne.

Le club des cinq

À l’époque, la propagande allemande justifie ces crimes par la présence supposée de francs-tireurs dans la ville et parmi la population, ce qui se révélera faux. Mais au Vatican, on prête foi à cette version des faits, le nonce apostolique en Belgique l’appuyant dans ses rapports. Face à cette situation, cinq personnes convergent vers Rome pour convaincre le Saint-Siège d’infléchir sa position perçue comme trop favorable à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie.

Johan Ickx l’appelle le «club des cinq». Il est composé du Belge Mgr Simon Deploige, du Français Louis Canet, du Britannique Duncan Gregory, du prince roumain Vladimir Ghika, évêque, et du Japonais Etienne Yamamoto, proche du prince impérial Hiro Hito. Ces cinq hommes vont parvenir à éclairer le futur Pie XII sur les dysfonctionnements au sein de la diplomatie vaticane. Des diplomates ouvertement pro-Allemands seront démis de de leur fonction et le discours du pape Benoît XV, qui a succédé à Pie X au début de la guerre, va également évoluer.

C’est cette histoire que nous raconte Johan Ickx.

Entretien avec Johan Ickx, archiviste à la Secrétairerie d'État

Les découvertes de Johan Ickx montrent que Mgr Pacelli, futur Pie XII, avait noué des relations fortes avec le gouvernement britannique pendant la Première guerre mondiale. Ces relations éclairent d’un jour nouveau les recherches et les études menées sur l’action de Pie XII durant la Seconde Guerre mondiale. Elles remettent en cause également la supposée germanophilie du pape et, selon Johan Ickx, vont permettre aux historiens de revoir leurs travaux sur la période 1939-1945.

La Guerre et le Vatican, les secrets de la diplomatie du Saint-Siège (1914-1915) de Johan Ickx, éditions du Cerf, octobre 2017.

 

13 novembre 2018, 08:22