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Le Pape et les autres participants aux Exercices spirituels, dans la Maison du Divin Maître, à Ariccia. Le Pape et les autres participants aux Exercices spirituels, dans la Maison du Divin Maître, à Ariccia.  (ANSA)

Sixième méditation des Exercices spirituels: Jésus accueille toutes les larmes

En ce quatrième jour des Exercices spirituels à Ariccia, proposés au Pape et à la Curie romaine par le père José Tolentino de Mendonça. Il a axé sa réflexion sur les larmes des femmes dans l’Évangile, qui montrent la soif de Jésus.

Debora Donnini – Cité du Vatican

Les larmes manifestent une soif de vie et de relation. Dans sa 6e méditation des Exercices spirituels, le prêtre portugais José Tolentino Mendonça a évoqué le sens des larmes dans la vie de l’homme et en relation à Dieu, avec des citations tirées de l’Évangile et de différents auteurs.

Les larmes des femmes des Évangiles

Marie, Marie-Madeleine, ou encore la veuve de Naïm : on ne peut pas ignorer les si nombreuses femmes présentes dans l’Évangile. Différentes pour leur condition existentielle, économique, leur âge, avec leur façon de faire, elles évangélisent. Elles ne cherchent jamais à piéger Jésus. Ce qui les unit, ce sont surtout les larmes, un débordement d’émotions, de conflits, de joies et de blessures.

«Mais les larmes disent que Dieu s’incarne dans nos vies, dans nos échecs, dans nos rencontres. Dans les Évangiles, le Christ, lui aussi, pleure. Jésus se charge aussi de notre condition, il se fait un de nous, et nos larmes sont donc englobées dans les siennes. Il les porte avec lui, vraiment. Quand il pleure, il recueille et assume solidairement toutes les larmes du monde.»

Le désir de vie

Ce sont justement les femmes de l’Évangile qui montrent l’importance des larmes, qui sont un signe de désir de vie, a affirmé le père Tolentino. Il a fait référence à une réflexion de la psychanalyste française Julia Kristeva, une non-croyante, qui disait que quand un patient dépressif arrivait à pleurer sur le divan, il se passait une chose très importante : il commençait à prendre ses distances avec la tentation du suicide, parce que les larmes ne racontent pas le désir de mourir mais «notre soif de vie».

Dieu connaît la douleur des pleurs

Dès l’enfance, les larmes indiquent une soif de relation. Beaucoup de saints ont pleuré avec abondance, comme Ignace de Loyola. Le philosophe Cioran, lui, disait que dans le jugement final seules les larmes compteront, car elles donnent un sens d’éternité à notre avenir, et que le don de la religion est justement celui de nous apprendre à pleurer. Les larmes sont ce qui peut nous rendre saints après avoir été humains.

«Notre biographie peut être racontée aussi à travers les larmes : de joie, de fête, d’émotion lumineuse ; et de nuit obscure, de déchirement, d’abandon, de repentir et de contrition. Pensons à tant de larmes versées, et à celles qui sont restées comme un nœud dans la gorge, et dont le manque nous a ensuite pesé, et nous pèse encore. La douleur de ces larmes qui n’ont pas été pleurées. Dieu les connaît toutes, et les accueille comme une prière. Ayons confiance, donc. Ne les lui cachons pas.»

Recherche de relation

Pour Grégoire de Nazianze, les larmes sont, en un certain sens, un cinquième baptême. Et Nelson Mandela, en prison, s’est retrouvé avec les yeux tellement ruinés qu’il a perdu la capacité de verser des larmes, mais il n’a pas perdu la soif de justice. Au fond, a poursuivi le prêtre, quand on pleure, même si on s’efforce de ne pas le faire voir, la vérité est que nous pleurons toujours pour que l’autre voie. «C’est la soif de l’autre qui nous fait pleurer» : un ami arrive et nous sentons que nous pouvons nous abandonner à nos émotions les plus intimes.

La soif de Jésus

Enfin, le père Tolentino a fait référence à la femme qui pleure et lave les pieds de Jésus avec ses larmes. Souvent, a-t-il noté, on prend une distance critique vis-à-vis de la religiosité populaire, où l’on s’exprime avec une abondance de larmes. Il est alors difficile, pour les pasteurs, de percevoir la religion des simples, basées non sur les idées mais sur les gestes. Parfois, au contraire, on peut la vivre d’une façon ascétique. Et c’est justement l’impressionnante qualité de ce que la femme donne à Jésus qui permet de constater que Simon, le maître de maison, n’a rien donné. «C’est cette hospitalité inédite que Jésus entend exalter», a conclu le père Tolentino, «cette soif, dont les larmes sont le signe, et qu’il nous revient d’apprendre».

21 février 2018, 18:56