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Le Pape François lors de sa rencontre avec le Patriarche Néophyte et le Saint-Synode de l'Église orthodoxe bulgare, le 5 mai 2019 à Sofia. Le Pape François lors de sa rencontre avec le Patriarche Néophyte et le Saint-Synode de l'Église orthodoxe bulgare, le 5 mai 2019 à Sofia.  (Vatican Media)

François en Bulgarie: partager avec les orthodoxes l’œcuménisme de la mission

Le Pape François a été reçu ce dimanche matin à Sofia par le Patriarche orthodoxe Néophyte et les membres du Saint-Synode. Il a réitéré l’engagement de l’Église catholique dans le dialogue œcuménique, en pleine continuité avec les efforts menés notamment par saint Jean XXIII, qui fut délégué apostolique en Bulgarie, et par saint Jean-Paul II, qui visita la Bulgarie en 2002.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

«Dans la joie du Seigneur ressuscité, je vous adresse le salut pascal en ce dimanche, qui, dans l’Orient chrétien, est appelé “dimanche de Saint Thomas”», a lancé le Pape en invitant à contempler «l’Apôtre qui met la main dans le côté du Seigneur et, touchant ses plaies, confesse: “Mon Seigneur et mon Dieu !” (Jn 20, 28). Les plaies, qui, tout au long de l’histoire, se sont ouvertes entre nous chrétiens, sont des déchirures douloureuses infligées au Corps du Christ qu’est l’Église.»

«Aujourd’hui encore, nous en touchons avec la main les conséquences. Mais peut-être que si nous mettons ensemble la main dans ces plaies et confessons que Jésus est ressuscité, et si nous le proclamons notre Seigneur et notre Dieu, si en reconnaissant nos manques, nous nous immergeons dans ses plaies d’amour, nous pouvons retrouver la joie du pardon et avoir un avant-goût du jour où, avec l’aide de Dieu, nous pourrons célébrer sur le même autel le mystère pascal», a souligné l’évêque de Rome.

Une foi construite dans l’œcuménisme du sang

«Dans ce cheminement, nous sommes soutenus par de nombreux frères et sœurs, à qui je voudrais avant tout rendre hommage: ce sont les témoins de la Pâque. Combien de chrétiens dans ce pays ont souffert pour le nom de Jésus, en particulier durant la persécution du siècle dernier ! L’œcuménisme du sang !», a souligné François en utilisant un terme auquel il fait souvent référence. «Ils ont germé dans un terrain fertile et bien travaillé, dans un peuple riche de foi et d’humanité authentique qui leur a donné des racines robustes et profondes: je pense, en particulier, au monachisme qui, de génération en génération, a nourri la foi du peuple. Je crois que ces témoins de la Pâque, frères et sœurs de diverses confessions unis dans le Ciel par la charité divine, nous regardent actuellement comme des semences plantées en terre pour donner du fruit. Et pendant que beaucoup de frères et sœurs dans le monde continuent de souffrir à cause de la foi, ils nous demandent de ne pas demeurer fermés, mais de nous ouvrir, parce c’est seulement de cette manière que les semences portent du fruit», a-t-il martelé.

«Cette rencontre, que j’ai tant désirée, succède à celle de saint Jean-Paul II avec le Patriarche Maxime durant la première visite d’un Évêque de Rome en Bulgarie et suit les pas de saint Jean XXIII qui, dans les années passées ici, s’est attaché à ce peuple “simple et bon” en en appréciant l’honnêteté, les habitudes laborieuses et la dignité dans les épreuves», a souligné le Pape François en citant le Journal de l’âme du Pape qui avait convoqué le Concile Vatican II, durant lequel l’Église orthodoxe bulgare avait envoyé des observateurs.

«Depuis lors les contacts se sont multipliés, a souligné François. Je pense aux visites des délégations bulgares qui, depuis cinquante ans, se rendent au Vatican et que j’ai la joie d’accueillir chaque année; ainsi qu’à la présence à Rome d’une communauté orthodoxe bulgare qui prie dans une église de mon diocèse», a expliqué le Saint-Père, soulignant ainsi l’hospitalité concrète pratiquée entre Églises, bien qu’elles ne soient pas canoniquement liées.

