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Le Pape François recevant un prêtre en confession, le 7 mars 2019 en la basilique Saint-Jean-de-Latran. Le Pape François recevant un prêtre en confession, le 7 mars 2019 en la basilique Saint-Jean-de-Latran.  (Vatican Media)

Le pontificat du Pape François, un chemin spirituel ancré dans la miséricorde

Le 6e anniversaire de l’élection du Pape François donne l’occasion de parcourir les aspects spirituels du magistère du Pape, parfois mis en sourdine par la dimension sociale, souvent amplifiée par les médias : du christocentrisme à la foi dans la puissance de la prière, de la sainteté du quotidien à la dimension mariale.

Six ans se sont donc écoulés depuis le 13 mars 2013, jour de l’élection du cardinal Jorge Mario Bergoglio, alors archevêque de Buenos Aires, devenu le premier Pape latino-américain de l'histoire. Au-delà des évènements et des faits les plus significatifs de ces 2191 journées, jalonnées par plus de 1000 homélies et de 1200 autres discours publics, son pontificat peut être caractérisé par 10 grands axes spirituels.

Vivre la foi et rencontrer Jésus

Au centre du magistère du Pape François, il y a le mystère de la rencontre avec le Seigneur, vrai Dieu et vrai homme, d’où vient la première annonce, le kérygme. La foi n’est pas une idéologie, mais une rencontre concrète avec notre Sauveur qui nous met en mouvement pour rencontrer les autres en nous changeant la vie : de cette rencontre d’amour naît le désir de porter la joie de l’Évangile au monde. C’est la force de l’amour de Jésus, vécu à la première personne, qui nous pousse à dire la bonne nouvelle, qui est adressée à tous : les chrétiens sont seulement des pauvres messagers qui doivent dire quelque chose d’infiniment plus haut qu’eux-mêmes.

La prière : Dieu est Père et nous sommes frères

La prière est à la base de la vie chrétienne, affirme le Pape François. Au-delà des paroles, cela signifie être avec Dieu, se confier au Père. La vraie prière est un rapport vivant, une expérience quotidienne, faite d’écoute et de dialogue, de consolation et de libération, et parfois aussi d’agacements. Mais pour prier, il faut comprendre que nous sommes tous enfants d’un même Père qui ne nous abandonne pas et nous fait découvrir frères, au-delà de nos petites frontières. Prier, c’est aller à la rencontre de l’autre, un mystère d’amour qui est depuis toujours dans l’esprit de son Créateur.

Se laisser transformer par l’Esprit Saint

Un autre aspect fort de ce pontificat est l’invitation à se laisser changer par l’Esprit Saint. La vie du chrétien est une continuelle conversion, une exigence de profond renouvellement spirituel qui se heurte avec nos résistances à ne pas se laisser transformer par la charité, peut-être au nom d’une vérité que l’on veut posséder comme un “pack” de doctrines qui ne laisseraient de marge à aucun doute. L’Esprit Saint fait de nous de vrais évangélisateurs, non pas des chercheurs de prosélytes à endoctriner et à emprisonner dans une secte, mais de vrais porteurs de la Vérité faite personne, qui ne s’impose pas mais rend libres.

Que l’Église soit toujours la maison ouverte du Père

L’Église est «appelée à être la maison ouverte du Père». L’Église n’est pas une douane, et «jamais les portes des sacrements ne devraient se fermer pour une raison quelconque». «L’eucharistie n’est pas un prix pour les parfaits mais un remède généreux et un aliment pour les faibles», souligne le Pape François, invitant à trouver des réponses pastorales «avec prudence et audace». La communauté chrétienne est appelée à se faire bon Samaritain pour s’incliner sur les frères blessés et laissés sur le bord de la route. Mais il est nécessaire de ne pas enfermer Jésus dans les églises. Lui, Il est en train de frapper à la porte pour sortir et apporter la vie.

Un renouvellement spirituel permanent

L’Église, en tant que Peuple de Dieu, est appelée à se renouveler continuellement pour être toujours plus fidèle au Christ, explique le Pape François. L’Esprit doit nous donner un dynamisme intérieur pour mieux comprendre les vérités chrétiennes et faire grandir l’intelligence de la foi, au-delà des aléas de l’histoire. Le danger est d’absolutiser un moment historique donné et de le cristalliser sous une forme particulière, en perdant la perspective d’un chemin. C’est l’Église qui se laisse purifier dans les épreuves, comme le scandale des abus, «une Église pauvre pour les pauvres» qui existe pour servir et fait cheminer ensemble, clercs, religieux et laïcs, hommes et femmes, contre toute tentation de cléricalisme.

La vraie foi nous met en crise

Le Pape François a mis en crise notre christianisme. Comme Jésus l’a fait, il a bousculé ceux que l’on pensait comme proches, alors qu’ils étaient des scribes et des pharisiens, et il a lancé des ponts vers ceux que l’on percevait comme lointains. Il a contraint, avec un langage souvent fort et coloré, à prendre position sur ses paroles : nous pouvons les accepter avec humilité en nous laissant corriger, ou les rejeter avec un dédain offensé. «Une foi qui ne nous met pas en crise est une foi en crise, martèle le Pape. Une foi qui ne nous fait grandir est une foi qui doit grandir. Une foi qui ne nous interroge pas est une foi sur laquelle nous devons nous interroger ; une foi qui ne nous anime pas est une foi qui doit être animée. Une foi qui ne nous bouleverse pas est une foi qui doit être bouleversée.» Car un Dieu qui est fait homme et meurt, crucifié pour nous, et ressuscite, ne peut pas ne pas nous bouleverser.

