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Une catholique chinoise en prière dans la cathédrale de l'Immaculée Conception à Pékin, en mars 2018. Une catholique chinoise en prière dans la cathédrale de l'Immaculée Conception à Pékin, en mars 2018. 

Dialogue avec la Chine: succession apostolique et légitimité des évêques

Le parcours de la légitimation des évêques chinois ordonnés sans le mandat du Pape n’est pas un acte bureaucratique froid, mais c’est en soi un parcours de discernement sincèrement et profondément ecclésial. Cet article poursuit le thème du texte précédent sur la question de la légitimité canonique et de la reconnaissance civile des évêques.

Sergio Centofanti et P. Bernd Hagenkord, SJ – Cité du Vatican

La catholicité ne doit pas être comprise dans un sens banalement géographique ou institutionnel, mais dans le sens de l’intégrité de la foi et de la doctrine et de la fidélité à la Tradition dans la pleine communion. Le sens profond de la catholicité touche les cœurs et les âmes : un chemin catholique tend vers une unité organique capable de réconcilier les diversités dans le Christ. Pour cela, l’Église locale se structure autour de la célébration eucharistique de l’entier Peuple de Dieu, sous la présidence de l’évêque, entouré par le collège des prêtres et aidé par les diacres.

Dans ce sens, il y a l’Église catholique là où il y a une Église locale dans laquelle l’évêque est en communion avec l’évêque de Rome, qui préside dans la charité à tous les Églises locales réparties dans le monde. C’est ceci la garantie de l’unité “catholique” de l’Église locale. Si, au contraire, l’évêque ne “naît” pas de la communion avec l’évêque de Rome et n’exprime pas une telle communion dans son action quotidienne, c’est là que surgissent de très graves problèmes. Pour cela, le Droit canonique prévoit de graves sanctions, que ce soit pour l’évêque qui confère l’ordination épiscopale sans mandat apostolique, ou pour celui qui la reçoit. Une telle ordination représente, en effet, une douloureuse blessure pour la communion ecclésiale et une sérieuse violation de la discipline canonique.

 

Le parcours de la légitimation des évêques chinois ordonnés sans le mandat du Pape n’est pas et ne peut donc pas être un froid acte bureaucratique, mais il est en lui-même un parcours de discernement sincèrement et profondément ecclésial, voué à examiner si subsistent dans certains cas particuliers les conditions essentielles afin que l’évêque puisse être ré-admis dans la pleine communion catholique.

Un tel parcours naît de la claire et sincère demande de pardon au Saint-Père, souvent réitérée, de la part de l’intéressé. Puis suivent l’évaluation du Pape et éventuellement le pardon concédé, la rémission des sanctions et des censures canoniques (surtout la scomunica latae sententiae), dont l’évêque est sujet et qui sont prévues par la loi de l’Église pour l’inviter au repentir, l’absolution sacramentelle, le rétablissement de la pleine communion, l’engagement de la part du prélat d’attitudes intérieures et de comportements publics qui expriment la pleine communion, et, presque toujours, un mandat pastoral. N’est pas secondaire l’acceptation de la part de la communauté des fidèles vis-à-vis de l’évêque pardonné et légitimé, qui leur est envoyé comme pasteur. Ceci exige de la part de toute la communauté une contribution de prière, de vigilance, d’obéissance et de collaboration pour favoriser la communion.

Le parcours de la réconciliation, prévu avec des modalités particulières dans le cas des évêques illégitimes, rentre dans la prévision normale de la vie de l’Église chaque fois que se vérifient des situations de blessures de la communion ecclésiale. Pour ce qui concerne le cas chinois, en outre, la légitimation des évêques n’est pas une nouveauté d’aujourd’hui : celle-ci est déjà advenue au cours des dernières décennies, bien que n’ayant pas été partagée et accepté par tous. Dans le processus de légitimation des évêques, en effet, comme c’est évident, il y a aussi des aspects civils qui dans l’évaluation des faits sont exagérés au point de prendre parfois une importance centrale.

 

D’une part, la lecture politique de la légitimation et, de l’autre, l’incompréhension de la signification pastorale des peines canoniques ont causé, dans certaines situations, désarroi et embarras pour certains observateurs et même pour certains membres de l’Église. Certains secteurs de la communauté “clandestine”, en effet, n’ont pas accepté de bon cœur la pratique de la légitimation des évêques, voulue explicitement par saint Jean-Paul II. Ils voient dans la légitimation le risque de l’interpréter comme un appui à la communauté “officielle” et à la politique du gouvernement. Toutefois, d’autres voix de la communauté “clandestine” en faveur de la légitimation n’ont pas manqué. À l’époque, un évêque “clandestin”, informé sur les négociations avec les autorités gouvernementales, avait exprimé son appréciation publique pour saint Jean-Paul II, qui «a ouvert le cœur du Christ et a accepté de nombreux évêques de la communauté officielle», et qui a œuvré pour sauvegarder l’unité et la communion de l’Église en Chine.

Dans le moment présent, malgré le fait que la question de la légitimation en Chine semble concerner peu de cas d’évêques, il faut encore prendre en compte un certain courant de désaccord, avec des motivations diverses. Cela devrait toutefois demeurer clair pour tous que c’est seulement autour d’un évêque légitime et reconnu que l’on peut commencer à recomposer le tissu ecclésial de la communauté diocésaine en Chine.

17 juillet 2018, 12:08