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Prédication du père Cantalamessa lors de l'Avent. Prédication du père Cantalamessa lors de l'Avent.  (Vatican Media)

Première méditation de Carême du père Cantalamessa

Le prédicateur de la Maison Pontificale, le père Raniero Cantalamessa, a prononcé ce vendredi 23 février sa première prédication du Carême devant le Pape et la Curie romaine. Le capucin s’est basé sur un extrait de la lettre de Saint-Paul aux Romains, «ne prenez pas pour modèle le monde présent».

Olivier Bonnel - Cité du Vatican

Dans une société où chacun se sent investi du devoir de transformer le monde et l’Église, tombe cette parole de Dieu qui invite à se transformer soi-même, explique le prédicateur. Le père Cantalamessa a d’abord développé sa réflexion autour de la place des chrétiens dans le monde. Le terme «monde» a d’ailleurs plusieurs sens dans les Évangiles, spatial ou temporel. Saint Paul et saint Jean y rajoutent une définition morale, comme celui-ci est devenu après le péché et sous la domination de Satan, «le dieu de ce monde». D’où l’exhortation de Paul ou de celle de Jean dans sa première lettre : «N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui.» (Jn, 1)

Tout cela ne porte jamais à perdre de vue que le monde en soi, malgré tout, est, et reste, la réalité bonne créée par Dieu, poursuit le père Cantalamessa. L’attitude envers le monde que propose Jésus à ses disciples est contenue dans deux prépositions : être dans le monde, mais ne pas être du monde.

Dans l’histoire du christianisme, l’homme sera tenté par le retrait dans le désert, la fuite du monde. Il s’est agi d’une fuite non matérielle mais spirituelle, selon les Pères de l’Église, elle est davantage le fruit de la grâce que de l’effort humain.

Saint Ambroise, poursuit le père Cantalamessa  a écrit un petit traité « Sur la fuite du monde ». La séparation du monde qu’il propose est surtout affective : La fuite – dit-il – ne consiste pas à abandonner la terre, mais, en y restant, à «observer la justice et la sobriété, à renoncer aux vices et non à l’utilisation des aliments». Cet idéal de détachement et de fuite du monde accompagnera toute l’histoire de la spiritualité chrétienne. 

Une fuite «vers» le monde 

Mais au fil de l’histoire, l’idéal de la séparation du monde a connu une période critique, manifestée surtout dès le XX ème siècle : la sécularisation. Le concept «siècle», dans toute l’histoire de la spiritualité chrétienne,  avait une connotation à tendance négative mais a fini par trouver une signification «optimiste». Cela a contribué à alimenter chez certains un optimisme exagéré vis-à-vis du monde.

A un certain moment, a poursuivi le capucin, on s’est aperçu que l’idéal traditionnel de la fuite «du» monde avait été remplacé, dans l’esprit de beaucoup (parmi le clergé et les religieux aussi), par l’idéal d’une fuite «vers» le monde, c’est-à-dire une mondanisation.

«Nous savons déjà quel est, pour le Nouveau Testament, le monde que nous ne devons pas prendre pour modèle :  pas celui créé et aimé de Dieu, pas les hommes du monde vers lesquels, au contraire, nous devons toujours aller à la rencontre, spécialement les pauvres, les tout-petits, les souffrants. »

La foi est le terrain d’affrontement primaire entre le chrétien et le monde. C’est pour sa foi que le chrétien n’est plus «du» monde poursuit le prêtre capucin.  Compris dans un sens moral, le «monde» est par définition celui qui refuse de croire.

Le pouvoir des images

Mais interrogeons-nous sur la raison pour laquelle le chrétien ne doit pas prendre pour modèle le monde. Celle-ci n’est pas de nature ontologique, mais eschatologique, poursuit le prédicateur. On ne doit pas prendre les distances du monde parce que la matière est intrinsèquement mauvaise et ennemie de l’esprit, comme le pensaient certains penseurs grecs, mais parce que, comme dit l’Écriture, «il passe, ce monde tel que nous le voyons» (1 Cor 7, 31).

Aujourd’hui il y a un domaine où il faut absolument ne pas prendre pour modèle le monde : les images, a poursuivi le père Cantalamessa.

« Si à certains moments nous nous sentons troublés par des images impures, que ce soit par imprudence de notre part, ou par ingérence du monde qui jette avec force ses images dans les yeux des gens, imitons ce que firent dans le désert les juifs après avoir été mordus par des serpents. Au lieu de nous perdre en regrets stériles, ou chercher des excuses dans notre solitude et dans l’incompréhension des autres, regardons un Crucifix ou allons devant le Saint Sacrement. » a conclu le prédicateur. Faire la Pâque, disait saint Augustin, signifie «passer de ce monde au Père». Il s’agit donc de passer du monde pour ne pas passer avec le monde.

23 février 2018, 12:32