Recherche

Vatican News
Sofia, la capitale bulgare, s'apprête à accueillir le Pape François dimanche 5 mai. Sofia, la capitale bulgare, s'apprête à accueillir le Pape François dimanche 5 mai.  

En Bulgarie, craintes et espérances d’une minorité catholique séculaire

Première étape de son 29ème voyage apostolique, le Pape se rend ce dimanche en Bulgarie. François n’est pas le premier souverain pontife à se rendre dans cette nation fière d’être orthodoxe. Jean-Paul II s’y rendit en 2002, et avant lui le futur Jean XXIII qui y passa dix ans, de 1925 à 1934, en tant que premier délégué apostolique du Saint-Siège à Sofia. Malgré une présence séculaire, la communauté catholique est largement minoritaire, elle ne représente qu’1% de la population. Témoignage du père assomptionniste Daniel Gillier, en mission dans le pays depuis la première année de prêtrise en 1994.

Entretien réalisé par Marie Duhamel – Cité du Vatican

La Bulgarie est le premier pays slave à avoir embrassé la foi chrétienne. Le Tsar Boris reçut en 865 le baptême des mains du Patriarche de Constantinople Photius, sous le Pape Nicolas Ier. Après le grand schisme d’Orient en 1054, les chrétiens bulgares entrent dans l’orbite de Constantinople, avant de s’en émanciper des siècles plus tard. L’Église orthodoxe de Bulgarie est aujourd’hui autocéphale, considérée comme l’une des plus fermées au monde. Proche du Patriarcat de Moscou, elle compte aujourd’hui 6,5 millions de fidèles bulgares, constituant un marqueur fort de l’identité nationale.

Une présence catholique séculaire 

Les catholiques fidèles à Rome ont, de tout temps, été minoritaires. Ils jouèrent néanmoins un rôle de premier plan au XVIIème siècle, lorsqu’ils se rebellèrent contre le joug ottoman, permettant à la nation bulgare de renaître, deux siècles plus tard.

Aujourd’hui, les catholiques représentent à peine 1% de la population et constituent la 3ème confession pratiquée dans le pays, après l’orthodoxie (76%) et l’Islam sunnite (10%). Convertis au XVIème siècle par des franciscains venus de Bosnie, il existe des fidèles de rite latin répartis dans deux diocèses au nord et au sud du pays, mais également des fidèles catholiques de rite byzantin dépendants de l’exarchat de Sofia, institué en 1926 à l’initiative du visiteur apostolique. Mgr Angelo Roncalli.

Le futur Jean XXIII passa dix ans en Bulgarie où il fut un promoteur infatigable du dialogue. Il y reste très estimé.  D’ailleurs, le Pape François s’est placé sous sa protection en choisissant pour thème de son voyage l’intitulé de la dernière encyclique de son prédécesseur, Pacem in terris.

L’épreuve communiste

Pendant la période communiste, contrairement à d’autres régimes d’Europe de l’Est, le gouvernement de Bulgarie n’a pas aboli l’Église gréco-catholique. Mais comme celle-ci avait des liens avec l’étranger, elle était considérée comme dangereuse et fut soumise à de très importantes restrictions.

Le père assomptionniste Daniel Gillier est en mission dans le diocèse de Plovdiv, au sud du pays, depuis 1994, soit moins de cinq ans après la chute des communistes et l’avènement de la République. Il revient sur ces 45 ans d’athéisme qu’ont dû traverser les catholiques:

Témoignage du père assomptionniste Daniel Gillier

Pendant la période communiste, il était possible de se rendre à l’église. Les prêtres avaient le droit de célébrer la messe, mais sans mener d'apostolat extérieur à cette fonction purement cultuelle, et les fonctionnaires souhaitant faire baptiser leurs enfants risquaient de perdre leur emploi. Les baptêmes et les mariages se faisaient donc en cachette.

Signe de persécution manifeste, un procès à l’encontre de 40 membres de l’Église en 1952. Quatre furent condamnés à mort : l’évêque de Roussé et trois prêtres assomptionnistes. Ils furent béatifiés par Jean-Paul II lors de sa visite apostolique en 2002, la première d’un Pape en Bulgarie. Lors de son entretien avec le président Gheorghi Parvanov, Jean-Paul II déclara alors qu’il n’avait jamais cru en la piste de la «connexion bulgare» lors de sa tentative d’assassinat en 1981 au Vatican.

Une Eglise vivante

Aujourd’hui, la Bulgarie compte 4 évêques catholiques et 57 prêtres. Cela signifie qu'il y a en moyenne 1193 catholiques par prêtre, un chiffre particulièrement élevé. Cette communauté peut s'appuyer sur plus de 60 religieux mais seulement sur un seul diacre et un seul séminariste. Les vocations sont en baisse notamment en raison d’une crise démographique majeure dans le pays, due à un faible taux de natalité et à une émigration massive.

L’an dernier, l’Église a été vivement préoccupée. Sur impulsion des nationalistes arrivés au pouvoir en 2017, la loi sur les religions a été révisée. Pour empêcher l’importation de l’Islam radical dans le pays, il fut question d’interdire les financements étrangers des cultes et d’obliger les dignitaires religieux à être de nationalité bulgare. Finalement, ces modifications de loi n'ont pas été votées.

Liens avec les orthodoxes

Dans le pays, les années Roncalli restent présentes dans les mémoires. Il existe ainsi une tradition de dialogue avec l’Église orthodoxe, mais il est actuellement compliqué. L’Église de Bulgarie s’est refermée sur elle-même ces dernières années. En 1998, elle suspend sa participation au Conseil œcuménique des Églises, refuse en 2016 de prendre part au Concile panorthodoxe de Crète. Les prêtres orthodoxes pouvaient dans les années 2000 partir en pèlerinage avec des catholiques. Cela est désormais interdit par le Synode. Signe néanmoins positif, le Pape sera reçu par le Patriarche Néophyte.

04 mai 2019, 08:56