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Le villagde de Sobane Da, après l'attaque du dimanche 9 juin 2019. Le villagde de Sobane Da, après l'attaque du dimanche 9 juin 2019.  

Au Mali, les carences de l’État laissent place aux extrémismes

La région de Mopti dans le centre de Mali s’enfonce dans le chaos, les attaques de villages se multiplient et des ethnies comme les dogon ou les bambara créent leurs propres milices pour assurer la sécurité à leur citoyens et combler les failles de l’État.

Entretien réalisé par Marine Henriot - Cité du Vatican

Dimanche 9 juin, le Mali a une nouvelle fois été endeuillé par une attaque de village, dans la région de Mopti, dans le centre du pays. Le nombre de morts, initialement annoncé à une centaine, s’élève à 35 dont 24 enfants. Les attaques, qui ont visé un village dogon, n’ont pour l’instant pas été revendiquées. Les violences, qui déchirent cette région depuis quatre ans, ont culminé avec le massacre le 23 mars, attribué à des chasseurs dogons, de quelque 160 Peuls, dans le village d'Ogossagou, près de la frontière avec le Burkina Faso.

Ces massacres effectués malgré la présence de militaires dans la région révèlent les carences de l’Etat quant à sa capacité à protéger la population. «A partir du moment ou l’Etat n’assure plus ses fonctions régaliennes, c’est la porte ouverte à tous les extrémismes, y compris à la création de milice et de groupe d’autodéfense», déplore l’anthropologue André Bourgeot, directeur de recherche émérite au CNRS.  

Ne pas résumer le conflit à une guerre ethnique 

Depuis l'apparition en 2015 dans la région du groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l'agriculture, qui ont créé leurs groupes d'autodéfense.

«Ce n'est pas à un cycle de vengeance, de vendetta, que ce pays doit être conduit», a déclaré à la télévision publique ORTM le président malien, en Suisse pour le centenaire de l'Organisation internationale du travail (OIT), annonçant qu'il écourtait son séjour après la nouvelle attaque de dimanche. Ibrahim Boubacar Keïta a appelé au contraire à des «retrouvailles» entre Maliens, «qui seules vont nous permettre de rebondir et permettre à notre nation de survivre. Car nous sommes en question de survie», a-t-il estimé.

Si les dogons et les peuls vivent selon des traditions différentes, il est trop simpliste de définir ces violences comme une guerre ethnique, explique l’anthropologue : 

Interview d'André Bourgeot
13 juin 2019, 17:04