L’exemple toujours fécond des saints Cyrille et Méthode

Les saints Cyrille et Méthode «nous ont liés depuis le premier millénaire et leur mémoire vivante dans nos Églises demeure comme une source d’inspiration parce que, malgré les adversités, ils privilégièrent l’annonce du Seigneur, l’appel à la mission».

Ils offrent donc la base pour un «œcuménisme de la mission», car «leur courageux apostolat demeure pour tous un modèle d’évangélisation. L’un des domaines qui nous interpelle dans l’annonce, c’est celui des jeunes générations. Combien il est important, dans le respect des traditions respectives et des particularités, que nous nous aidions et que nous trouvions les moyens pour transmettre la foi selon des langages et des formes qui permettent aux jeunes d’expérimenter la joie d’un Dieu qui les aime et les appelle! Autrement ils seront tentés de faire confiance aux nombreuses sirènes trompeuses de la société de consommation», a-t-il averti.

La Bulgarie, un carrefour spirituel

En Bulgarie, «carrefour spirituel, terre de rencontre et de compréhension réciproque», a expliqué le Pape en reprenant les termes utilisés par saint Jean-Paul II lors de sa venue dans le pays en 2002, «diverses Confessions ont été accueillies, de la Confession arménienne à la Confession évangélique, et diverses expressions religieuses, de la religion juive à la religion musulmane». «Nous pouvons apprendre tant de choses les uns des autres !», a lancé le Pape en reprenant une expression contenue dans son Exhortation apostolique Evangelii Gaudium.

En évoquant sa visite à suivre dans la Cathédrale Patriarcale de Saint Alexandre Nevski pour se recueillir devant l’autel des saints Cyrille et Méthode, le Pape a souligné que «Saint Alexandre Nevski de la tradition russe et les Saints frères provenant de la tradition grecque et apôtres des peuples slaves révèlent combien la Bulgarie est un pays-pont. Sainteté, chers Frères, je vous vous assure de ma prière pour vous, pour les fidèles de ce peuple bien-aimé, pour la haute vocation de ce pays, pour notre cheminement dans un œcuménisme du sang, du pauvre et de la mission. À mon tour, je demande une place dans vos prières, dans la certitude que la prière est la porte qui ouvre tout chemin de bien», a conclu le Saint-Père.

Patriarche Néophyte: ensemble dans la dénonciation des persécutions anti-chrétiennes

Pour sa part, dans son discours, le Patriarche Néophyte a rappelé l’attention de l’Église catholique envers la Bulgarie, «une attitude spéciale» et «une expression de respect» vis-à-vis de l’Église orthodoxe bulgare. Ce respect est «réciproque», a-t-il expliqué, en souligné deux thèmes essentiels: l’unité dans la défense des racines chrétiennes de l’Europe et dans la dénonciation du danger de la persécution des chrétiens. «Nous avons toujours prié pour l’unité du monde dans le Christ, parce qu’unis, les chrétiens seront plus forts», a souligné le Patriarche.

En revenant sur l’histoire de l’Église, «marquée par de tristes controverses et des schismes», le Patriarche a rappelé qu’en relisant ce qui est arrivé, on pourra peut-être trouver «des réponses aux questions qui nous occupent encore aujourd’hui».

Cette rencontre s'est tenue en présence de l'ex-roi de Bulgarie Siméon II, qui régna enfant de 1943 et 1946, avant d'être chassé par les communistes. Il fut ensuite Premier ministre de 2001 à 2005, un cas inédit dans l'histoire européenne. Il est actuellement le dernier chef d'État de la Seconde guerre mondiale encore en vie, mais sa fonction n'était que nominale.

L'intégralité du discours du Pape au patriarche et aux membres du Saint-Synode.

05 mai 2019, 11:58