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Les dangers de l'internet pour les enfants mineurs au centre d'un colloque à l'Université Grégorienne Les dangers de l'internet pour les enfants mineurs au centre d'un colloque à l'Université Grégorienne  (Vojtech Okenka)

Le Pape appelle à une mobilisation urgente contre les réseaux pédophiles

Le Pape s’est exprimé ce matin devant les participants au colloque organisé cette semaine à l’université Grégorienne de Rome au sujet de la protection des mineurs dans le monde numérique.

(RV) Face au développement très rapide des réseaux de pornographie et de prostitution, qui tendent des pièges aux 800 millions de mineurs utilisant internet dans le monde, François appelle à ne pas se laisser dominer par la peur et par un sentiment d’impuissance, mais exige une mobilisation urgente de tous les acteurs de la protection de l’enfance.

S’appuyant notamment sur la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948 et sur la Déclaration des droits de l’enfant de 1959, le Pape a rappelé qu’il faut travailler au niveau international pour des régimes juridiques toujours plus protecteurs pour les enfants, et mener ce combat «avec détermination et avec une vraie conviction en regardant avec tendresse tous les enfants qui viennent au monde, chaque jour et sous tous les cieux, qui ont besoin avant tout de respect, mais aussi d’attention et d’affection afin de pouvoir grandir dans toute la merveilleuse richesse de leurs potentialités.»

«L’Evangile nous parle de l’affection et de l’accueil de Jésus pour les enfants, qu’il prend dans les bras et bénit (cf. Mc 10, 16), parce que "le royaume des Cieux est à ceux qui leur ressemblent" (Mt 19, 14), a rappelé François. Et les paroles les plus dures de Jésus concernent justement ceux qui scandalisent les plus petits ; "il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes et qu’il soit englouti en pleine mer" (Mt 18, 6). Nous devons donc nous consacrer à la protection de la dignité des mineurs avec tendresse mais aussi avec une très grande détermination, en opposition à toutes les forces de cette culture du rebut qui aujourd’hui se manifeste de multiples manières au détriment surtout des plus faibles et des plus vulnérables, comme le sont, précisément, les mineurs.»

Face au développement de la culture numérique, fascinante et remplie de belles potentialités mais aussi porteuse de vrais risques, François juge nécessaire de développer une approche interdisciplinaire pour fixer les cadres d’une évolution législative qui puisse garantir «la protection de la dignité des jeunes, de leur saine croissance, de leur joie et de leur espérance».

“ cacher la réalité des abus sexuels est une très grave erreur et une source de nombreux maux ”

Plus de 800 millions de mineurs naviguent aujourd’hui sur Internet. «Nous devons avoir les yeux ouverts et ne pas nous cacher une vérité qui est désagréable et que nous voudrions ne pas voir», a martelé le Pape, qui a fait remarquer, dans une allusion au drame de la pédophilie dans l’Église, que «cacher la réalité des abus sexuels est une très grave erreur et une source de nombreux maux». Évoquant l’explosion de la pornographie en ligne et des phénomènes de chantage qui y sont associés, allant jusqu’à des diffusions de viol sur le "Dark net" où «le mal trouve des moyens toujours nouveaux et plus efficaces, envahissants et capillaires pour agir et s’étendre», François tire la sonnette d’alarme : «Aucune personne au monde, aucune autorité nationale seule ne se sent capable d’embrasser adéquatement et de contrôler les dimensions et le développement de ces phénomènes qui s’entrecroisent et s’unissent à d’autres problèmes dramatiques liés au réseau, comme les trafics illicites, la criminalité économique et financière, le terrorisme international.»

Les familles aussi sont impuissantes : «la rapidité du développement met “hors-jeu” les générations les plus âgées, rendent très difficile ou quasi impossible le dialogue entre les générations et la transmission équilibrée des normes et de la sagesse de vie acquise grâce à l’expérience des années».

Appelant toutefois à ne pas se «laisser dominer par la peur qui est toujours mauvaise conseillère», et au contraire à se battre pour «un progrès, plus sain, plus humain, plus social, plus intégral», comme il l’écrivait dans son encyclique Laudato Si’. François appelle donc à une mobilisation efficace, et invite à surmonter trois écueils.

Tout d’abord, celui du relativisme, de dire que «dans le fond la situation n’est peut-être pas si grave…». François se dresse contre cette posture, en affirmant que «les progrès de la neurobiologie, de la psychologie, de la psychiatrie, conduisent au contraire à faire ressortir l’impact profond des images violentes et sexuelles sur les esprits malléables des enfants, à reconnaître les perturbations psychologiques qui se manifestent lors de la croissance dans les situations et les comportements de dépendance, de vrai esclavage consécutifs à l’abus de consommation d’images provoquantes ou violentes. Ce sont des perturbations qui pèseront lourdement sur les enfants d’aujourd’hui toute leur vie durant.»

Il remarque d’ailleurs que la consommation de la pornographie a aussi de lourdes conséquences sur la vie des adultes, car elle «marque aussi effectivement l’imaginaire concernant l’amour et les relations entre les sexes. Et ce serait une grave illusion de penser qu’une société dans laquelle la consommation anormale de sexe sur le réseau se répand parmi les adultes soit ensuite capable de protéger efficacement les mineurs.»

Deuxième écueil, celui de penser que tout peut se résoudre simplement par des solutions techniques, des filtres, des pares-feu proposé par les fournisseurs d’accès. Ces outils sont nécessaires, mais il est «aussi nécessaire que, à l’intérieur même de la dynamique du développement technique, la force de l’exigence éthique soit sentie par ses acteurs et protagonistes de manière beaucoup plus urgente, dans toute son ampleur et dans ses diverses implications».

Troisième écueil : «la vision idéologique et mythique du réseau comme règne de la liberté sans limites»«Le réseau a ouvert un espace nouveau et très large de libre expression et d’échange d’idées et d’informations. C’est certainement un bien, mais, comme nous le voyons, il a aussi offert des instruments nouveaux pour des activités illicites horribles et, dans le domaine qui nous occupe, pour l’abus et l’offense à la dignité des mineurs, pour la corruption de leur esprit et la violence sur leur corps. Il ne s’agit pas ici d’un exercice de liberté mais de crimes contre lesquels il faut lutter avec intelligence et détermination, en élargissant la collaboration entre les gouvernements et les forces de l’ordre au niveau global, de même que le réseau est devenu global.»

François appelle donc à une mobilisation urgente de tous les acteurs politiques et éducatifs, et assure de la disponibilité de l’Église catholique dans ce combat.«Comme nous le savons tous, l’Eglise catholique, ces dernières années, est devenue toujours plus consciente de ne pas avoir pourvu suffisamment en son sein à la protection des mineurs : des faits très graves sont venus au jour dont nous avons dû reconnaître les responsabilités devant Dieu, les victimes et l’opinion publique. C’est en raison, justement, des dramatiques expériences qui ont été faites et des compétences acquises dans l’engagement de conversion et de purification que l’Eglise sent aujourd’hui le devoir particulièrement grave d’œuvrer de manière toujours plus profonde et clairvoyante pour la protection des mineurs et de leur dignité, non seulement en son sein mais dans toute la société et dans le monde entier ; et ce, pas toute seule – parce que, c’est, à l’évidence, insuffisant – mais en offrant sa collaboration active et cordiale à toutes les forces et à toutes les composantes de la société qui veulent s’engager dans la même direction.»

06 octobre 2017, 17:53