La charité au-dessus de toute chose

L’essence du christianisme est la charité, insiste le Pape. Nous pouvons annoncer les vérités les plus grandes de la foi en donnant même la vie, faire des prodiges et chasser des démons, mais sans l’amour nous ne sommes rien. La charité n’est pas une abstraction. François ne cesse de rappeler qu’à la fin de la vie nous serons jugés sur quelque chose de très concret. Le Pape ne cesse d’appeler à l’attention sur les pauvres, les migrants et les souffrants de tout type, qu’il veut embrasser en priorité lors des audiences. Certains lui reprochent de trop faire prévaloir l’aspect social sur la transcendance, mais en réalité, cet appel a une racine profondément spirituelle et eschatologique : le Pape pense au Jugement dernier. Au soir de notre vie, c’est notre amour concret dans cette vie qui nous jugera. Si nous ne reconnaissons pas le Christ dans le visage du pauvre, nous ne reconnaitrons pas Jésus quand nous le verrons face à face.

La sainteté est la miséricorde de tous les jours

Le Pape François ne cesse de rappeler que la miséricorde du Seigneur est infinie, mais que si nous l’accueillons pas nous subirons la colère de Dieu. Il s’agit de l’enfer, le refus de l’amour e Dieu. Le Tout-Puissant s’arrête seulement devant une chose : notre liberté. Le Pape fait donc la distinction entre pécheurs et corrompus. Nous sommes tous pécheurs, et François se met en première ligne, mais les corrompus sont ceux qui se sentent justes et ne veulent pas accueillir le pardon de Dieu. Les saints sont au contraire ceux qui accueillent dans leur faiblesse la miséricorde divine et la reversent sur les autres. Ils sont des pécheurs qui se laissent continuellement relever par l’amour gratuit de Dieu, qui leur donne la force de dépenser la vie pour les autres, dans le silence de tous les jours.

Le chrétien est dans le monde mais n’est pas du monde

François donne un sens spirituel fort à ses paroles, et, en ligne avec toute la tradition, il voit le chrétien comme un homme engagé dans le monde, mais avec les yeux du ciel. L’invocation “que ton règne vienne” signifie travailler sur cette terre pour construire dans la société la paix, la justice, la fraternité. Le Pape dénonce donc à la fois les marchands de mort qui font du profit sur les guerres, le fonctionnement de l’économie qui tue et exclut les plus faibles, contre les colonisations idéologiques qui attaquent la vie comme la théorie du genre. François a écrit une encyclique sur le soin de la création non pas parce qu’il serait un “pape vert”, comme certains l’ont présenté, mais parce que la maison commune est une bien que Dieu nous a confiés pour le bien de tous. Le Pape François appelle donc à s’engager dans les choses du monde d’une façon chrétienne, et non pas à s’extraire du monde.

L’aide de Marie et la lutte contre le diable

François évoque souvent le diable, en expliquant que derrière le mal que fait l’homme, il y a Satan. Il ne le dit pas pour diminuer les responsabilités de l’homme mais pour faire comprendre que la lutte la plus grande se situe au niveau spirituel. Le diable est celui qui divise : il veut nous séparer de Dieu et des frères, il divise les peuples, les communautés, l’Église, les familles. Il dit des mensonges, il accuse, il tue.

François fait souvent appel à Marie dans ce combat. Il se confie régulièrement à la Mère de Dieu, notamment avant et après chaque voyage international, quand il se rend à Sainte-Marie-Majeure pour prier devant l’icône de la Salus Populi Romani. Le Pape a exhorté à prier le Rosaire afin de demander, par l’intercession de Marie et de saint Michel Archange, la protection de l’Église face aux attaques du démon. François invite à croire en la puissance de la prière, et ce n’est pas pour rien qu’il demande à la fin de chaque discours : «S’il vous plait, n’oubliez pas de prier pour moi».

Quelques données statistiques

En six ans de pontificat, le Pape François a prononcé plus de 1000 homélies, dont plus de 670 lors des messes à la Maison Sainte-Marthe. Il a prononcé plus de 1200 discours publics, parmi lesquels 264 catéchèses dans le cadre des audiences générales du mercredi, qui ont suivi les thèmes suivants : le Credo, les sacrements, les dons de l’Esprit Saint, l’Église, la famille, la miséricorde, l’espérance chrétienne, la messe, le baptême, la confirmation, les commandements, la prière du Notre Père.

Dans le cadre des prières de l’Angélus et du Regina Coeli, le dimanche midi, il a livré 342 commentaires de l’Évangile du jour.

Il a pour le moment publié deux encycliques : Lumen Fidei en 2013 (reprenant les réflexions initiées par son prédécesseur Benoît XVI) puis Laudato Si’ en 2015, et trois exhortations apostoliques : Evangelii Gaudium, texte programmatique du pontificat, puis Amoris Laetitia en 2016, suite aux deux Synodes sur la famille, et enfin Gaudete et exsultate en 2018, sur la sainteté du quotidien. Une quatrième exhortation apostolique sera publiée le 25 mars, faisant suite au Synode sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel.

Dans un registre plus technique, 36 constitutions apostoliques et 27 Motu proprio ont été publiés durant ces six années, ainsi que la Bulle d’indiction du Jubilé de la Miséricorde.

Le Pape a par ailleurs accompli 27 voyages internationaux et 24 visites pastorales en Italie (sans compter quelques autres déplacements informels).

Parmi ses nombreuses canonisations, on peut retenir celles des Papes Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II, de Mgr Romero, d’Élisabeth de la Trinité, des parents de Sainte Thérèse de Lisieux, ou encore de la mystique Angèle de Foligno et du jésuite Pierre Favre (ces deux derniers par canonisation équipollente).

 

13 mars 2019, 16:29