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L'un des ateliers organisés en visioconférence. L'un des ateliers organisés en visioconférence. 

L’Économie de François : le serment des jeunes d'Assise

L’Economie de François, l’événement organisé à la demande du Pape pour favoriser une économie plus inclusive et humaine, a pris fin ce samedi soir au terme de trois jours d’intenses débats, en direct sur internet. Les jeunes engagés dans ce processus ont promis d’être «les citoyens actifs» d’une conversion économique qui respectera toujours l’héritage du poverello d’Assise.

Marie Duhamel - Cité du Vatican

«L’Économie de François est une communauté solide, pleine d’énergie et d’espérance», s’est réjoui sœur Alexandra Smerilli, professeur d’économie politique et conseillère au Vatican, à l’issue des trois jours de rencontre virtuelle organisée depuis Assise. Membre du comité scientifique de l’événement, la religieuse salésienne a été frappée par la joie des jeunes ayant pris part au débat, des très jeunes et des plus âgés.

Depuis le report de la rencontre prévue au printemps en raison de la pandémie, quelques 2000 jeunes entrepreneurs ou universitaires ont participé volontairement et manifestement avec enthousiasme à une des dizaines de table ronde, des «villages» thématiques portant sur "le bonheur et la politique" "la finance et l’humanité" ou encore "Co2 et inégalités".

Tous ces jeunes seront reçus, une fois la pandémie surmontée, à Assise. Les membres du comité scientifique, en tant qu’«ainés», ont promis d’aider ces «acteurs du changement» et «leaders de demain»  à poursuivre leurs échanges. Ils veilleront à ce que le réseau constitué perdure et s’élargisse à de nouveaux venus.

Se faire maçon comme saint François

A Assise, les jeunes ont fait une promesse : ils feront vivre l’héritage de saint François qui entendit cet appel du Crucifix situé au-dessus de l'autel de la chapelle de San Damiano: «Françoi,s va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines». Huit siècles plus tard, cet appel reste d’actualité. «Il n’y aura pas de fraternité universelle tant qu’un seul pauvre restera au bord de la route», affirme un jeune. Il interpelle ses camarades à se faire maçon comme saint François. «Nos entreprises, nos universités sont nos chantiers de construction», il ne faut pas avoir peur de s’y salir les mains pour en prendre soin et en faire «des ateliers d’espérance» où il est possible d’impulser un changement, de lutter contre le gaspillage, proposer de nouveaux styles de vie et donner une voix à tous ceux qui n’en ont pas. «Il faut cultiver le rêve d’une nouvelle économie et reconstruire notre maison pour réaliser la prophétie qui ne s’est pas encore accomplie» conclut une jeune femme.

Et dès à présent les initiatives ne manquent pas. Aidé par le réseau de son village, Luca a fait de l’entreprise familiale une entreprise sociale. Henrique et les acolytes de son groupe «Vocation et profit» a créé un podcast intitulé «PodQuest» pour raconter le parcours de jeunes engagés pour une économie durable, afin d’inspirer de futur acteurs du changement. On se lance des défis pour être, au moins le temps d'une semaine, «plus Laudato Si’».

Les acteurs de chaque village ont proposé une extrême synthèse de leurs mois de réflexion proposant tour à tour des étiquettes transparentes sur tous les produits afin de voir s’ils respectent l’environnement, des échanges de savoir entre les universités afghanes et américaines, un revenu universel pour permettre à tous de vivre dignement, de soutenir les marchés locaux pour être plus résilient face aux catastrophes ou encore de valoriser dans les politiques publiques le sport, vecteur de bien-être, de fraternité et de développement. 30% des panneaux publicitaires pourraient aussi être dédiés à des contenus sociaux, promouvant la santé, de meilleures solutions d’habitat ou de transport.

Chercher les justes ressources

La liste de proposition est longue, portée aussi par des adolescents de 13 à 17 ans, qui se sont engagés contre l’usage de sacs plastiques dans leur pays, contre le gaspillage de l’eau dans leur ville ou pour un orchestre aux instruments faits à base de produits recyclables.

Deux économistes anglophones se sont montrés admiratifs face à la variété des propositions. L’américain John Perkins, fondateur de l’organisme à but non lucratif DreamChange qui incite les gens à façonner une société d’équilibre social et de sensibilisation à l’environnement, les a encouragés à poursuivre des objectifs à long terme pour parvenir à l’économie inclusive et intégrale défendue par le Pape François. «Il faut chercher les justes ressources pour développer les énergies renouvelables, les techniques pour recycler les matériaux ou nettoyer la planète», actuellement menacée par une consommation effrénée et une recherche perpétuelle du profit.

Actuellement «nous sommes tous les pays en voie de développement» a affirmé la britannique Kate Raworth, ancienne du PNUD (le Programme des Nations Unies pour le Développement) et d’Oxfam, aujourd’hui enseignante à l'Environmental Change Institute de l’université d’Oxford. Elle a exposé la thèse de son livre paru en 2017, La Théorie du Donut. Si les pays riches garantissent globalement un accès aux droits sociaux à leurs ressortissants (accès à l’eau, à la nourriture, à l’éducation, à l’emploi), ils ne respectent pas les limites de la planète, contrairement à des pays plus pauvres tels que le Vietnam ou le Rwanda, finalement plus vertueux.

Parce que «le début de notre décennie est critique», l’économiste appelle les pays les plus riches à l’humilité pour qu’ils reconnaissent leur production de Co2, leur travail d’exploitation des ressources parfois ailleurs que sur leur sol, afin de réduire de moitié les abus nuisibles à la planète. «La prospérité du XXIe siècle n’est pas l’expansionnisme. Il faut inverser le cours de l’histoire», insiste-t-elle. Il semble que les jeunes impliqués dans cette rencontre soient d’ores et déjà bien conscients de l’urgence. Ils comptent y faire face ensemble et avec créativité, en s’inspirant toujours de saint François.

21 novembre 2020, 19:12