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Le Pape lors de sa rencontre avec les prisonniers mineurs de Pacora, à 50 kilomètres de Panama, vendredi 25 janvier 2019. Le Pape lors de sa rencontre avec les prisonniers mineurs de Pacora, à 50 kilomètres de Panama, vendredi 25 janvier 2019.  

Le Pape dénonce la médisance et «la culture de l’adjectif» envers les prisonniers

Dans son homélie de la liturgie pénitentielle avec des jeunes prisonniers de Las Garzas dans le ville de Pacora à 50 kilomètres de Panama, vendredi 25 janvier, le Pape François a invité la société à changer son regard sur les détenus. Quitter un regard de médisance pour adopter celui de la conversion.

Des paroles fortes d’encouragements, d’espoir, d’avenir envers ces prisonniers mineurs. Et un sermon à l’égard d’une société, avide d’étiquettes, de jugements et d’adjectifs apposés tous azimuts sur tout un chacun.  

Un pécheur converti vaut mieux que 99 justes

Face aux prisonniers du centre de détention pour mineurs de Pacora, François a d’abord pris en exemple Jésus. «Il n’a pas peur de s’approcher de ceux qui, pour une infinité de raisons, portaient sur leurs épaules la haine sociale du fait qu’ils étaient publicains ou de ceux qui portaient le poids de leur culpabilité, des fautes ou des erreurs comme de prétendus pécheurs».

Jésus le fait, parce qu’il sait qu’au ciel il y a plus de joie «pour un seul pécheur converti» que pour «quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion», relève le Souverain pontife citant l’Évangile selon saint Luc (cf. Lc 15,7).

En finir avec médisance et commérage

Tandis que tous se contentaient «de murmurer ou de s’indigner, entravant et fermant ainsi toute forme de changement, de conversion et d’insertion», Jésus, lui, «s’approche, se compromet, met en jeu sa réputation et invite à regarder un horizon capable de renouveler la vie et l’histoire», explique le Pape argentin. 

Dès lors, deux regards s’opposent. L’un est stérile et improductif: celui de la médisance et du commérage. L’autre, invite à la transformation et à la conversion.

Les étiquettes et les adjectifs divisent

Il semble ainsi plus facile de mettre des pancartes et des étiquettes qui figent et stigmatisent non seulement le passé mais aussi le présent et l’avenir des personnes, dénonce François, ajoutant que ces étiquettes ne faisaient que «diviser». «Il y a ici les bons et là-bas les mauvais; ici les justes et là-bas les pécheurs».

Le Pape qui dénonce «la culture de l’adjectif», liée à celle des étiquettes. 

Pareille attitude «pollue tout» parce qu’elle «élève un mur invisible qui laisse croire qu’en marginalisant, en séparant, ou en isolant, se résoudront magiquement tous les problèmes».

Ces murmures et chuchotements d’une société mal intentionnée l’entraine alors «dans un cercle vicieux de divisions, de récriminations et de condamnations ; elle entre dans une attitude sociale de marginalisation, d’exclusion et de confrontation», remarque le Pape qui s’adresse non pas seulement à ces prisonniers pour leur apporter espoir, mais à l’ensemble du corps social et au regard qu’il porte sur les personnes détenues.

«Quelle douleur on peut voir quand une société concentre ses énergies plus à murmurer et à s’indigner qu’à lutter et lutter pour créer des opportunités et pour transformer», s’indigne-t-il.

Le regard de la conversion

Pour remédier à cela, il convient d’adopter le «regard de la conversion», ancré dans l’Évangile.  

Ce regard empreint d’amour n’a pas le temps de murmurer. «Il cherche à briser le cercle de la critique inutile et indifférente, neutre et impartiale et qui assume la complexité de la vie et de chaque situation; un amour qui inaugure une dynamique capable d’offrir des chemins et des opportunités d’intégration et de transformation, de guérison et de pardon, des chemins de salut».

Le pardon est possible

Le Pape exhorte ainsi au pardon, toujours s’appuyant sur l’exemple du Christ, qui le fait «non pas par décret, volontarisme ou sentimentalisme, mais il le fait en créant des relations capables de favoriser de nouveaux processus; en misant sur chaque pas possible et en le célébrant», ajoute-t-il.   

Il y a donc rupture avec cette médisance qui «détruit les rêves» avec son chuchotement continu et intérieur: «tu ne vas pas pouvoir, tu ne vas pas pouvoir». Croire que quelqu’un né «publicain» doit mourir «publicain» est faux, affirme l’évêque de Rome.

Nous sommes plus que nos étiquettes

«Chacun de nous est beaucoup plus que ses étiquettes», martèle le Pape face aux prisonniers. Tous, devons  emprunter les chemins du perfectionnement.

«Il y a des temps où la médisance semble gagner, mais ne la croyez pas, ne l’écoutez pas. Cherchez et écoutez les voix qui encouragent à regarder vers l’avenir et non pas celles qui vous tirent vers le bas». Il en va, selon le Pape, de l’espérance du chrétien, avant de disserter sur les différentes sociétés qui s’offrent à nous.

Battez-vous pour vous transformer

 «Une société tombe malade quand elle n’est plus capable de faire la fête pour la conversion de ses enfants, quand elle vit de la médisance étouffante, condamnatoire et insensible».

«Une société est féconde quand elle réussit à engendrer des dynamiques capables d’inclure et d’intégrer, quand elle s’emploie à créer un avenir par la communauté, l’éducation et le travail. Et si l’on peut éprouver l’impuissance de ne pas savoir comment, on n’abandonne pas et on essaie à nouveau», a-t-il conseillé.  

Avant de célébrer la liturgie pénitentielle, le Pape a tenu à soutenir et encourager tous ces jeunes: «Tous, battez-vous et battez-vous pour chercher et trouver les chemins de l’insertion et de la transformation».

25 janvier 2019, 17:32