Une liturgie pénitentielle pour mettre les évêques face à leurs responsabilités devant Dieu

Ce samedi en fin d'après-midi, la Rencontre sur la protection des mineurs a été marquée par une liturgie pénitentielle au cœur du Palais apostolique, en la Salle Royale.

Cyprien Viet – Cité du Vatican

Le Pape François était entouré des quelques 190 participants à cette rencontre, avec les présidents de conférences épiscopales, les supérieurs généraux, les chefs d’Églises orientales, tous appelés au repentir.

C’est au président de la conférence épiscopale du Ghana, Mgr Philip Naameh, que la charge de prononcer l’homélie a été confiée. Cet évêque a prononcé une méditation sur la parabole du Fils prodigue en interrogeant ses confrères sur leur responsabilité. «Tout comme le fils prodigue dans l’Évangile, nous avons aussi exigé notre héritage, nous l'avons obtenu, et maintenant nous sommes en train de le gaspiller. La crise actuelle des abus en est l'expression. Le Seigneur nous a confié la gestion des biens du salut, il nous a fait confiance pour accomplir sa mission» mais  «nous avons dilapidé la confiance placée en nous. (…) Nous n'avons pas accordé aux personnes la protection à laquelle elles avaient droit, nous avons détruit des espoirs et des personnes ont été profondément violées, tant dans leur corps que dans leur âme ».

Mgr Naameh a expliqué que la colère du peuple contre les chefs de l’Église était donc compréhensible. «Le fils prodigue dans l’Évangile perd tout, non seulement son héritage, mais aussi son statut social, sa bonne conscience, sa réputation. Nous ne devrions pas être surpris si nous subissons le même sort, si les gens parlent mal de nous, s'il y a de la méfiance à notre égard, si certains menacent de retirer leur soutien matériel».

«Il nous reste à convaincre nos frères»

Cependant, l’histoire n’est pas finie, et il reste toujours une voie pour la miséricorde. Dans le récit évangélique, la situation du Fils prodigue «change à mesure qu'il se reconnaît lui-même, qu'il admet avoir fait une erreur, qu'il l'avoue à son père, qu'il en parle ouvertement et qu'il est prêt à en accepter les conséquences. De cette façon, le Père éprouve une grande joie au retour de son fils prodigue et facilite l'accueil mutuel des frères. Pouvons-nous aussi le faire ? Sommes-nous prêts à le faire ? La présente réunion le révélera», mais «nous ne devons pas croire que, simplement parce que nous avons commencé à changer quelque chose ensemble, toutes les difficultés ont ainsi été éliminées. Comme pour le fils qui rentre chez lui dans l’Évangile, tout n'est pas encore accompli. Il lui reste encore à convaincre son frère », a souligné Mgr Naameh.

«Nous devons nous aussi faire de même : convaincre nos frères et sœurs dans les congrégations et les communautés, regagner leur confiance, et rétablir leur volonté de coopérer avec nous, pour contribuer à l'établissement du Royaume de Dieu», a conclu cet évêque du Ghana.

Le témoignage d’une victime

Après cette intervention, un jeune homme a témoigné de l’abus dont il avait été victime, avec émotion et pudeur, ne revenant pas sur l’acte en lui-même mais sur ses conséquences psychologiques. «Quel que soit l’abus, c‘est l’humiliation la plus grande qu’un être humain subi», a-t-il expliqué. «On voudrait fuir, c’est ce qui se passe car on n’est plus soi-même. On voudrait s’échapper en cherchant à sortir de soi. Et donc, avec le temps, on devient complètement seul. (..) Ce qui fait le plus mal, c’est la certitude que personne ne te comprendra. Et cela reste en toi pour toute la vie.»

«Maintenant j’arrive à mieux gérer cette situation, en apprenant à vivre avec ces deux vies. Je cherche à me concentrer sur mon droit divin d’être vivant. Je peux et je dois être ici. Et cela me donne du courage», a-t-il expliqué. «Si je me rendais ou si je m’arrêtais, je laisserais cette injustice interférer dans ma vie. Je peux empêcher que cela se passe (…) en apprenant à en parler», a-t-il conclu.

Examen de conscience et rite pénitentiel

Les évêques ont ensuite été invités à un examen de conscience en silence, avec des questions concrètes comme: «Dans mon diocèse, ai-je fait, ce qui est possible afin de rendre justice et de guérir les victimes ainsi que ceux qui souffrent avec elles ? Ai-je négligé ce qui est important ?»

La liturgie s’est poursuivi avec le rite de reconnaissance du péché, avec plusieurs phrases entrecoupées par le refrain du Kyrie. «Nous confessons que nous, évêques, nous n’avons pas été à la hauteur de nos responsabilités», ont notamment déclaré ensemble les participants. Cette célébration s’est achevée avec le Notre Père, l’échange du signe de paix, et un chant marial. Il ne s’agissait pas d’une messe mais d’une simple célébration pénitentielle, remplie de gravité et de sobriété.

Contrairement aux habitudes liturgiques au Vatican, le Pape François n’était pas face à l’assemblée et n’a pas pris la parole. Il siégeait silencieusement au premier rang, avec les chefs des Églises orientales, face à un grand crucifix, s’incluant donc lui-même dans ce rite pénitentiel au même niveau que les autres évêques.

 

 

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23 février 2019, 19:00