Recherche

Vatican News

A Témara, l'humble témoignage des "soeurs de Dieu"

Le Pape François a entamé la deuxième journée de son voyage apostolique au Maroc ce dimanche au sud de Rabat, en visitant un centre social dirigé par des religieuses espagnoles, qui accueille la population locale.

Olivier Bonnel, envoyé spécial à Témara

C’est une petite route qui fend un oasis de verdure. Il faut d'abord passer un portail de pierre, surmonté du drapeau rouge à l'étoile verte du Maroc. Le bitume a fraichement été refait pour laisser rouler sans heurts la voiture d’un hôte d’exception. Ce dimanche, le Pape François se rend au Centre rural des services sociaux de Témara. C’est dans la périphérie de cette ville sans charme, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, non loin de l’Atlantique, que les Filles de la Charité vivent auprès des plus pauvres.

Au bout de la route, une école d’agriculture. A gauche, le centre où vivent sœur Gloria, sœur Magdalena et sœur Maria-Luisa toutes les trois de nationalité espagnole. Ce sont ces religieuses qui veillent sur les lieux : quatre bâtiments qui sentent encore la peinture fraîche : l’un abrite un dispensaire où sont soignés les gens de la région, l’autre une salle de classe où sont alphabétisés enfants et adultes, un troisième est celui du réfectoire où le petit-déjeuner est servi à 8h30 avant la classe. Le dernier bâtiment abrite la maison des sœurs, petite bâtisse toute simple bordée par un jardinet.

« Les rêves plus grands que les peurs »

Une fois par semaine, un prêtre français de la cathédrale de Rabat vient célébrer la messe, dans le salon des religieuses. Le reste de la semaine, les journées sont rythmées par les visages d’enfants, une cinquantaine, qui viennent à l’école. Le jardin d’enfants a lui aussi été repeint de couleurs vives. Quelques heures avant l’arrivée du Souverain Pontife, ces gamins intimidés répètent un chant d’accueil, en agitant des petits drapeaux aux couleurs du Maroc et du Vatican.

Dans la classe, au-dessus de leurs têtes, des photos du roi Mohammed VI, un tableau de conjugaison, des petits papillons de couleur et cette phrase écrite en français : « laisse tes rêves être plus grands que tes peurs ».

Un dirham symbolique

Le Centre rural des services sociaux de Témara a longtemps été marqué par la présence du père Georges Couturier, un jésuite médecin qui le fonda en 1975 et y passa de longues années à soigner les plus pauvres. Disparu en 2012, son aura reste immense à Témara, comme dans tout le Maroc. Comme les sœurs aujourd’hui, il fut une présence discrète de ces chrétiens qui ont décidé de tout donner et ont bâti une véritable amitié avec les musulmans, loin des jolis discours sur la fraternité humaine.

Le père Couturier accueillait tous ceux qui se présentaient à lui, et soignait la population contre un dirham symbolique (10 centimes d'euros). Une somme dérisoire qui permet de ne pas tomber dans l’assistance et préserve la dignité des patients. Sœur Gloria nous montre fièrement une photo du prêtre en blouse blanche discutant avec deux Marocaines, gardée comme une relique dans une armoire à pharmacie.

Témoignage de vie

Les volontaires comme les patients arrivent au compte-goutte, alors que chantent les oiseaux et les coqs. De la joie simple flotte dans l’air. Ici tout le monde aime ces religieuses qui ont dédié leur vie aux habitants de la région. Les trois religieuses espagnoles sont tour à tour embrassées par les villageois, dans de grands sourires. 

Le père Yves Grosjean, qui nous accompagne ce matin, nous confie combien ces sœurs sont des témoins de l’Evangile, sans faire de bruit, sans volonté de convertir qui que ce soit. « Des témoignages de vie qui parlent d’eux-mêmes » explique t-il. 

Le meilleur dialogue interreligieux

Parmi les volontaires du centre, Liali Mariam, infirmière née à Temara. Comme tous les habitants de la région elle est musulmane. Elle a grandi avec la présence des religieuses et vient soigner les patients. Nombre d’entre eux sont des brûlés dans des accidents domestiques des foyers les plus démunis, des blessures qui sont fréquentes dans les lieux reculés du Maroc. On y soigne aussi les problèmes psychiatriques et une assistance aux nouveaux-nés est également prodiguée. 

Liali Mariam revient sur ce travail des sœurs au service de la fraternité et se réjouit que le Pape François ait choisi les lieux pour y visiter une « périphérie ». C’est pour elle dans ce partage de vie commune que s’articule le meilleur du dialogue entre chrétiens et musulmans. Jamais les Filles de la Charité ne semblent avoir si bien porté leur nom. Ici, les habitants de Témara appellent affectueusement les religieuses "Ribhat", "soeurs de Dieu" en arabe. 

Témoignage de Liali Mariam
31 mars 2019, 10:16